• Vois-tu venir sur le chemin la lente, l’heureuse,
    celle que l’on envie, la promeneuse ?
    Au tournant de la route il faudrait qu’elle soit
    saluée par de beaux messieurs d’autrefois.

    ...


    R. M. Rilke, La Passante d'été


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  • "L'écriture est, définitivement, l'évidence du silence et, pour cette raison, l'ennemie irréductible de la Toile qui sans cesse bruit, s'affaire, gigote, trépigne, bavarde, se tend sans qu'il nous soit jamais donné d'observer un brusque relâchement de sa tension. Je me demande encore par quel miracle de mansuétude ou de naïve confiance (plus sûrement, d'aveuglement) dans la suprématie de l'écrit certains blogueurs, figurant parfois même parmi mes propres amis comme Dominique Autié, s'échinent à construire des passerelles entre ces deux entités qui, fondées toutes deux sur les signes, n'en sont pas moins, dans leur essence et leur intention, radicalement contraires.
    Écrire un livre suppose la fermeture absolue, le silence je l'ai dit, la solitude. Écrire un texte qui sera publié sur la Toile est par définition une expérience transversale, éphémère, partielle, dont l'ouverture voire la béance est l'alpha et l'oméga. Écrire un livre implique de se retrancher, ce retranchement étant la plus certaine garantie d'une ouverture à ces lecteurs dont on ne sait rien. Écrire sur la Toile suppose l'extrême béance de la parole purement informative : son dernier paradoxe sera pourtant de se fermer à tous après quelques minutes, heures ou jours d'existence plaintive, chétive, distendue par les mailles du Réseau. Car la parole de la Toile est une de ces créatures monstrueuses et éphémères que les anciens considéraient comme des signes de quelque désordre universel. Aujourd'hui les signes abondent de cette catastrophe silencieuse, les monstres naissent et meurent en quelques secondes à peine et chacun continue à faire comme si de rien n'était.
    Effectivement, sur la Toile, rien n'est, le Rien est."

    La suite ici.

    Se faire l'éphémère archiviste, passeur, puis se taire de nouveau. Néo-paradoxe.


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  • Revenir doucement à l'écriture.
    Parce que les amis. Rares.
    Parce que les rencontres. Rares.


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  • Oui, je le concède, ce blog manque cruellement d'images. Et l'assume, fichtre, quel courage.

    En ces temps obscurs de "retour du religieux", rien ne vaut l'impertinence de Typhon, par exemple, notamment pourfendeur émérite de l'espéranto (que la contradiction se lève et s'exprime ou bien se taise).


    La petite Loli aux allumettes

    La scène est dans une rue passante

    UNE PETITE FILLE –
    Je suis une pauvre fillette
    Je gèle, J'ai vraiment très froid
    Nul ne veut de mes allumettes
    Que va-t-il advenir de moi ?

    LE CHOEUR –
    Sous cette neige tragique,
    Cette pauvre court à sa perte
    Elle est née d'un père alcoolique
    Et sa mère se nommait Berthe.

    LA PETITE FILLE –
    Une idée me vient, dans ce froid :
    Puisqu'elles sont si bien snobées
    Par ces connards de gros bourgeois
    Je vais, afin de réchauffer
    De mes mains, tous les petits doigts
    Bien faire usage du pouvoir
    Calorigène des allumettes !

    Elle frotte une allumette. Un poêle bourré apparaît.

    Le CHOEUR –
    Oh ! Jaillit une lueur d'espoir,
    Des mains glacées de la pauvrette.

    LA PETITE FILLE –
    Mais que vois-je ? Un bon poêle !
    Je ne suis plus dans la ruelle !
    Mais que vois-je ? Il est parti !
    Et je suis à nouveau transie !

    LE CHOEUR –
    Une illusion bienfaisante
    L'a un instant ravie pour mieux
    Lui rappeler que la mort lente
    L'étreint. Mais, bon sang, que fait Dieu ?

    DIEU –
    Je n'existe pas. Et d'ailleurs,
    Cette salope n'est plus vierge.
    Mets-la en veilleuse, le chœur !
    On ne gaspillera pas de cierges
    Pour elle. Si tu veux donner
    Dans le pathos, j'ai un martyr
    Qui par des lions s'est fait bouffer.

    LE CHOEUR –
    Puisque c'est comme ça, je me tire.

    LA PETITE FILLE –
    Recommençons à nous chauffer...

    Elle refrotte une allumette et un ours magique apparaît.

    Tiens donc, cette fois, pas de poêle
    Un ours mignon, sans air cruel.
    Autrement, je serais terrifiée.
    Gentil nounours, je me les pèle
    Mène-moi où je n'aurai plus
    Ni faim, ni froid, desu desu

    Ils sortent.

    UN PASSANT –
    Revenez ! S'il vous plaît ! Asseyez-vous !
    Prenez une chaise.

    Une voix d'Ours, provenant des coulisses :

    Shit, B& and V&

    THE END


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  • Ali Abdane ne s'était pas remis de la séance d'humiliation que lui avait infligée son fils à la suite de la découverte des revues pornographiques. Il passait son temps à bafouiller des excuses, et, s'il n'osait avaler ouvertement le moindre verre d'alcool devant Lakdar, il se rattrapait par ailleurs. Lakdar n'avait pas encore découvert la planque où il dissimulait ses réserves, mais ça n'allait pas tarder. La cave, sans doute. Tous les soirs, Ali descendait soi-disant faire un tour en bas de l'immeuble, ce qui n'était pas dans ses habitudes antérieures. Il rentrait une heure plus tard, d'une démarche légèrement titubante. A quoi bon s'acharner ?
    Dès que le téléphone sonnait, même si c'était rare, Ali se mettait à trembler, le front imprégné de sueur, dans la crainte que Lakdar ne raconte tout à la cousine Zora. La cousine, elle avait la langue bien pendue. Et bien fourchue. D'ici à ce que ça se sache, au bled, qu'Ali se tripotait en regardant des photos de putains alors que sa femme Cherifa croupissait recluse dans une petite chambre, la tête agitée de cauchemars incessants, et ce serait la catastrophe.

    Thierry Jonquet - Ils sont votre épouvante, et vous êtes leur crainte, Le Seuil, octobre 2006.


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