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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice - Stèle avec des soubresauts

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Corentin Nostalgie | 11 décembre 2006

Corentin s'habillait toujours en rouge et il fumait des Craven A à tout bout de champ. Alors je l'appelais Mon Diable Rouge. Il avait un corps de centaure aux cheveux d'ange, son sourire était carnivore, son nez plus transcendant que les pics et les caps de la terre les plus vindicatifs direction ciel et mer, et il brûlait le monde autour de lui. C'était un Grand Chavirateur.

Quand on ne regardait pas invariablement Les Enfants du Paradis sur son petit poste de télévision, tantôt serrés sur son canapé noir,
tantôt pelotonnés à terre, on se vautrait dans son lit à tout-va, sous les étoiles brillantes du plastique à motifs ornant les murs et le plafond de sa chambre, et on mangeait de la poudre d'amandes délayée dans du lait, sinon, ça sert à quoi, les protéines ? On mangeait quand on avait pris le temps de courir à l'épicerie du coin, affamés mais très détendus, noyés dans le souvenir immédiat de nos émois, moi en outre et aussi dans celui de ses yeux mauves où une clarté violente appelait toujours ma faim. Il était terriblement beau. Comme un démon de midi à son âge avancé relativement au mien. On courait pour un rien.

Comme dans les couloirs du métro pour faire semblant de ne pas vouloir le
rater. Corentin courait derrière moi, parce que, étant plus jeune, j'allais plus vite, en criant aux passants « Arrêtez-la ! Arrêtez-la ! » Quand il me rattrapait, il m'enlaçait, me roulait une pelle magistrale, et criait à la cantonade « Non, surtout pas ! Que rien ne l'arrête ! » Les gens souriaient, hochant bravement la tête. Ils devaient se dire, peut-être, « Ils sont mignons, ceux-là, mais ça leur passera avant l'heure. » C'était une belle époque et les nuits vibraient pour nous seuls, comètes écartelées hurlant le bonheur violent de leur trajectoire folle.

Mais t'es
où, Corentin ?

Je t'ai
cherché, longtemps. Personne ne se souvient de toi. Pas même tes anciens employeurs à l'Université de Paris VIII : « Nous avons informatisé l'ensemble de notre réseau, il y a quelques années, et nous n'avons pas conservé les archives antérieures, je suis désolée. » Pas même la loge de ta concierge au 17 de la rue Legendre : « Madame Ruiz a pris sa retraite depuis un bon moment. Elle est rentrée au Portugal. Depuis la réfection de l'immeuble, nous n'avons que des propriétaires dont je doute qu'ils aient jamais connu cette personne. Il était locataire, dites-vous ? Non, ça ne me dit rien. » Pas même le péaimu du coin, place de Lévis : « Les clients, vous savez, ça va, ça vient. Et avec le temps... On ne peut pas se rappeler tout le monde ! » Pas même les pages blanches nationales : « Il n'y a aucune réponse pour la recherche que vous avez effectuée. Veuillez vérifier l'orthographe du nom, ou poursuivre la recherche sans le prénom ni l'adresse. »

Personne
ne se souvient de toi. Tu n'aurais jamais existé. Je n'aurais jamais caressé ce visage aujourd'hui perdu sous les rides. Rides et cendres de mon amour chantent encore au vent joli Mon Diable Rouge. Mon trio seul t'a en mémoire. Mon dieu aimait ta démesure. Mon diable t'implorait souvent. Mon ermite pleure, parce qu'il faut bien que quelqu'un le fasse.

On s'était
connus dans le métro. Je relisais Cent Ans de solitude. Tu m'avais enflammée du regard au point de me faire lever les yeux du livre où j'étais absorbée et de les enferrer direct, pile dans les tiens.

