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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice

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J'me souviens pas - II | 24 mars 2007

Pour toi, Vuk. Ta voix familière. Republication de vieilles dentelles.

J'me souviens pas de la rue L. le soir où tu as frappé à ma porte après ta dérive en vélo parce que déjà c'était trop tard, je t'avais attendu cinq ans
J'me souviens pas de nos adieux, ton corps tout petit sur le grand lit à l'hôpital
J'me souviens pas de mes sacs de bille, pourtant j'étais fortiche à ce jeu-là
J'me souviens pas des cheveux auburn de Marlène et de ses airs de diva outrée qu'on ne lise pas le grec
J'me souviens pas de ces visiteurs du musée qui s'extasiaient devant des bottes de paille qu'ils avaient pris pour de l'art conceptuel alors que c'était la déco qui va avec et que je les avais placées en carré, par jeu
J'me souviens pas de Madame H. qui rêvait dans les années soixante-dix que les petites filles apprennent la vie avec une dînette de porcelaine
Ni de ce préau où l'ennui n'avait rien du charme pourri d'un film rétrograde, et les blouses non plus
J'me souviens pas avoir traversé la mer Caraïbe la peur au ventre en me disant Profite, ma fille, le ciel est si bleu aujourd'hui
J'me souviens pas du prof d'économie affirmant Seulement 13 % des enfants d'ouvrier passent le bac, et 5 vont à l'Université
J'me souviens pas de la robe à pois cintrée super sexy que portait ma grand-mère et qu'un voleur vola
J'me souviens pas avoir pleuré sur le Pont des Arts quand j'ai su que Queneau était mort avant
J'me souviens pas de la finesse de ton humour, décontracté et pince-sans-rire, tes yeux pleins d'étoiles par-dessus
J'me souviens pas de ma monomanie des yeux bleus
J'me souviens pas des marques de voitures, ni des noms de vins, y'a rien à faire
J'me souviens pas des opéras de Mozart que tu me faisais écouter en frimant comme un prince, c'était facile pour toi, je ne connaissais pas la musique
J'me souviens pas des explosions de la rue de Rennes ni de celle de la rue des Roziers, j'oublie les bombes à mesure qu'elles me brûlent les pas
J'me souviens pas des fêtes à la maison et des virées dans la Lancia
J'me souviens pas du jardinet de Delacroix, et du banc de la place Fürstenberg
J'me souviens pas de mes pas sur les dunes blanches, face au crépuscule enflammé
J'me souviens pas de la première colère de ma douce, criant de manière très expressive, dos au mur et la bouche en lionne Ah ! Cette maman !
J'me souviens pas du jour où tu as récité ton premier monologue d'un trait dans ta cuisine aux Minguettes, tout en haut de la barre, c'était beau
J'me souviens pas des anarchistes à veste noire et pipe en bois, je trouvais qu'ils se ressemblaient tous
J'me souviens pas des numéros de téléphone depuis l'apogée de mon portable, et des adresses non plus
J'me souviens pas du charme sauvage de L. quand elle tire violemment sur sa clope en lançant un rire rauque infini
J'me souviens pas du Diable au corps ni du Bal du comte d'Orgel de Radiguet, et pourtant
J'me souviens pas des militants qui s'engueulaient sur leurs partis tandis que je me demandais vraiment ce que je foutais là et si c'était bien constructif
J'me souviens pas que je battais les garçons à la course de vitesse et que c'était ma pire fierté
J'me souviens pas de Magda que la voisine avait tancée et qui me demande quand je suis rentrée Ca veut dire quoi, représailles ?
Je ne me souviens même pas de l'élection de Mitterrand et plus le temps passe, plus les liesses populaires me laissent froide
J'me souviens pas de ta douceur et tes retraits où chante la peur de l'abandon parce que je m'souviens pas de la mienne.

Publié par Cosmic Dancer à 19:16:42 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (6) |

