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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice - Stèle avec des soubresauts

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Un hymen en otage | 01 juin 2008

Je ne pensais pas écrire sur le sujet, ce d'autant moins qu'il a des répercussions considérables et notamment sur des questions qui me taraudent depuis longtemps. Et ces répercussions engagent d'autres débats, voire de réels combats. Mais en l'occurrence, ici, dans cette déplorable affaire d'annulation de mariage intervenue à Lille, où même Elisabeth Badinter, pour qui j'ai le plus grand respect, se dit "ulcérée", je constate que des forums du quotidien Libération à ceux d'Agoravox, hormis quelques voix, c'est la curée.

On pourra m'accuser de dhimmitude si on le souhaite. Il me semble qu'à cet endroit, la défense de la laïcité se trouve malmenée ainsi que les revendications légitimes des femmes qui se battent pour leur goût à vivre en homme libre et à disposer du droit de leur hymen à se déchirer sous les assauts d'un cheval d'arçon ou ceux d'un premier amant. Il me semble que, de surcroît et encore une fois, nos petits amis qualifiant d'islamophobie toute critique de l'islam et leurs "frères" en intégrisme toute irrévérence à l'égard des religions en général vont se pourlécher tant est grande la confusion entre droit civil, aspect contractuel du mariage, voire amour, convictions intimes et/ou religieuses, archaïsmes sociétaux et religion.

Pour information, voici l'éditorial [commenté] de Laurent Joffrin sur le sujet hier samedi 31 mai :
"Régression
Donc, la virginité serait une «qualité essentielle» des jeunes épousées dans la France de 2008
[Nul ne l'a prétendu. Il s'agit d'une qualité que les deux protagonistes reconnaissent comme essentielle dans l'union qui les concerne, et celle-ci uniquement puisqu'il ne s'agit pas de légiférer sur les qualités essentielles d'un mariage en général]. Depuis des générations, féministes et laïques se sont battues pour combattre ce préjugé archaïque [Certes. Pas pour interdire à ceux qui en ont la conviction, quelle que soit leur religion ou absence de croyance, de se présenter vierges s'ils souhaitent se marier en l'état]. Et voilà qu'un tribunal républicain, en annulant un mariage pour cause de mensonge intime [Puisque ce mensonge intime conditionnait l'union de part et d'autre, c'est bien lui qui peut la délier il me semble], lui donne soudain la solennelle sanction de la jurisprudence !
Jour faste pour l'internationale des cagots
[Comme c'est bien vu...], victoire pour la grande ligue des obscurantistes de toutes obédiences [Je réclame le droit à ne pas chanter avec des obscurantistes d'un autre ordre].
Certes, les autorités françaises, dans l'application des principes légaux, doivent parfois faire preuve de tact avec les minorités croyantes
[Il ne s'agit pas d'une revendication particulariste autour d'une croyance, même si les protagonistes sont musulmans et peut-être rigoristes, mais autour d'un point essentiel, oui, désolée, du contrat qu'ils ont passé dans leur intimité de couple]. Certes, les mécanismes de l'intégration républicaine doivent, dans certains cas, prévoir des étapes transitoires sur cette route escarpée. Certes, d'autres mensonges peuvent légitimement conduire à l'annulation - rare - de certains mariages [Renseignements pris, ce n'est peut-être pas si rare, et il semblerait qu'en 1997 un mariage catholique ait été annulé lorsque l'époux a appris que sa dame, ou l'inverse, avait précédemment divorcé]. Mais nous avons affaire en l'espèce à un cas flagrant de régression discriminatoire [Où se situe une discrimination quand les deux parties s'entendent pour mettre fin à une incompatibilité manifeste ?]. Les hommes n'ont pas, eux, et pour cause, à prouver leur virginité avant de convoler en justes ou injustes noces [Certes, c'est une injustice et un autre sujet.]. Rachida Dati parle de «protéger» les jeunes filles placées dans ces circonstances humiliantes [Et si elle n'avait pas tort, en l'occurrence ?]. La décision de la justice d'instance menace surtout l'émancipation future de centaines de milliers d'autres jeunes femmes [Bien au contraire, elle vient d'en libérer une sans plus de formalités] qui ont droit, comme toutes dans ce pays, à la libre disposition de leur intimité [Précisément, on viendrait à en douter à lire cet article]. La liberté de culte est garantie en France. Pour le reste, est-ce à la religion de s'adapter à la République, ou bien l'inverse? [Débat tronqué, aucune exigence religieuse n'a été considérée comme prévalant sur le droit, en l'espèce.] Il est temps que la justice réponde clairement à cette question d'avenir [Il est surtout temps de poser les questions à l'endroit où elles se posent et de ne pas s'indigner de travers]."

Et voici un début de commentaire que je n'arrive pas à poster chez les amis de la Bande Verte pour cause de Web2 je suppose, auquel mon navigateur ou mon ordinateur semblent allergiques.

Je n'approuve absolument pas l'indignation que vous semblez partager concernant cette annulation de mariage et pire encore, elle constitue à mes yeux une erreur de jugement qui va à l'encontre de tous les principes que nous défendons : laïcité, égalité de droit, voire démocratie.

Je suis pour toute dire atterrée de la colère de cette grande dame qu'est Elisabeth Badinter sur le sujet, je ne comprends pas sa réaction, pas du tout.

