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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice - Stèle avec des soubresauts

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Rhaaaa ! | 30 juin 2008

Rien ne me destinait à endosser un jour, du moins symboliquement, l'habit de l'avocat. Appelée à la barre, appelée à la cause, la mienne en l'occurrence en ce lieu, petite chose fluette objet d'échanges procéduriers entre un grand groupe et une poignée d'institutions. "Nous vous poserons deux-trois questions, venez avec votre avocat." Je me voyais déjà dans les rangs, assise, éperdue de reconnaissance, assister à la plaidoirie du siècle, de mon siècle à l'aune de mes petits ennuis. Deux-trois questions auxquelles mon avocat allait s'empresser de répondre en invoquant en un geste ardent vers le ciel incommensurable au-delà du toit du tribunal les manquements à la règle, le travail dissimulé, le licenciement abusif.

Ma bourse en ayant décidé autrement, j'y suis allée seule mais approximativement vaillante. Ecouter les représentants des institutions. Le premier arguant du fait qu'il en avait été question à l'Assemblée. Fichtre. On ne m'en avait rien dit. Et que j'aurais dû être, etc. Pourquoi ne m'étais-je pas munie de mon enregistreur. Enfin. Mon quart d'heure de gloire aurait sonné sans que je ne l'immortalisasse. C'est ce qui s'appelle un raté. Le deuxième, de tempérament plus flasque, signifiant que son institution à lui se rendrait à la décision finale du tribunal. Sacré deuxième. Il m'avait pourtant fallu batailler pendant plus de deux ans, fournir un dossier de plus de mille pages, m'entretenir plusieurs fois plusieurs heures avec un inspecteur pour que sa hiérarchie consente à mener une enquête. Dont le résultat fut une faveur pour mon chagrin d'ahainepéiste. Les deux derniers constatant que de fait, je n'avais, merci-au-revoir, rien à faire chez eux étant donné la logique imparable du premier.

Lorsque le défenseur de la partie adverse prit la parole, à l'état de béatitude indifférente dans lequel je me trouvais, assistant de manière abstraite à l'énonciation de comptes rendus dont je connaissais le détail des tenants, et pour cause, succéda une rage, mes aïeux, une rage silencieuse et muette comme un missile de drone. Mes organes internes tambourinaient contre le moindre bout d'os à leur portée. Je ne tremblais pas visiblement, pourtant. Immobile. Subjuguée.

J'ai sorti le calepin qui ne quitte pas mon sac, un stylo à bille - rha, où est mon feutre -, et enquillé ses arguments comme autant de coups d'assommoir. Si je devais répondre à deux questions, autant le faire précisément.

Bref on m'avait finalement oubliée lorsque je fis signe aux assesseurs - j'avais tout de même prévenu le greffier. La juge leva un sourcil : "Mademoiselle ?" "Je suis celle-ci." Toujours est-il qu'après 45 minutes de discours ininterrompu, je suis sortie les jambes flageolantes fumer une cigarette sur la première terrasse. 45 minutes de grâce durant lesquelles j'ai, et j'ignore par quel miracle, captivé l'attention sans faillir, me retournant de temps à autre avec le bras de la largesse et de la compassion vers l'avocat de la partie adverse que je voyais à mesure enfoncer son séant sur le banc et ne plus oser lever les yeux, l'air contrit. Mais Maître, allons, ne me dites pas que vous pensiez vraiment que la partie adverse en ma personne incarnée était analphabète, une pauvre fille paumée, incompétente, inculte et incapable, ainsi qu'on vous l'avait décrite ? Rha, je n'ai pas pu m'en empêcher. La manière dont cet ex-employeur avait choisi de me qualifier avait réveillé en moi le peu de confiance en soi-même dont je dispose. Un brin de fierté. J'ai usé d'ironie et de sarcasme mais avec un visage angélique et une voix sensuelle et posée, me fendant par instants du sourire du cow-boy, ma vieille spécialité, lever un seul des deux muscles qui tirent la lèvre vers la joue. Ce profil sourit tandis que l'autre demeure grave. On a passé des heures à pouffer avec ça à l'internat et au réfectoire. L'avocat était donc le seul à voir que je souriais. A dire vrai je ne sais pas ce qui me faisait sourire si ce n'est la conjonction d'absurde mêlée de colères, de dégoût, de fatigue, de morts et de renaissances que cette histoire m'inspire.