J'me souviens pas | 24 mars 2007

J'me souviens pas...
J'me souviens pas des livres que je lis en buvant un café en terrasse, ni de ceux avec qui je m'endors toujours
J'me souviens pas de la bouquiniste de la rue B. dont tous les poches puaient le pipi de chat ; les volets crasseux sont fermés
J'me souviens pas d'un prêtre qui voulait que je m'exprime dans un cercle devant mes petits camarades alors que j'étais trop timide
J'me souviens pas des mèches d'Anna quand elle souffle dessus pour parler mieux avec les yeux
J'me souviens pas de nos traversées de Paris furieuses, à pied
J'me souviens pas du facteur qui répète chaque jour « Bonjour, camarade ! » et que ça fait rire à tous coups
J'me souviens pas du balayeur du square et de ses souvenirs de photographe officiel des officiels qui officient
Je m'souviens pas des bougies qu'on avait étalées avec ordre dans le couloir sans fin du hlm, puis nos manteaux couchés comme des zings sur la piste, avant de boire du champagne en croquant un saucisson sec
J'me souviens pas qu'on a filé à Rome en catastrophe sans un sou en poche pour manger ni dormir
J'me souviens pas de la cohue à la Sorbonne et de ton cagibi de la rue des Cinq-Diamants à l'époque où tu me disais Vous
J'me souviens pas du regard amande d'un beau vieillard à Varsovie et du signe d'adieu qu'il m'a fait quand j'ai regretté de prendre mon bus à l'heure prévue
J'me souviens pas de ce médecin qui s'est pendu parce qu'il avait oublié de ne pas s'oublier
J'me souviens pas des sourires de M. quand elle était encore grenouille et que je lui disais Croâ ?
J'me souviens pas des yeux uniques de ce Samuel et de nos drôles de conversations
J'me souviens pas du quartier de la Butte-aux-Cailles, de Philippe qui peignait des murs, d'Olivier le clarinettiste
J'me souviens pas du chantier de démolition où j'avais parié que j'étais cap et trois jours éreintants de boulot
J'me souviens pas du rire coloré de Marie qui courait en me tenant la main pour me raconter ses histoires au Vert-Galant
J'me souviens pas du peintre colombien féru de nouvelles technologies et de ses portraits pixellisés
J'me souviens pas du jour où la prof de français m'a collé Verlaine dans les mains
J'me souviens pas de ton élégance naturelle ni du jour où on s'est aimés
J'me souviens pas d'avoir pleuré en regardant un tableau de Vermeer, et d'avoir repleuré en regardant un tableau de Turner, j'me souviens pas que je pleure tout le temps devant la beauté
J'me souviens pas des brèdes mafanes et des parfums de La Réunion
J'me souviens pas des taxis de nuit pour aller faire la standardiste
J'me souviens pas du clair de lune sur le pont la nuit à Noirmoutier
J'me souviens pas du jeune facho que j'ai fait pleurer dans un bar de Rouen, ni qu'après j'ai dû courir vite
J'me souviens pas de mon inquiétude dans le désert à cause des scorpions noirs et de l'enfant qui veut me protéger
J'me souviens pas que je suis obligée de boire pour prendre l'avion, maintenant
J'me souviens pas de la splendeur de Makidy quand elle sourit avec ses yeux gris
J'me souviens pas du palace délabré où un gamin nous a surpris dans notre chambre avec son père, dans la pénombre
J'me souviens pas m'être baladée dans le monde et y avoir tellement aimé ses habitants
J'me souviens pas du bras de Tadzio devant la lagune en contre-jour
J'me souviens pas de Luigi, de John, ni du nom de la plupart des hommes rencontrés
J'me souviens pas de ton odeur sous ton épaule, j'me souviens pas de tes ailes brûlantes et des tremblements dans ta voix
Je m'souviens pas des nostalgies de Georges Pérec

Publié par Cosmic Dancer à 19:13:14 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (2) |

Petit guide comparatif des religions et philosophies | 12 mars 2007

Source : anonyme. Je viens de retrouver ce vieux papier. C'est léger, mais ça me plaît.

Taoïsme : C'est la merde.
Confucianisme : Confucius dit "C'est la merde".
Islamisme : Si c'est la merde, c'est la volonté d'Allah.
Bouddhisme : Si c'est la merde, ce n'est qu'une illusion de la merde.
Catholicisme romain : C'est la merde parce que nous ne sommes pas bons.
Calvinisme : C'est la merde parce que vous ne travaillez pas assez.
Judaïsme : Pourquoi cette merde nous arrive-t-elle toujours à nous ?
Luthérianisme : Si c'est la merde, restez confiants, et elle disparaîtra d'elle-même.
Presbytérianisme : Si ça doit être la merde, autant que ce soit pour les autres.
Zen : Qu'est-ce que la merde ?
Jésuitisme : Si c'est la merde et que personne n'a rien entendu, est-elle vraiment sonore ?
Hédonisme : Si c'est la merde, "enjoy it" !
Adventisme du 7e jour : C'est la merde tous les jours, sauf le dimanche.
Hare Krishna : C'est la merde. Rama, rama, rama, rama...
Rastafarianisme : C'est la merde. Fumons-la.
Hindouisme : Cette merde a déjà existé.
Mormonisme : Cette merde est déjà arrivée, et elle arrivera encore.
Athéisme : La merde n'existe pas.
Agnosticisme : Peut-être que c'est la merde, mais peut-être pas.
Stoïcisme : Ainsi, c'est la merde. Soit.
Universalisme : C'est partout la même merde.

