Lorsque
Hassan II, défunt despote marocain, affirmait qu'Israël représentait
l'aphrodisiaque du monde arabe, il exprimait parfaitement le sentiment
que l'on a pu ressentir en contemplant les cérémonies de réception des
criminels libanais par le hezbollah. Pratiquement toute la classe
politique libanaise, 8 comme 14 mars, a assisté à l'avènement de Hassan
Nasrallah comme dictateur du Liban dans une sorte d'extase sexuelle,
tous les hommes présents (les femmes sont juste à côté...) apparaissant
comme fascinés par la virilité du chef du mouvement terroriste chiite
libanais. Walid Joumblaat, hier opposant féroce du hezb, semble
aujourd'hui son plus grand héraut, et l'union nationale apparaît enfin
complète avec le retour au pays de l'enfant prodigue, Kuntar, qui a eu
la délicatesse de fracasser le crâne d'une enfant de 4 ans en Israël.
Chacun maintenant collabore à la seule résistance légitime au
Moyen-orient : non pas le rejet de l'intolérance, du racisme ou de
l'inégalité homme-femme pour faire avancer la civilisation, mais la
lutte contre Israël, seule capable de faire jouir les foules et de
rassembler autant d'abrutis dans le culte de la criminalité.
Pourquoi
ces événements sont-ils si tristes ? Est-on obligatoirement un sioniste
pur et dur quand on a des envies de meurtre devant la ferveur populaire
libanaise ? Ces célébrations m'ont brisé le coeur, non pas que je
plaigne Israël dans l'échange, mais plutôt parce que la pitié m'étreint
en découvrant la nouvelle donne du jeu politique libanais. Désormais,
le Liban est uni dans sa quête imbécile contre son voisin du sud. Je
sais pertinemment que nombreux sont les Libanais opposés au hezbollah,
et ils doivent se sentir bien seuls désormais. Les fêtes kitsch du
retour des cinq prisonniers libanais, qui brisent symboliquement des
barreaux de prison en bois pour arriver sur la scène où on les acclame
comme des héros, montrent avec force que le Liban bascule la tête (?)
la première dans la continuation de la guerre froide, mettant aux
prises non plus démocraties et pays communistes, mais pays développés
et dictatures néo-fascistes. C'est donc avec tristesse qu'on imagine la
suite des événements pour le Liban, qui a suscité tellement d'espoirs
dans la région, avec sa fragile démocratie, sa coexistence
communautaire pas toujours heureuse et ses batailles électorales
perdues d'avance. Sans compter ses médias qui risquent de connaître des
jours peu déontologiques, les patrons de presse étant tous impliqués
dans la bataille du pouvoir.
Quand on aime le Liban, on
s'inquiète de le voir si mal en point se réjouir avec fougue de sa
mauvaise fortune. Il devrait être au lit, fiévreux, à combattre ses
virus avec des anticorps, et il préfère danser dans un froid glacial en
se réjouissant de la bonne avancée de sa maladie. On se doute qu'Israël
saura laver les affronts, et Kuntar vivra le reste de sa vie dans la
peur, et non comme il l'affirme en libérant les fermes de Chebaa. Mais
tout le monde perdra dans ces affrontements futurs qui ne servent au
final qu'à imposer la volonté politique de criminels contre l'humanité
à des masses qui portent des œillères. De notre côté, on peut
continuer à soutenir le Liban démocratique, en se demandant toutefois
avec angoisse qui seront les leaders qui le représenteront. Et espérer
fortement que le prochain conflit fasse le moins de victimes possibles,
en envoyant les cochons de guerre là où ils peuvent faire l'amour non
pas avec 70 vierges, mais avec celui qui les met dans une transe
amoureuse qu'on n'avait pas vu depuis Hitler quand il proposait de
brûler les juifs. Je sais qu'on retrouve le point Godwin, mais
l'histoire se répète pour ceux qui l'ignorent. Souvenez-vous du poème
de Martin Niemöller, que je cite souvent dans ce blog, et observez avec
vigilance ce qui se passe au Liban.
Quand ils sont venus chercher les communistes,
je n'ai rien dit, je n'étais pas communiste. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n'ai rien dit, je n'étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs,
je n'ai rien dit, je n'étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
je n'ai rien dit, je n'étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher.
Et il ne restait personne pour protester...
Pasteur Martin Niemoller (1892-1984), Dachau 1942