Publié par Cosmic Dancer à 14:52:59 dans Petites histoires | Commentaires (81) |

L'Epopée du savant (histoire idiote) | 27 septembre 2006

- Abscisse ! Abscisse !
La mère, en larmes et essoufflée, eut beau crier, le vent dévorait ses paroles. Quand bien même il les aurait portées jusqu'au blond jeune homme qui filait, celui-ci, d'un mouvement preste de l'oreille, les aurait flanquées par terre et aurait roulé dessus. Abscisse fonçait droit devant lui. Sa mobylette pétaradait. Elle tonnait comme cent mouches autour d'un cadavre géant.
La mère considéra longtemps le bolide dont son fils maîtrisait de son mieux les cabrures. Lorsque Abscisse et son destrier eurent finalement disparu à l'horizon, il lui sembla que le vent avait cessé de louvoyer entre les branches et les ramilles du chêne. Il lui sembla que l'arbre tricentenaire retenait sa respiration. Il lui sembla que le village s'était raidi, que les murs des vieilles fermes y emprisonnaient l'air. Le soleil hâta sa course vers un nuage lourd de vapeur. Le jour se voila d'une épaisse couche de brume. Les oiseaux firent silence. Les mulots s'immobilisèrent. Les couleuvres se faufilèrent dans les caves. Les araignées se fixèrent au point x de leur travail de tissage. La mère elle-même semblait avoir été déposée là par un peintre inquiétant. Un sifflement aigu la ramena à la surface de sa conscience, enroulée sur elle-même dans la contemplation du départ. - Mes poireaux !
Elle sursauta et courut à la cuisine où la Cocotte-Minute menaçait d'exploser. Lorsqu'elle pénétra dans ce sanctuaire culinaire où si souvent elle avait préparé avec amour les biberons du petit, ses purées de petits pois, ses escalopes de dinde, ses tomates farcies, ses gâteaux de semoule, ses punchs maison, elle fut suffoquée par la quantité de vapeur que projetait comme des missiles aveuglants la rageuse soupière. Elle eut un petit cri, s'appuya sur le coin de table le plus proche, se frotta les yeux avec l'autre main et mourut dans un fracas épouvantable de vaisselle cassée, et dans l'odeur ignominieuse des poireaux trop cuits.

Abscisse roulait, plus véloce que Pégase sous Bellérophon. Au moment de quitter la route départementale il freina pour contempler les panneaux directionnels énumérant les villages où il avait rôdé si souvent. - Adieu, Pernefluse !, ricana-t-il. Pas de regrets ! Adieu, Gibotte ! Adieu, Tirne-sur-Lac et Ventrepalle ! Je fonce, je fuse !
Il s'engagea, enhardi, sur la nationale où vrombissaient des camions transporteurs de bovins effarés. - Pauvres bêtes, songea-t-il. Que l'homme est cruel ! Que la cruauté est fatale ! Que va penser maman ? Trop tard, je dois savoir.
Les promeneurs dans les prés, les campeurs sur les bernes, assaillis par le bruit infernal de la mécanique d'Abscisse, racontèrent à leurs pères et leurs mères, leurs oncles et leurs tantes, leurs collègues et amis, avoir vu passer un diable tant l'immense corps de l'homme, échevelé et maigre, la hure en feu et le tronc cassé sur le guidon, à la vitesse où il passa, avait l'air disloqué, et tant ce que l'on discernait de son visage à travers les gaz étouffants était hideux à voir. C'était le sourire d'Abscisse. Son énorme bouche sans lèvres, largement édentée et scintillant de l'éclat du plomb là où elle ne l'était pas encore, s'ouvrait sur une glotte carmine et vibrante, aussi impressionnante que la porte de l'Enfer.

