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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice - Stèle avec des soubresauts

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Comment faire la fête des morts | 01 novembre 2007

Le 2 novembre n'étant pas un jour très marrant, mais férié que vous le vouliez ou non dans la mesure où, le plus souvent, il coïncide avec le lendemain du 1er, la vacance appelant la glandouille et un vice en cachant un autre, il va vous falloir l'occuper judicieusement.
Ah, il est loin le temps où l'on se rendait en processions conviviales, le chrysanthème au cœur et le ruban noir à la boutonnière, dans les allées rafraîchies des cimetières.

En effet, la coutume voulut longtemps que l'on se laissasse inhumer, poussière rejoignant la poussière, mais au rythme des temps anciens, lentement et avec certitude, acceptant brave le pourrissoir et la compagnie de divers coléoptères, diptères et acariens dans leur ballet aussi véloce que précis. Les enfants tremblaient mieux qu'en ces soirs d'Halloween à l'évocation de feu follets, ces pets de défunt à faire sursauter les légistes.

Aujourd'hui, que voulez-vous, la surpopulation le disputant au tarif des concessions et au bon goût, les plus humbles joueront les filles de l'air au crématorium et les plus branchés le principe de plastination, voire la cryogénisation.

Que faire alors si le gothisme, le satanisme, le vampirisme et le tourisme vous laissent aussi froid que vos ancêtres ? Surtout, pensons à ceux qui n'en ont pas ici, d'ancêtres. La vie n'est pas toujours très simple, alors la fête des morts !
Que faire ? Pleurer !

Je ne sais pas, moi, regardez un peu autour de vous ! Pour les plus cyclothymiques, un petit coup d'œil au baromètre suffira : en général, les 2 novembre s'adaptent bien aux circonstances, s'habillant d'une brume bien poisseuse et d'une température grippante. Les philanthropes se référeront avec attention à l'actualité (Iran, Darfour, Afghanistan, criminalité, femmes battues, pédophiles, pollution, not' président, choisissez avec soin, vous finirez bien par trouver). Impossible de lui échapper, elle vient à vous bonne comme une sainte. Il sera conseillé aux sensibles d'explorer mentalement la dégénérescence que chaque seconde de vie inflige à leurs intestins et aux coquettes de s'imaginer dans trente ans. Les durs à cuire pourront toujours rater leur œuf mollet du petit déj ou se brûler les doigts au café.

Sinon y'a toujours mes voisins et l'intégrale de Daniel Guichard.

Publié par Cosmic Dancer à 19:31:34 dans Inaimables humeurs | Commentaires (3) |

Plombons l'atmosphère | 28 octobre 2007

Je suis Iana et je suis double. On me croit simple quand on me rencontre parce que je décide que je suis à peu près présentable. On rencontre Iana la Belle, qui est belle parce qu'on la rencontre. Iana la Laide n'existe pas à ce moment-là, et c'est comme si elle n'avait jamais existé. en tout cas, si son souvenir se fait une place dans le présent de Iana la Belle, c'est un souvenir, c'est révolu.

Iana la Belle, vive et charmante, une pure connasse quoi, sait se faire aimer puisqu'elle est belle. Sûre de son existence. Comme un œuf chaud sous le cul d'une poule. Le monde lui sourit, les jours sont simples et agréables, avec leur lot de joies et de tracas, peu importe le quantifiable. Tout ce qu'il y a de plus vivable, une pure pétasse lisse comme une lame. On dit même de Iana la Belle qu'elle a un sourire à faire sourire les planètes. Et le monde lui sourit, alors elle sourit niaise, alors on lui dit con quel beau sourire et on lui sourit et elle sourit ça en devient franchement immoral, impudique et pénible, et elle sourit jusqu'à ce que l'autre se réveille, lui cogne les flancs.

Iana la Laide se réveille vite, insomniaque et nerveuse, anxieuse et aux aguêts, tout pour plaire enjeu névrotique. Elle se réveille au premier doute. Mais la Belle se débat, pauv' p'incesse, elle lutte de toutes ses faibles forces car elle connaît le jeu de la Laide. Elle sait comment elle va lui dammer le pion si elle lui laisse la moindre place.

Pour éviter le désastre, elle se lève et s'étire, se réfère aux bons conseils de tous les thérapeutes de la terre et hop là hop là se détend l'âme dans des respirations cosmiques voire calmes.

Ça marche un temps. Le sourire n'est plus le même, déjà, il rétrécit. Cul de poule, je vous dis.

