• Botticelli - La naissance de Vénus.

    Le pays où tu voulais aller, tu m'y as mené en songe, cette nuit, et tu étais belle... ah ! que tu étais belle, Chrysis ! Je suis revenu de ce pays-là.  On n'a jamais le bonheur deux fois avec le même événement. Je ne suis point insensé au point de gâter un souvenir heureux. Je te dois celui-ci, diras-tu ? mais comme je n'ai aimé que ton ombre, tu me dispenseras, chère tête, de remercier ta réalité.


    Pierre Louÿs - Aphrodite.


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  • Quels trouble-fête, ces porcs.

    La rumeur, grande spécialité de tous les téléphones arabes dont Internet, demandez à la Halde si j'y suis en usant de cette image populaire, indique que - grand malheur - le festival de Glastonbury serait en voie d'être annulé parce qu'il est trop acrobatique de se déhancher sur Bruce Springsteen, Blur, White Lies, Lily Allen et Neil Young avec un masque antiseptique.

    J'en profite pour partager les nouvelles rares de l'Amiral, marin toujours devant l'Eternel, ami caustique et parole rare. Et je tronque l'interpersonnalité :

    "Je survis à tout et même aux fins du monde : Hadopi, équipe de France de football, pirates en Somalie, pandémies de grippes variées, croissance zéro, Kerviel et Madoff, Livret A à 1,75%, plus d’un million de chômeurs supplémentaires cette année, Nicolas, l’astéroïde géant - j’ai relu Tintin -, la peste noire, que sais-je encore ?… Ces temps-ci, les apocalypses ne manquent pas. Sans compter que 33 millions de doses de Tamiflu et 700 millions de masques à écouler, ça ne va pas servir à nous faire avaler la crise, alors il va bien falloir qu’on nous trouve un tas de chaos pour liquider le stock… et vite !

    L’offre d’agonies excède terriblement la demande. C’est un constat bien pénible. Rien qu’en virus mutants, en grippes… L’aviaire m’avait déjà obligé à renoncer au Canard WC sous peine de contamination par cuvette. La mexico-porcine sonne le glas des Mariachis et de mes parties de pétanque estivales - sans cochonnet quel intérêt ?

    Et puis, je me pose des questions, je taraude. Est-ce que cette maladie touche tous les cochons ? J’en frémis ! Parce qu’épier des mies, j’avoue que ça m’est arrivé, de temps à autre, mais sans aller jusqu’à les pendre… tout de même !

    Tiens ! À quand la grippe du couillon ? Une véritable pandémie celle-ci, à coup sûr, dégâts énormes... l’atroce champignon... millions de morts... pandémonium... Tamiflu mon amour, pensez... Mais quelle joie pour les rescapés !"


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  • Jean Peters dans La Flibustière des Antilles, Jacques Tourneur 1951.

    Je suis actuellement en proie aux affres de la Révélation. Non, ce n'est pas Obamagic. Le Maître de la Sainte Eglise du Monstre en Spaghetti Volant m'ayant accordé la faveur de Sa Parole pastafarienne, je prédis une ruée sans précédent sur les prochaines collections automne-hiver ostensiblement pirates et terriblement glamour. Contrairement au keffieh qui, paraît-il, ferait fureur ces jours-ci, cette tenue religieuse n'offre aucune résistance à celui qui la (dé)croise (l'illustration ci-dessus, extraite d'un film de propagande impérialiste tourné à Hollywood grâce aux finances de la flibusterie mondiale pour subvertir les âmes de la vraie religion, loués en soient les prophètes, est un ignoble faux d'infidèle) - et pourtant, c'est de la bombe.

    N'allez pas, ô amis mécréants, imaginer que je serais en passe de me convertir sur un long chemin de Bologne, Carbonara, Arrabbiata ou Marinara illuminé par la conversion du vin en sangria, celle de la bière en picon ou celle du rhum en punch. La Grâce de l'Appendice Nouilleux a cependant su toucher en moi quelques zones en chaque homme et femme de bonne volonté, quelques zones, disais-je, dites sensibles ou al dente, usant de Preuves irréfutables (vues en vraies photographies) de Son existence, Ses dogmes et Sa célébration. Ce au nez, et surtout à la barbe, des santone en mal de péchés mignons, voire en pleine crise de foi.

    Que le Volcan sacré de la Sainte Trinité des extases soit sur vous.

    NOTA : Ce culte, selon les dires du Grand Prêtre, ne provoquerait aucune réaction phobique connue. Mais quelques explosions de joie.

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  • L'éloge unanime sent le cimetière. La critique contemporaine est une anthologie d'oraisons funèbres.

