• Tsahal et les trafics d'organes : de l'intox à l'info - (avec Zélote)

    La mort du jeune Bilal Ghanem en mai 1992 a été à l'origine d'un nouveau « hoax » sur Israël. Relatée par Carl Donald Boström dans le journal suédois Aftonbladet le 17 août 2009, elle est rapidement et mondialement devenue l'emblème d'un prétendu trafic d'organes commis par Tsahal sur de jeunes Palestiniens. Circulant sur internet à la vitesse de la lumière, cette légende urbaine n'a été véritablement remise en cause que par... Boström lui-même.
 Ne serait-il pas temps d'en parler ?

    Nul n'a oublié l'article du journaliste suédois Carl Donald Boström paru le 17 août dernier dans Aftonbladet. Nul ne l'a oublié, non parce que l'auteur et le titre du journal seraient universellement connus pour leur rigueur et leur intérêt, mais parce que M. Boström, avec son article « On pille les organes de nos fils », a été à l'origine d'une légende urbaine de plus démonisant l'Etat d'Israël.
 Cet article, aux sources non recoupées, avec pour unique « preuve » une photographie morbide, a circulé sur Internet comme une vérité révélée. Mais ce que personne ne s'est empressé de révéler depuis, c'est que le reporter est revenu sur ses déclarations.

    Journalisme ou militantisme ?
    Tout professionnel de l'information se renseigne sur ses sources pour évaluer leur taux de fiabilité et comprendre leurs orientations éventuelles. Cet acte déontologique a singulièrement été mis de côté par la multitude de sites « d'information » qui ont repris l'article en boucle et les forums qui se sont répandus en accusations dignes des diatribes anti-juives du Moyen Âge.
    A l'été déjà, pourtant, les détracteurs de Bolström tels que Barry Rubin, par exemple, avaient d'ailleurs qualifié ce dernier
    « d’activiste anti-israélien travaillant pour un tabloïd radical » et déploré qu’on s’attache à le dénigrer plutôt qu'à étudier la validité des témoignages rapportés.
    Un panorama rapide de la production du journaliste suédois indiquait déjà de quel point de vue se plaçait... son objectivité :
    ·
     Tårgas & Oliver, ABF, 1992 (Gaz lacrymogènes et olives).
    · 
    Faces of Jerusalem, Libris, 1993 (traduit en anglais) (Visages de Jérusalem).
    · 
    Inshallah, Ordfront, 2001 (traduit en arabe) (Inchallah).
    · 
    Muren, Leopard förlag, 2005 (Le Mur).
    · 
    Salam, Arena förlag, 2007.

    Des origines romanesques d'une information...
    Le texte relatant l’histoire des prélèvements d'organes sur Bilal Ghanem est extrait du livre Inshallah publié en 2001. A cette époque, l’accusation de crimes crapuleux de l’armée israélienne pour alimenter un tel trafic était passée inaperçue. C'est seulement huit ans plus tard, et grâce à une actualité américaine « providentielle », cette « information » romanesque devient un buzz mondial.
    Arguant qu'il n'y a pas de fumée sans feu, Boström a habilement intriqué son expérience littéraire de 2001 avec l'opération
    Big Rig conduite par le FBI, à l'issue de laquelle, en juillet 2009, 44 personnes ont été arrêtées pour corruption, blanchiment d’argent et trafic d’organes.
    Dans le sillage de ces arrestations, Boström entame une enquête, rencontre « 
    un grand nombre de familles en Cisjordanie et à Gaza  » et raconte « comment les organes de leurs fils ont été prélevés avant qu'ils ne soient tués.  » Ces témoignages, selon lui, illustrent le cas du jeune Bilal, mort dix-sept ans plus tôt. Estimant qu'aux rumeurs la preuve est apportée, il se lance...

L'article accusateur décrit donc une scène digne des romans de guerre américains : Bilal, le jeune « lanceur de pierres, caché dans les montagnes de Naplouse parce qu’il menait la vie dure aux soldats israéliens », la cigarette que l’on éteint, la canette de Coca que l’on pose et les tirs des snipers, une balle en pleine poitrine et une dans chaque jambe avant d'achever le jeune homme d’une balle dans le ventre pour enfin l'évacuer, « grièvement blessé », dans une Jeep.
    Les détails ajoutent à la tonalité dramatique du récit une puissance d'évocation digne des expressionnistes. De quoi enflammer l'imagination, et provoquer la levée de boucliers indignés que l'on sait.