Théâtre.

Cette petite prestation a donc corroboré un premier jugement en ma faveur. Certes je vais devoir recommencer l'an prochain à la même époque en appel. Pour la Cause. Pour la Cause et elle seule. "Vous vous êtes très bien défendue toute seule une fois, me dit le Syndicat, vous pouvez recommencer." Mais bien sûr, c'est devenu un hobbie. "N'oubliez pas de nous envoyer le jugement, vous savez qu'il servira à quelques milliers de personnes." "J'en suis fort aise, sincèrement. C'est bien ce que j'escomptais, j'aurais juste apprécié que l'on me soutenasse un peu." Que l'on me pardonne cet excès de psychologisme.

Pour ce qui concerne mes finances, c'est un autre sujet. Mon avocat m'annonce que pour les Prudhommes, cette fois, cette Arlésienne que j'attends depuis près de quatre ans, il a transmis le dossier à une consœur, dont je n'ai pu savoir le nom mais qui a toutes les compétences. "Or je n'ai absolument aucun document, dit-il après m'avoir assuré qu'il a passé un temps fou sur l'affaire, en dehors des pointages et comptages, classements et précisions que vous aviez effectués la dernière fois à ma demande." "Cherchez bien. Trois classeurs d'environ 2 kilos chacun, avec des chemises et des sous-chemises dedans, des copies signées, non signées, des plannings complets, du jour après jour. Ça devrait vous rappeler quelque chose ? Sauf à ce qu'ils moisissent dans une cave, vous les retrouverez. Dans le cas contraire, je retournerai chez les institutions qui disposent du double et du triple. Je rephotocopierai mille pages ou deux mille, je ne sais plus. J'en ai pris l'habitude, vous savez. J'avais un pris un abonnement à l'époque."

Peut-être même, si vous me laissez m'anesthésier pendant quelques longs mois encore, peut-être même que je donnerai une représentation supplémentaire pour les Prudhommes. Après deux répétitions générales, je serai éventuellement rodée.

Publié par Cosmic Dancer à 19:50:32 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (7) |

JRH21091958 | 08 juin 2008


"Ça va mal. Je me sens dur, dur et sec, sinistrement.

Je ne mérite que le silence."


Cette note volée au Journal de Jean-René Huguenin en guise d'information à peine pratique. Je n'ai plus le goût à confier à ces pages quoi que ce soit. Deux ans d'existence, c'est assez. Deux ans de découvertes, d'échanges parfois, de bonheurs littéraires au détour de lectures, de belles amitiés devenues réelles, de tentatives d'organiser quelques pensées entre trois emplois et deux temps de chômage. Passerelle bigarrée, excroissance d'une vitalité optimiste ou sanctuaire secret propulsé dans une nuit publique. Ajouter du bruit au bruit quand j'aime tant le silence, fenêtre ouverte sous les étoiles. J'ai perdu le sens de ce qui faisait d'une richesse supposée, une joie. Et la tristesse, c'est pas mon truc. Je m'en retourne à ma vieille empathie solitaire. Oui, on s'attache mystérieusement à ces pages numériques que l'on apprécie de voir se construire et à ceux qui les créent quelquefois. Comme on s'attache à ses voisins ou aux habitués des cafés. Je me réjouis au fond de partir, pour un temps indéterminé. Certaines portes que l'on ferme rendent son souffle au voyage.

Publié par Cosmic Dancer à 00:06:15 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (16) |

Rémission légère | 04 juin 2008



"La Nature et les empreintes des Hommes

sont parfois bien faites."