    (La littérature sans estomac - Pierre Jourde)

    L'interdiction est portée par l'éloge. L'interdiction de penser est portée par l'éloge constant d'un monstrueux devenir. L'éloge est la forme moderne de l'interdiction. Il enveloppe l'événement de sa nuée et empêche, autant qu'il le peut, que cet événement soit soumis au libre examen, qu'il devienne objet d'opinions divergentes ou critiques. De sorte que la divergence ou la critique, lorsqu'elles se produisent malgré tout concrètement, apparaissent comme une insulte envers l'éloge qui les avait précédé.
    (Entretien avec Philippe Muray - Vianney Delourme)


    C'est pas drôle, d'être toujours sérieux. C'est agaçant, la flagornerie, tellement honteux qu'il est toujours préférable de la pratiquer sous cape, sauf quand on œuvre à l'édification des masses pour porter à leur connaissance la révolutionnaritude de la subversion en kit des œuvres brocardées par Pierre Jourde et Eric Naulleau. C'est souvent périlleux de parler de littérature, rien que de littérature. Surtout quand ces deux aimables serviteurs de la grande dame s'en acquittent à merveille, avec autant de précision que d'humour. Aussi me paraît-il utile de préciser que ce qui va suivre est un pur exercice d'admiration sans sarcasme ajouté, garanti 100 % amour, sans résidu de relativisme dedans.


    Avertissement

    Certains propos étant susceptibles de traumatiser les âmes sensibles à la prose de Christine Angot, de Bernard Henri-Lévy, d'Alexandre Jardin, Philippe Sollers, Anna Gavalda, Bernard Werber, Madeleine Chapsal, Camille Laurens, Marc Lévy, Dominique de Villepin, Florian Zeller... prévenons-les que toute ressemblance avec des prosateurs portés au pinacle des têtes de gondole - aucun rapport avec la joie de rire du verbe familier se gondoler - et au nu par le monde des critiques autorisés à s'extasier n'est pas fortuite, mais salutaire. Et ce qui est bon pour la santé ne saurait être tout à fait mauvais pour l'esprit.


    Genre

    Les éditeurs cultivent fort opportunément pour nous, pauvres lecteurs sans verve ni verbe, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas écrit, l'art de la couverture et celui du bandeau. La première édition du Jourde & Naulleau, joliment inspirée par l'esthétique inimitable de leur prédécesseur le Lagarde & Michard qu'il assume crânement de parodier, affichait cette nécessaire mise en garde : "Pour un pastiche, c'est du brutal !" avec un vrai point d'exclamation érectile, dont la virilité aurait dû alerter les zélateurs de littérature yin (celle dont les qualités secrètes gisent probablement sur la face cachée de la lune tandis que le soleil critique en éclipse la noire vanité) invitait à une certaine complicité dans l'irrévérence. Y était présupposé que l'ouvrage en question ravirait les amateurs. Eh bien autant l'avouer, oui. De page en page il est impossible de se départir d'un sourire qui finit par flotter sur la table de chevet comme celui du chat du Cheshire reste mystérieusement en suspension dans l'air.

    Car à l'instar de son prestigieux aîné, le Jourde & Naulleau propose une biographie (tordante), des extraits (éclairants) de leurs œuvres, et des séries d'exercices suivis de leurs corrigés malicieux et caustiques. L'appareillage de notes foisonnantes, en sus d'offrir de savoureuses perles d'absurde, propose de belles références littéraires invitant, avec grâce, à lire ou relire les monstres sacrés.

    Quatre ans et un nouvel éditeur plus tard, l'édition revue et augmentée est annoncée comme rien moins que "Le petit livre noir du roman contemporain !", avec le même - en apparence - vrai point d'exclamation, superlatif cette fois, qui promet des révélations telles que notre presse nous en abreuve quotidiennement. Las ! On n'y apprendra jamais pourquoi les grand rebelles de notre temps, emportés tels de courageuses feuilles d'automne qui se ramassent à la pelle sur le fleuve impétueux du plus vaillant d'entre les braves, le très subversif Philippe Sollers, suicident leurs meilleures pages et personnages par-dessus tous les parapets sous lesquels coule la Seine ou le Tibre, ou quelque exotique métaphore du Styx. Pas plus l'on y apprendra à quelles expériences intimes hors du commun Marc Lévy doit la profondeur de la psychologie de ses personnages.

    Limite mensonger, tout de même, point d'exclamation destiné à souligner habilement l'ironie ! Il n'y est en effet question que de littérature, encore de litttérature, toujours de littérature. Ca commence à bien faire, à la fin, point final ne prenant pas la peine d'expliciter l'antiphrase parce que les lecteurs sont des gens intelligents qui savent lire entre les signes.

    Et reconnaître qu'"il y a des ridicules tentants : les bien-pensants qui font les libérateurs, les néo-académiques qui jouent les révoltés, les marchands de poncifs et de bons sentiments qui font les dérangeants, dans le genre de Guillaume Dustan, Alina Reyes, Stéphane Zagdanski. Pensée absente, style à pleurer, couverture médiatique garantie." (Pierre Jourde, interviewé par Kzino)


    Antécédents

    L'œuvre de salubrité publique entreprise par les deux compères prit racine à l'aube du XXIe siècle, point d'orgue de cette époque obscure mais point encore suffisamment de l'avis des millénaristes qui ne rêvaient déjà plus qu'à ester Paco Rabanne en justice pour ses prédictions contrefaites. Elle prit pour nom La littérature sans estomac, en référence, sans doute, non à ce qu'un boxeur doit endurer de coups et à ceux que les auteurs - plus habitués à l'art de la littérature qu'à celui de courtiser le journaliste critique à Saint-Germain-des-Prés - n'allaient pas manquer de prendre en s'étant donné pour ambition non "de dresser un tableau d'ensemble de la littérature française contemporaine", mais "d'approfondir des lectures, de réagir à certaines perversions du système éditorial". Mais à l'idée qu'ils se font de ce qu'est la littérature : désobéissance, authenticité, danger, créativité.