Le premier homme à qui s'adressa le voyageur fut Alfred Zimedare, pompiste de son état, philosophe de son avis, sis sur l'autoroute menant d'Auxerre à Paris. Considérant la mine désordonnée de son client, il questionna :
- Où foncez-vous ainsi, jeune curieux à roulettes ? Vers les rousseurs amères de l'amour ? Pas si vite, en ce cas ! Ou filez-vous vers les dogmes à l'Université ? Ou vous élancez-vous vers les ruades intempestives de l'aventure ?
- Monsieur, je me hâte et vais de cette rotation pneumatique en la capitale de France, y jouir des chefs-d'œuvre de l'art et des grises intelligences. Si d'aventure une affaire me retarde, je le saurai comprendre. Néanmoins je poursuivrai ma route et j'écrirai à ma mère, qui faisait cuire ses poireaux quand l'heure fut venue pour moi de m'élancer.
- Lui narrez-vous les axiomes d'Alfred Zimedare, j'ai l'honneur ?
- Probablement, s'il me les découvre.
- J'ai bien l'honneur. Premièrement : « La prétention de la lumière du jour / est indécente / La bougie éclairant mes jours / est plus savante. »
- Ce qui signifie, Monsieur ?
- Jeune homme, vous êtes bien pressé ! Attendez la suite !
- J'ai l'honneur.
- J'ai l'honneur. Deuxièmement : « Cours, petit, avec ton piston / Tu ignores tout du vrai moteur à explosion. »
- Et alors, Monsieur, est-ce la tristesse de l'âge ?
- Saine vilenie que l'impertinence. Qu'à cela ne tienne ! J'ai l'honneur ?
- J'ai l'honneur.
- Troisièmement : « Si tu connais de la vraie vie la mécanique / De tes outils tu obtiendras les meilleurs tics. »
- Eh bien, Monsieur, j'ai le plaisir de vous annoncer que nous en resterons là. J'écrirai ceci à ma mère : « Ma chère maman, j'ai ce jour fait la connaissance, et mes adieux aussi prompts, de et à un vieil homme amer qui m'a beaucoup ennuyé avec ses phrases décrépites dont je préfère te cacher les termes tant les rimes y sont pauvres, le sens idiot et le style médiocre. » Voilà, Monsieur, ce que je ferai. J'ai l'honneur.
Ayant dit, Abscisse frappa violemment la pédale et démarra dans un fracas de gaz carbonique, laissant coi Alfred Zimedare, lequel regagna rageusement sa cahute, menaçant le ciel taciturne de son unique poing (il avait perdu l'autre en réparant le moteur d'une Harley Davidson que gouvernait une blonde explosive).

Abscisse allait atteindre la capitale en cinq heures quarante-deux minutes sept secondes quinze dixièmes quand il visa une silhouette sur le bord du périphérique. Elle agitait frénétiquement les bras. Abscisse fit vrombir le moteur et freina devant la jeune femme avec une telle détermination qu'elle rit.
S'étant prestement défait de son armure occipitale, il s'immobilisa, il rêva, il souriait, puis il faillit articuler mais déjà elle avait bondi sur le porte-bagages et henni « À l'aéroport ! ». Abscisse, plongé dans un délice précoce, se propulsa tel un obus dans l'aérogare 1.
Il n'avait pas stoppé le véhicule que la radieuse lui scotcha un baiser délicat sur la bouche et, d'une détente farouche, se retrouva assise derrière un hublot.
Communication en code morse à l'issue de laquelle Abscisse, en total désarroi, étreignit très fort le frein de sa fidèle compagne et décida qu'il ne comprenait rien aux femmes. Il écrirait à sa mère que celle de sa vie avait des vues mondiales et des élans funestes dont il ne comprenait pas l'origine.
Pensif il fut emporté, cheveux aux vents, sur sa vertueuse complice, et rebondit prestement sur le parvis de la Sorbonne, dans un brouhaha ferrugineux qui frappa de stupeur les gentils étudiants pérorant alentour.
Il s'enferma pendant de longues années dans l'étude la plus stricte, s'abîma dans la perplexité des savants, se rida le front de marques d'intelligence, et noircit avec componction des feuilles innombrables qui, innombrablement, furent imprimées et distribuées à un bon rythme. Ses commentaires les plus secrets, il les réservait à sa mère, qu'il pardonnait de ne pas lui répondre. Lorsqu'il eut atteint l'âge auquel les plus vaillantes des mobylettes rendent l'âme, il se fit transporter au village.
En passant devant la station Zimedare, il put lire une énorme épitaphe : « Ci gît Alfred Zimedare / Moins seul de ce côté-ci / Que de l'autre ». Il fut ému.
Au village, à l'endroit de l'ancienne demeure s'élevait une pyramide de lettres dont la base était pourrissante. Il pleura et fit une nouvelle maison. Il poussa la vieille mécanique dans un garage ouvert, où un jeune garçon qu'il recueillit bien plus tard la lui déroba un jour, vers midi, et toute rouillée qu'elle était, elle fonçait à vive allure sur la route communale, semblant grincer de remontrances aux oreilles d'un Abscisse éperdu, qui se précipita enfin à la cuisine où des poireaux cuisaient dans une Cocotte-Minute sifflante.