Une ride effroyable se creuse entre les deux sourcils, des cernes crachent leur noirceur sur les joues. Iana la Laide tambourine à la porte. Avec ses griffes. Elle fait du bruit en outre, elle hurle à vous déchirer les tympans, les voisins ont ça en horreur, il faut agir. Et vite.

Alors la Belle doute encore plus. Elle va devoir se rassurer, s'assurer de son existence, autrement dit il est déjà trop tard.

Elle va se mettre à chercher des signes comme quoi elle est toujours Iana la Belle et pas l'autre. A-t-on déjà connu la Belle inquiète ? Jamais. Alors on pense que la Belle change et devient moins belle. On lui dit "Tu es moins belle ou je me trompe ?" Alors elle se trouve moche et on la trouve pas belle et elle devient encore plus moche.

Et c'est l'heure de Iana la Laide, qui pleure et fait pleurer la Belle. Qui se hait et voue une haine impitoyable à l'autre car elle pense que la Belle est un mensonge, que la vérité, c'est elle, et que c'est pas beau à voir.

Plus personne ne voit Iana. Personne.

Alors j'me cache, j'ose plus me montrer, je comprends qu'il vaut mieux ne pas me voir.

Ce serait au risque de réveiller les autres, les autres Laids et les autres Laides qui dorment encore et qui n'attendent qu'un signe pour se lever.

Publié par Cosmic Dancer à 21:26:31 dans Inaimables humeurs | Commentaires (1) |

Une belle rencontre | 07 octobre 2007

Un malheur n'arrivant jamais seul, un tien vaut mieux que deux tu les auras, j'étais partie muser dans la douceur de l'air, maussade mais heureuse de marcher, goûtant la bonté de la ville, furtive voyeuse près des fenêtres de rez-de-chaussée, humant les vies comme on respire l'air matinal, en vie, encore en vie, ces vies bourgeoises au fronton des immeubles rénovés, festives, colorées, sûres d'elles-mêmes, ces vies modestes dans des habitations modestes, avec des meubles modestes et des horaires modestes, ici intérieur chic et smart, là au mieux meubles hérités d'humbles grand-mères, vestiges désuets d'un temps où acquérir un "salon" et un "buffet" correspondait à l'expression d'une réussite prolétaire, une harmonie, des retrouvailles avec une tradition familiale plus ancienne, subrepticement transmise : un patrimoine. Mais pas à moi, par exemple, qui méprise les meubles, sauf mon lit, mon bureau, ma bibliothèque. Mais pas à moi non plus, ces espaces néo-riches où se bousculent d'autres signes, et notamment le vide. Le vide que j'aime est anarchique, il me dit "va", je lui réponds "bien, j'ai besoin de place pour danser". Et ce ciel, toujours ce ciel sans nom dont j'aime l'imbécile folle qu'il fait de moi, enfin chat, enfin lézard, enfin oiseau, personne.
Caressée par un vent juste chaud, dorlotée par les lumières violettes du crépuscule, j'allais tout à coup rassurée, mes morts veillant sur mon épaule. Leurs visages dépliés par la mémoire, des myriades de moments entre nous, des phrases, des éboulements fractionnés de phrases, leur absence acceptée, enfin, le détestable éblouissement de ceux qui restent et mangent avec les yeux, les oreilles, la bouche, avec le corps tendu dans son entier désir, sa frénésie bienveillante, sa dictature choyée - ô toi, viens là que je t'embrasse. Avec mes morts sur une épaule et mes vivants fragiles sur l'autre.
Les étourneaux en bande, évidemment - ceux-là ont toujours l'air d'annoncer les tempêtes, criards, innombrables, leur masse infime en se rassemblant crée de grands flots noirs asphyxiant l'air - chiant partout, j'ai changé de trottoir, mal m'en prit.
Le type m'avait vue arriver, et moi je l'ai senti venir. Il puait, celui-là aussi. Il transpirait l'alcool et le malheur sexuel.
J'ai serré le sac dans lequel la bouteille que je venais d'acheter se trouve. Accéléré le rythme. Lui aussi. Encore un peu plus vite. Lui aussi. Plus lentement. Lui encore. Change de trottoir, tant pis pour les crottes. Change de trottoir. Cent mètres, deux cents, trois cents, cinq cents, il marche exactement à mes côtés, épaule contre épaule, pas dans les pas, souffle dans le souffle. Je m'arrête et le regarde, il fixe mon regard, muet, les yeux glauques. Je vois.
Je vois ce que tu penses faire, mon connard, avec ton mètre quatre-vingt quinze et tes cent kilos dépassés. Je vois que tu n'as pas une seule seconde l'intention de parlementer. Qu'on est dimanche, que la nuit tombe, que les rues sont vides. Et qu'en bon prédateur d'un soir, t'as reniflé ma chiffonnade et décidé, impardonnable, d'interrompre ce chemin de chagrin que mes morts berçaient tendrement.
Sans parler, oh je sais, fais un pas de plus et dans ta tronche de misérable je vais exploser ma bouteille, un petit vin, pas bien cher mais mal embouché. Tu le sens et me fais savoir d'une lueur salace dans ta pupille de décrépit que t'en rigoles, l'avantage physique est pour toi. T'es prêt, tu crois tenir ta proie. Tout se presse en moi, nos discussions d'hier sur l'amour, tous ceux qui sont morts sans le connaître, la loterie générale, l'amour, ceux qui sont morts en l'ayant connu, ceux qui s'en fichent tant que la vie y est.
Et puis miracle, deux femmes viennent de sortir un chien, je n'ai jamais autant aimé les chiens et les femmes seules qui les promènent pour polluer crassement les trottoirs, oui, chie, petit chien, mais pas trop vite, laisse-moi juste le temps d'arriver : - Bonsoir, joli temps pour un mois d'octobre !
Et elles, ô perles, me dévisagent, comprennent en une fraction de seconde, le type vient de nous dépasser, se retourne, file, se retourne encore. M'attend au coin de l'immeuble, on le vérifiera après. La jeune femme m'invite à rentrer : - Je t'emmène chez toi, j'ai ma voiture. - Tu prends un verre ? - Non merci, en ce moment, j'ai le moral brisé. Ce qui compte, c'est de faire de belles rencontres.

