"Ça va mal. Je me sens dur, dur et sec, sinistrement.
Je ne mérite que le silence."
Cette note volée au Journal de Jean-René Huguenin en guise d'information à peine pratique. Je n'ai plus le goût à confier à ces pages quoi que ce soit. Deux ans d'existence, c'est assez. Deux ans de découvertes, d'échanges parfois, de bonheurs littéraires au détour de lectures, de belles amitiés devenues réelles, de tentatives d'organiser quelques pensées entre trois emplois et deux temps de chômage. Passerelle bigarrée, excroissance d'une vitalité optimiste ou sanctuaire secret propulsé dans une nuit publique. Ajouter du bruit au bruit quand j'aime tant le silence, fenêtre ouverte sous les étoiles. J'ai perdu le sens de ce qui faisait d'une richesse supposée, une joie. Et la tristesse, c'est pas mon truc. Je m'en retourne à ma vieille empathie solitaire. Oui, on s'attache mystérieusement à ces pages numériques que l'on apprécie de voir se construire et à ceux qui les créent quelquefois. Comme on s'attache à ses voisins ou aux habitués des cafés. Je me réjouis au fond de partir, pour un temps indéterminé. Certaines portes que l'on ferme rendent son souffle au voyage.