Publié par Cosmic Dancer à 06:32:52 dans Petites histoires | Commentaires (4) |

Silhouettes et putain | 30 juillet 2006



La jetée. Clair. Au bout de l'horizon, une ligne verte et le silence plein de mots. De l'autre côté, l'éveil. L'enfant surgit en riant et court déjà sur le sable. Il y a peut-être des coques à trouver. C'est bon, les coques, et ça sent bon la mer.

On verrait une silhouette tendue, étrangement verticale. Au centre, invisible, une lame précise qui brille dans le soleil matinal.



Oh mon amour, dit-elle dans un souffle au creux de son cou tandis que la paume de sa main parcourt le corps aimé. Et puis, quand elle dit Oh, mon amour tout entière dans la mort qui les prend dans l'amour, la lame invisible scintille plus fort. Elle ne voit plus rien de l'espace qui les entoure, la chambre avec la petite fenêtre, le lit, les draps.

La personne qui est debout au bout de la jetée a mis une main dans sa poche. Au fond, dans ce silence, la main rassemble peut-être une poignée de cendres parce qu'elle ressort poing fermé et se rouvre. De loin on ne peut pas voir cette poussière chaude.

Quand son silence à lui s'anime de sa lame à lui elle se colle contre la douceur de son corps. C'est un vertige apaisant. Quand il enveloppe son corps à elle avec ses mains, ce qui se passe c'est que sa peau respire tout de suite mieux. Elle dit encore Oh mon amour, ces mots d'aimer sentis en elle.

Baise-moi car je suis une putain et je ne pense qu'à ça. Sandales rouges à talon haut, et le regard qui regarde la silhouette de la jetée et l'enfant qui s'est assis sur un rocher pour gratter des moules. Les pas claquent sur le bitume du remblai et les couleurs du ciel sont douces.

Je compte vous écrire une lettre, docteur, car je suis incurable et j'aime autant que vous le sachiez. Si je ne fais pas l'amour frénétiquement toute la journée mon angoisse existentielle tend à me rendre un peu trop sensible à ma petite personne et alors je prends la mesure de nos ancêtres hominidés - s'ils revenaient, ils n'en reviendraient pas. J'ai bien sûr tout à fait conscience d'avoir les pieds sur la planète Terre et de tourner autour du Soleil en même temps. Le vent frais et même s'il n'y avait pas de vent, tout ça me donne envie. Je vois des phallus partout.

L'air frais entre dans les poumons. La cage thoracique se soulève. La silhouette resserre son manteau contre son corps. Tremble un peu, de loin, on dirait.

Elle le contemple tout entier nu, délassé. Elle l'a toujours contemplé avec une grande émotion. Elle a toujours tendu ses doigts vers la fragilité de ce visage confiant dans le repos.

Infâme, docteur, voilà ce que je suis, à quatre pattes, chienne qui renifle et chouine quand elle a retrouvé l'odeur, le chemin de l'odeur du corps chéri. Ouaf ! Ouaf ! Je n'ai que ça à dire, monsieur, car dans mes rêves c'est une ronde de bites, des salves de bites, un bombardement.

Dans son souffle à lui, Oh mon amour, dit-elle encore comme si elle ne savait dire que ça.

Dans la mémoire de la silhouette il y a une chambre et tous ses détails, un lit, des draps, des murs, une petite fenêtre. Le vent se lève. C'est achevé. Il est temps de dormir.