Publié par Cosmic Dancer à 20:57:38 dans Inaimables humeurs | Commentaires (35) |

C'est la fête | 04 octobre 2007

J'avais un truc à fêter, l'autre soir, alors je suis sortie explorer la ville, une bonne grosse ville belle comme une carte postale. Au point que je me suis demandé si j'allais pas déménager, m'extraire, me soumettre au défi, à l'inconnu. Sur une place arborée, des joueurs de pétanque, une odeur de pain, une belle lumière du soir, un goût de vie doucereux comme une enfance mythique. J'interroge mes voisins sur le prix des loyers. Verdict sans appel. Un petit restaurant, pas trop cher. Non fumeur. Mais parfumé à l'eau de Javel, à tel point que je dois fuir, le diamètre du cou dangereusement démultiplié.
Et puis un premier bar. Match. Des dizaines de mecs accoudés, l'œil morne, sans un mot, la face aussi plate que l'écran. Alors un autre, jazzy, presque vide. Réunion de cinq ou six comédiens satisfaits, je me souviens tout à coup pourquoi j'ai tourné le dos aux planches, à une époque. Je m'asseois à une table à côté, je sirote, j'ai beau chercher, y'a pas de regard. Oui, c'est possible et ça fait terriblement peur.
- Dites, est-ce qu'il y a un bar un peu festif, dans le coin, un peu rock ?
J'ai dû dire des choses sales. Sourires condescendants. Comme un flottement.

Publié par Cosmic Dancer à 13:34:03 dans Inaimables humeurs | Commentaires (3) |

Je Suis Sexe | 12 septembre 2007


En me couvrant, je reconnais que je suis sexe. Mon corps est l'objet précieux des désirs les plus fous et en le célant je montre à quel point je suis belle, de cette beauté frappante qui fait se lever sur ma route les braquemards comme autant de gardes, et qui se résume à mon sexe. En me voilant, je m'affirme sexe intégral, montrant impudiquement que la totalité de moi est à prendre par les hommes enivrés - car le voile excite les hommes et ma science érotique ne l'ignore pas, que j'expose promptement à mes contradicteurs. Oui, je suis brûlante et lascive et mon savoir est célébré par mes hommes. Savamment cachée, je confirme que je suis convoitise, à prendre comme si je déambulais nue, je confirme que je jouis d'un jeu du désir dont le paradoxe est ma force perverse et délicieuse. Je jouis de me soumettre au regard gourmand de ceux que je respecte en jouant d'œillades comme de paupières baissées. Ma liberté quand je l'exige sous le voile parce que j'affirme le choisir est celle de l'esclave-reine et ma mythologie celle d'une star du harem. Ces femmes qui exposent leur vagin luisant sur le Net et moi sommes sœurs en sexe exhibé. Chattes savantes. J'exhibe la liberté de mon sexe à s'affirmer totalité. Ainsi offerte, devenue dans l'ordre que je prétends ne pas m'être laissé imposer, femme respectable.

Publié par Cosmic Dancer à 11:03:11 dans Inaimables humeurs | Commentaires (31) |

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