    "Des ouvrages médiocres, simples produits d'opérations publicitaires, sont présentés par les éditeurs, de manière explicite ou implicite, comme de la vraie littérature", osaient-ils en outre affirmer. Le pire, c'est qu'ils se montrèrent vilains au point d'opérer un différentialisme scandaleux entre des gondoliers tels que Frédéric Beigbeder, Marie Darrieussecq ou Christian Bobin et d'autres, qu'ils qualifiaient, eux, d'écrivains - et au nom de la littérature, figurez-vous ! -, comme Gérard Guégan, Valère Novarina, Eric Chevillard, Claude Louis-Combet, Jean-Pierre Richard.
    Non contents de leur forfaiture, ils s'autorisèrent l'année suivante (2003) à répliquer à leurs détracteurs dans un savoureux Petit déjeuner chez Tyrannie (E. Naulleau) suivi d'un Crétinisme alpin (P. Jourde).

    Feignant le mépris, le microcosme littéraire révolutionnaire et sulfureux dont les discrètes tentacules envahissent vos supermarchés, vos chaînes de télévision et vos magazines préférés parce que leur confidentialité le vaut bien, considéra qu'il n'y avait là rien de bien neuf, rien de très moderne et surtout beaucoup de très réac, et rappela doctement que l'art de la critique est facile et la litanie qui traditionnellement s'ensuit, arguant par exemple que de tels ouvrages ne sauraient être que le résultat d'une grosse jalousie envers de courageux dissidents.

    Mais ces auteurs écrivent, les traîtres, point d'exclamation signifiant qu'ils sont éminemment pénibles, ceux qui non contents d'en épingler certains s'autorisent à en aimer d'autres et, comble du vice, à écrire eux-mêmes romans et essais !


    Les auteurs


    Pierre Jourde est écrivain et professeur de littérature. Eric Naulleau est éditeur, traducteur de littérature bulgare et critique littéraire. Vous trouverez en note de bas de page leur bibliographie.


    Argument de vente

    Puisqu'elle est d'un format légèrement supérieur à celui d'un livre de poche, vous pourrez facilement revêtir de n'importe quel papier cadeau au dernier moment, lorsque vous décidez subitement que finalement vous irez à la grand-messe de Noël, parce que malgré l'agacement que vous avez toujours éprouvé devant les grand-messes vous aimez tant les vôtres que vous ne sauriez les priver d'une telle occasion de vous supporter toute une soirée, et d'un coût que même moi je peux m'autoriser à juger modeste car il n'est pas plus cher qu'un kilo de lieu noir, poiscaille des pauvres dont une sauce bien troussée relève l'absence de saveur en un rien de temps, l'édition mise à jour et augmentée de ce désormais classique et surtout indispensable guide du lecteur dans la jungle éditoriale. Joli cadeau que cette talentueuse récidive.
    Quant à moi, je vais me faire offrir Littérature monstre, paru en novembre.

    Un extrait ici : "Christine Angot, un big bang littéraire".


    Bibliographie non exhaustive

    Pierre Jourde :
    - Dans mon chien - Parc Editions, 2002
    - La littérature sans estomac - Esprit des péninsules, 2002 (Pocket, 2003)
    - Haïkus tout foutus - Voix d'encre, 2004
    - Le Crétinisme alpin (suivant Petit déjeuner chez Tyrannie d'Eric Naulleau) - LGF, 2004
    - Pays perdu - Pocket, 2005
    - Carnet d'un voyageur zoulou dans les banlieues en feu - Gallimard, 2007
    - Festins secrets - Pocket, 2007
    - Le Tibet sans peine - Gallimard, 2008
    - La cantatrice avariée : roman avec accompagnement d'orchestre - Esprit des péninsules, 2008
    - L'heure et l'ombre - Pocket, 2008
    - Littérature monstre : études sur la modernité littéraire - Balland, 2008

    Eric Naulleau :
    - Petit déjeuner chez Tyrannie - LGF, 2004
    - Au secours, Houellebecq revient ! - Chiflet &Cie, 2005
    - La Situation des esprits (avec Jean-Philippe Domecq) - Editions de La Martinière, 2006


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  • "Les mots peuvent être comme de minuscules doses d'arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu'après quelque temps l'effet toxique se fait sentir. Si quelqu'un, au lieu d'héroïque et vertueux, dit pendant assez longtemps fanatique, il finira par croire vraiment qu'un fanatique est un héros vertueux et que, sans fanatisme, on ne peut pas être un héros."

    Victor Klemperer - LTI, la langue du IIIe Reich.

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