Odieux tourisme. Tandis que l'on se réjouissait, il y a encore vingt ans, de la démocratisation des voyages qui offrait au plus grand nombre de partir à la découverte de la Terre, sa géographie, ses peuples, et que nous considérions tous qu'il s'agissait là d'un formidable progrès, vecteur d'amour, de compréhension, d'empathie, force est de s'interroger aujourd'hui sur les dégâts considérables occasionnés par cette industrie du "j'ai vu, j'ai fait". Cette formule insupportable qu'ont les vacants glorieux de qualifier leur séjour tout-compris, bien-entendu et sans-supplément au creux d'un exotisme que la tendance la plus chic organise "vertement", loin des goûts rustres du péquin par nature dissemblable.
Les vacances portent bien leur nom, qui célèbrent non l'acte gratuit, la beauté du temps que l'on prétend perdu, l'exquise procrastination, mais la vacuité mise en boîte, traçable et certifiée conforme, vue et approuvée par ceux qui en témoignent pour faire état de la leur. Encapsulée dans une pellicule quelconque ou, plus tendance, sur les pages d'un carnet "de voyage", mémoire immédiate d'un espace éprouvé par le temps et ses passagers improbables rendus à la poussière sitôt la valse achevée, prédestinée à l'écran futur d'une "projection" ou d'un feuilletage entre amis, quand ce n'est pas au grand tirage en format à l'italienne, l'aventure se termine à l'instant où elle prétend naître.
S'il n'était que cette prétention absurde à la jouissance visuelle excitée toute l'année dans l'attente de l'orgasme estival, le mal ne serait au fond pénible que pour les grincheux dans mon genre.
Seulement voilà,
les îles Galapagos se meurent, que j'avais longtemps crues protégées de nos fringales.
Oui ?