Merci pour le coup de soleil, S.L.S.B.R.JPT.L.Y.H-L.J.M.P.M.A-C.

Publié par Cosmic Dancer à 21:14:44 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (3) |

15 avril 1953 | 28 mai 2008

Avant de dormir, avant juin.
Rêver de disposer de la culture et du temps d'un Stalker pour défendre La Possibilité d'une île. Non, ce n'est pas une écriture blanche, mal en prît à Nauleau. Et d'ailleurs, je préfère Jourde. Merci, Houellebecq.

Publié par Cosmic Dancer à 00:19:26 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (0) |

Aucune raison de désespérer | 27 mai 2008

Viens mon ami, viens. Aucune raison de désespérer.
Ton roman radieux promis au pilon J. Ton scénario volé par des producteurs véreux T.
Tes sculptures à bout de bras L. Ton histoire à bouts de doigts E. Un tableau vendu hors de prix Y.
Ces drôles d'années qui vous séparent, dix ans ou un peu plus. Jeune trentaine, approche de la cinquantaine. Un monde de déchirements, emportés par l'Histoire.
Il y a entre vous ce lien invisible et ténu et cet effet que les sociologues qualifient de générationnel.
Et mes racines de prolétaire, ces six fils derniers rangs du nom que l'arrière-arrière-grand-mère a assumés seule à ce titre, déboulant satanique à l'époque sans mari avec sa coiffe et sa marmaille et son regard fier, tous devenus mineurs de fond. Et la Grande Guerre, la progéniture entre deux fronts. Et la Seconde. Les toiles de parachutes à confectionner à Paris. Grand-père, né dans l'immeuble du XIIIe contigü à celui où j'ai vécu quelque temps sans savoir que tu étais  né précisément dans cet appartement où j'avais adopté Aldo mon chat unique. Forgeron à onze ans, millionnaire à quarante pour avoir joué sa vie à pile ou face à la mort de l'Aimée, fille de roulotte, beauté fatale dansant sur les tables en vendant des bouteilles de champagne pour nourrir deux enfants illégitimes. Des générations de femmes libres, amoureuses hors morale, des vraies teignes dressées comme des rocs. Et père fugueur déchiré par la mort de sa mère, fracassant son avenir, maçon pour ces enfoirés de constructions pavillonnaires. Et moi, et l'ascenseur social dont je n'ai que faire et réciproquement puisque jusqu'à présent tout ne fut que combat d'abord kamikaze puis légal. Avec le temps, la guenon singe le singe.
Viens mon ami, viens. Ton roman lumineux. Ton chemin. Ces professionnels du spectacle n'aimant pas ta cuisine que j'adore, moi, et sans être la seule, te virent sans évidemment t'en informer d'homme à homme. Qu'elle est morale, n'est-ce pas, la condition de compagnie urbaine d'artistes de rue de gauche subventionnés par la Ville pour foutre le bordel dans les rues de la Festivité une fois par an en crachant des faux feux et des machineries inaudibles, parfois.
Ils te virent non pas parce qu'ils n'aiment pas ta cuisine. Mais parce que sur ton front et malgré toute la discrétion dont tu fais preuve se lit un signe. TU N'ES PAS DE CE MONDE.
Tu lirais ça, tu m'en voudrais, toi qui l'aimes tant, ce monde, malgré ta lucidité assassine, toi qui portes sur lui et malgré toute l'expression de sa cruauté inexorablement naturelle que tu as su écrire, toi qui te nourris humblement de livres après avoir effectué tes labeurs comme l'ont fait tous ces hommes et toutes ces femmes dont nous sommes au hasard de l'humeur redevables ou accusateurs implacables de nous avoir engendrés.
Et qu'on me pardonne de ne pas classifier au même rang culture et culture.
Ce monde dont nous sommes tour à tour au hasard de l'humeur amoureux aveuglés ou procureurs furieux.

Publié par Cosmic Dancer à 22:33:57 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (0) |

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