Publié par Cosmic Dancer à 17:00:02 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (10) |

Hezbos, l'île aux femmes | 22 février 2007

Supervixens - Un film de Russ Meyer.

Oui, je sais, c'est d'aussi mauvais goût qu'une boîte de miettes de thon Navire en Déroute, mais j'ai prévenu les visiteurs. Sans doute les pratiques abusives éveillent-elles en moi les emphatiques mamelles de la rébellion, m'enjoignant d'user de ce subterfuge pour faire venir à mon info les pécheurs.

C'est qu'en effet, l'île d'Hezbos (© Sa Majesté M1) vient de s'ériger en un géographique espace exclusivement réservé aux femmes.

Ceci n'est pas un canular comme aiment à en accumuler ces espiègles de mollahs iraniens dont l'humour explosif n'a rien à envier à celui de Casimir. Le Grand M1 fait d'ailleurs judicieusement remarquer que si ces derniers se sont dotés de sous-marins, c'est probablement pour aller à la pêche sans risquer les foudres voilées des dames du Lac, dont la chaîne de télévision, si elle devait exister, s'appellerait Télé-Thon. Il est en effet des espèces à protéger jusque sur les eaux douces du ministère des Vertus et du Vice.

Réjouissons-nous de cet immense progrès qui permettra peut-être aux ouvrières de la cité des femmes saoudienne de complaire aux industriels du textile chinois en produisant les seyants burkinis sur lesquels elles se jetteront toutes, ces créatures du diable.

Publié par Cosmic Dancer à 13:55:24 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (5) |

Jempassa nanochieuse | 22 février 2007


Jempassa, la Fourmi Dansante de mes jeunes années, ayant pris son envol depuis le douloureux tarmac de la fin de ses courtes études, est devenue Cosmic Dancer, femelle au cerveau asexué prisant de se déhancher dans l'espace. L'air du rien lui a toujours, de fait, semblé plus attrayant que les commodités du plein-la-gueule auxquelles toute âme est confrontée, une fois quittées les douceurs de l'amère matrice - nostalgie pour tous et paix aux mourants de bonne volonté. Maman, je t'aime.

Son problème majeur ne fut - privilège affreux de ceux qui se lèvent tôt ? - jamais d'apprendre à dire non, mais plutôt de se résoudre à opiner, ce qui reste un pari fou furieux, sauf quand elle perd les eaux dans un vin qu'elle a horreur de couper.

Etant donné la nature profondément négativiste (papa, pardon, je sais à quel point ce fut pénible) de Jempassa, sa tentation cosmique seule la pouvait racheter, d'où les anges de lumière, dit-on, furent exclus, guettant, depuis, dans l'ombre de l'Obscur, la cohorte de cervelets mono-hémisphériques pour qui le méchant, c'est toujours l'autre.

Las ! La sainteté réservant à d'autres ses contours parfaitement universels, Jempassa, malgré sa volonté tenace et extrêmement pénible, se vautrait depuis la naissance dans la tentation de l'index, sale môme décidant seule qui trouverait grâce à ses antennes véloces et qui se confondrait dans un charnier informe où les damnés du doigt consacrent leur courte existence à se ruer les uns sur les autres, mais plutôt pas comme ce serait mieux.

Chatouillée par les herbes sauvages où elle se délectait à sniffer le puceron et par le vent cosmique soufflant dans le grand cor expansionniste, elle apprit sur le tard à exprimer par des mots simples ce que d'aucuns savent encore faire en soulevant légèrement le bord de leur chapeau.

C'est ainsi que Jempassa s'acquit la réputation de nymphomane polymorphe bisexuelle. Ses "je t'aime" articulés le plus clairement les soirs de fiesta familiale (demandez à sa belle-sœur, elle la fait boire rien que pour l'entendre, sinon, elle n'est pas rassurée), voire clamés ou écrits sans vergogne sur tous les supports possibles, destinés à quelques (finalement plutôt nombreux - quelle surprise -, ça doit être dû au temps qui passe, lorsqu'il a la bonté de nous présenter des anges sarcastiques) élus de l'appendice susnommé l'agacent profondément, mais que voulez-vous, elle n'a pas trouvé mieux.

Pour Jempassa, c'est assez simple. Elle dit "je t'aime", "je t'aime pas", ou alors "rien à foutre". "Je t'aime bien", c'est l'humeur impossible. Oui, je sais, ça fait très très très peur.

Publié par Cosmic Dancer à 10:05:32 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (6) |

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