Que je dorme, docteur, et je fermerai les yeux sur l'inconnu que je croise renfrogné dans son pardessus et dont je suppose qu'il a les mains froides car je suis parfois d'une redoutable intolérance qui a pour corollaire le fait que je ne l'embrasserai pas. Je fermerai les yeux sur la lame de ma déchirure et sur celle des gens qui s'installent sur une serviette, sur la plage. Et sur la Terre qui n'a pas besoin de moi. Les talons de mes sandales claqueront sur le bitume du remblai.

White Stripes - Black Math - Elephant.

Publié par Cosmic Dancer à 14:19:56 dans Petites histoires | Commentaires (23) |

Babillages dérisoires sans magie | 24 juillet 2006

Ce qui était curieux, dans ce regard, c'était la pupille : une tête d'épingle fixe qu'aucune émotion visible ne venait jamais dilater, contrairement à ce qu'exige la coutume chimico-physiologique en pareil cas. Comme un coeur arrêté en plein oeil. Mais un coeur mort.

D'abord, Josepha crut qu'elle ne distinguait pas bien la frontière entre l'iris sombre d'Edmond et cette fente noire qui ne laissait rien transparaître tandis qu'il monologuait. Le monologue, c'était le péché mignon d'Edmond. Fallait-il qu'elle soit amoureuse pour l'écouter dévider ses histoires des heures durant, totalement insensible au fait qu'elle était bien incapable de s'y intéresser. Comment l'aurait-elle pu ? Poseur, il affectait un ton neutre à la Jouvet, usant parfois de gestes magnanimes, fronçant autrement les sourcils ou s'appliquant à produire une moue dédaigneuse au souvenir d'une ignominie quelconque, du moins de ce à quoi il accordait, avec la présomption des fats, de tels qualificatifs issus du registre héroïque de son vocabulaire.

Héroïsme dont sa vie seule était gratifiée, cela va sans dire. Ainsi Edmond vivait-il en représentation permanente, conviant à la redite de ses exploits journaliers ou antiques un public dont la patience se mesurait à l'espoir qu'il mettait dans le mythe de son carnet d'adresses. Mille fois, Josepha avait dû subir le compte rendu de la soirée où il avait sauvé la vie de Garcin Le Sot en lui refusant courageusement un dernier verre. Il parvenait toujours à extorquer de son audience les larmes les plus empathiques à l'évocation de ce grand moment qui avait à jamais scellé une amitié hors normes. Il était emphatique, Edmond, sur toutes choses le concernant. Et que dire de ses malheurs d'enfance, dont les lignes de force damnées hantaient encore sa douloureuse et néanmoins remarquable puissance de caractère. De ces caractères, nom de Dieu, droits comme pieux de fer ! Il était fort, Edmond, très fort. La Vérité en son puits de science brandissait son jugement par son bras. Et gare aux impertinents qui s'y frotteraient, le diable les emporte ! les déchiquette, même ! leur bouffe les couilles et les nichons, putains ! Personne ne devait douter du coeur d'Edmond, en la sainte religion élevé, vous entendez, personne !

Edmond était la bonté même, science et sapience, et à ce titre il se devait d'intervenir en toutes choses de la vie d'autrui, distribuant coups de becs et caresses, mais pas trop de caresses, celles-ci prenant plus de valeur à se faire rares et désirées. Il régentait de la sorte sa cour, union vaguement utilitariste à géométrie variable où quelques fidèles assuraient les néophytes qu'elle était la meilleure du monde. D'aucuns prenaient conseil auprès de lui pour savoir qui aimer et qui craindre, peut-être par peur de l'enfer. Mais l'enfer, se dit Josepha, brusquement dessillée par une déflagration psychique sans origine distincte, c'est cette pupille dénuée de palpitations tandis que la voix susurre et que les mains militairement manucurées, projetées en avant comme des griffes armées de velours, tracent dans l'air des volutes chamaniques expertes.

Ce qu'elle voulait, Josepha, c'était un oeil mobile, et la beauté du doute. L'enfer, elle le connaissait bien, elle le fréquentait tous les jours, pas de quoi fouetter Edmond. Et puis d'ailleurs, fouetter Edmond, ça ne lui plaisait pas.

Publié par Cosmic Dancer à 16:41:41 dans Petites histoires | Commentaires (0) |

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