    La preuve est à l'accusation
    Peu importe, pour le journaliste, que les trois actes d’accusation américains, bien que faisant partie de la même opération, ne soient pas liés entre eux. La corruption concerne des hommes politiques du New Jersey ; le blanchiment d’argent concerne des Juifs de Brooklyn qui sous couvert de dons à des associations caritatives israéliennes organisaient des évasions fiscales ; et le trafic d’organes concerne un seul homme : Itzhak Rosenbaum.
 Le business immoral du rabbin Rosenbaum consistait à convaincre des Israéliens nécessiteux de faire don d’un de leurs reins contre la somme de 10 000 dollars. Pour ce faire, il faisait voyager avec lui les donneurs, leur faisait passer toute une série de tests de compatibilité et organisait dans des cliniques privées le prélèvement et la transplantation simultanément. 
Aussi abjects que soient ces actes, il convient de noter que les donneurs étaient Israéliens et non Palestiniens, qu’ils étaient consentants, qu’ils n’ont pas été tués et que le seul organe prélevé était un de leurs reins.
    Si le diable loge dans le détail, ces faits cruciaux n'intéressent pas le moins du monde le romancier suédois. Rien de tel, en effet, pour un scoop sulfureux que d'associer les mots « rabbins, Juifs, Israël, argent » et « trafic d'organes sur des Palestiniens ».
    Pas plus, d'ailleurs, que ne l'intéresse de recouper les « informations » qui lui auraient été fournies dix-sept ans plus tôt par « 
    du personnel de l'ONU » (à 90 % palestinien en Cisjordanie) et selon lesquelles « des vols d’organes avaient certainement lieu, mais qu’ils étaient empêchés d’agir contre cela ». Pas un nom, pas une situation, pas un récit circonstancié : du vrai journalisme d’investigation !
    Pourtant, en pleine tourmente, le journaliste israélien Khaled Abou Toameh avait rencontré les parents de Bilal. Ces derniers avaient certifié n'avoir jamais dit ce que le journaliste rapportait dans son article. Pire : ils n’avaient jamais parlé à Boström !

    Mais cela n’avait pas suffit à établir le moindre doute : la rumeur avait pris corps, l’accusation s’était répandue dans le monde entier comme une preuve supplémentaire de l'immoralité des Israéliens, ternissant une fois encore l’image d’Israël. La Ligue arabe, l’Organisation de la conférence islamique et l’Autorité Palestinienne déclarèrent en chœur qu’il fallait condamner sans réserve les crimes commis par les « sionistes » sur les corps de ces jeunes Palestiniens.

    Un hoax peut-il avoir une fin ?
    Invité à une conférence sur le journalisme à Dimona, le journaliste suédois s’est dit surpris mais ravi de pouvoir défendre son travail devant un public pas toujours attentif à ses explications peu convaincantes.
    A la suite de cette conférence, Boström a été interviewé à la télévision israélienne par le journaliste Yair Lapid.
    Lors de cette interview, il a clairement dit qu’il ne croyait pas que les soldats israéliens se livraient à un trafic d’organes sur les Palestiniens. Il a de plus déploré l’exploitation antisémite de son article, arguant que la traduction anglaise n’était pas fidèle à ce qu’il avait écrit…
    Enfin, il a affirmé qu’aujourd’hui il écrirait son article différemment, signifiant par là qu’il était allé trop loin dans ses affirmations.
    De retour en Suède, Donald Boström a donné une autre interview à un journal télévisé israélien dans laquelle il a expliqué qu’il ne se rendrait pas à une conférence sur le journalisme prévue à Beyrouth
    parce que « j’ai compris que, cette fois-ci, il ne s’agit pas d’un événement journalistique professionnel, mais également d’un événement politisé. Je n’avais pas envie d’être associé aux déclarations de ces groupes politiques ».
    Il convient de reconnaître à Donald Boström un grand courage, car non content de revenir sur les déclarations de son article, il refuse les honneurs qui l’attendent dans des conférences destinées à exploiter la moindre « information », si peu glorieuse soi-elle, concernant Israël à des fins politiques plus ou moins avouables. Il reste à espérer que cet exemple sera suivi par d’autres, tel Charles Enderlin pour l'affaire Al-Dhoura dont on aimerait enfin qu'elle soit tirée au clair.


  • Commentaires

    1
    PPK
    Lundi 23 Novembre 2009 à 18:32
    Tous des batards
    Tshahal, Iran, Pakistan, Lybie, la France
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