Ce n'est pas d'un jugement condamnant par avance les femmes non vierges au jour du mariage qu'il s'agit, mais d'un jugement qui défait un contrat entre deux parties consentantes et pour le passer et pour le rompre.

Que l'homme en question mette un point d'honneur (et que sait-on, d'ailleurs, de ses motivations ? peut-être que c'est un gros con, peut-être que c'est un grand romantique ; peut-être agit-il au nom de sa religion, peut-être en sa conviction propre - ça ne nous regarde pas plus qu'un drap souillé la communauté qui le réclame) à ce que sa promise n'ait pas été déflorée est une chose. Une exigence qu'on peut tout à fait estimer archaïque. Ou respecter en tant qu'elle n'induit pas de violence à l'encontre de sa future épouse et qu'elle est partagée par elle.

Laquelle semble d'ailleurs ne pas contredire l'annulation et bien au contraire l'avoir souhaitée également (ici, je me demande ce qui autorise qui que ce soit à la considérer comme une victime étant donné qu'elle échappe par là même à la contrainte de rester liée plus longtemps à ce monsieur, et si elle s'était trompée sur son compte, espérant peut-être que son désir d'elle survivrait à la béance, bien que si l'on se renseigne un peu, il appert que c'est la confiance trahie qui a été invoquée par le plaignant, ou plus précisément le fait que, légitimement il me semble, il ait considéré ne pouvoir fonder une relation durable sur un mensonge de l'ordre pour lui de l'indépassable, la lucidité l'aura rattrapée, et à son avantage, la justice lui permettant de prendre la poudre d'escampette sans plus attendre).

Le pseudo-combat engagé ici me semble non seulement déplacé et ridicule, mais totalement à côté de la plaque. En tout cas exprimé tel qu'il l'est, c'est-à-dire en déviation par rapport à la nature du jugement.
Pas plus que son absence de virginité ce n'est le "mensonge en tant que faute intrinsèque" qui a été jugé, mais tout simplement la validité du contrat passé entre les deux protagonistes qui, à mon avis, se seraient bien passés de cette publicité.

Et la jeune femme, en plus de subir l'humiliation qui consiste à se faire raccompagner au domicile familial après avoir supporté celle qui consiste à ce que tout un groupe d'individus dans son cercle social n'ignore plus rien de la configuration de son sexe au soir de ses noces, se serait sûrement passée aussi de voir son hymen perdu devenir cause nationale alors même qu'elle n'a rien demandé. Hormis l'annulation du mariage, devant le juge.

D'ailleurs les deux ont préféré garder l'anonymat et je leur souhaite sincèrement de ne pas être trahis, même si personnellement, évidemment, je n'aurais jamais souhaité me lier à un individu capable de me repousser pour déception vulvaire, pardonnez l'expression, mais immanquablement cette affaire évoque l'insupportable main-mise d'une "morale" sociétale sur les parties intimes des femmes. Où le mammifère humain doté de chromosomes XY s'entête à placer son honneur - voire celui de l'intégralité de sa tribu - entre les cuisses du mammifère humain XX. Et ce sur une question sanguinolente que l'on juge à juste titre parfaitement indigne. Où la morale de l'organisation sociale chez le primate bipède mâle doté d'une boîte crânienne de bonnes dimensions se loge dans l'accès à l'appareil reproducteur du primate bipède femelle doté d'une boîte crânienne d'égale dimension et nous renseigne si c'était nécessaire sur l'obsession qui fonde les communautés humaines face au néant qui les emporte.

Or ce débat-là ne peut pas être engagé de cette manière autour de ce jugement, je pense. Enfin, pas ce débat-là, là, l'autre. Celui du mythe de la virginité appliquée aux jeunes femmes et à elles seulement. Qui conduit de nombreuses femmes par le monde et ici même à subir une opération chirurgicale de reconstitution de l'hymen pour échapper à l'opprobre familial. Quand d'autres, plus malignes, préservent la notoriété frontale en optant pour la cause anale. Je me demande à propos pourquoi certains prédicateurs, si prompts à légiférer, pour le coup, sur tous les aspects de la sexualité en général et féminine en particulier, n'ont toujours pas pensé à éditer et diffuser dans toutes les bonnes librairies intégristes un Manuel de la sodomie à l'usage des vierges (et des poissons). Enrichi d'une postface sur le bon usage de la fellation et du cunnilingus.

Cela dit, je ne suis pas personnellement choquée que des jeunes gens décident de rester bibliquement inconnus jusqu'au mariage, ce qui fut le cas de mes parents. Je ne vois pas en quoi ce choix personnel porterait atteinte à mes convictions, me ferait violence d'une quelconque manière, et en quoi je devrais l'interdire, au prétexte qu'il serait nécessairement motivé par l'exercice d'une religion et quand bien même, je le répète, à partir du moment où il est librement consenti et bienheureusement vécu. Sans devenir loi pour tous, évidemment.

Aucune commune mesure avec la question du voile à l'école, par exemple. Ni avec celle des horaires de piscine, puisqu'on parle de région Nord-Pas-de-Calais et de communautarisme.
Rien à voir non plus avec les violences subies par les femmes dans l'islam, puisqu'on parle d'islamisation.

La justice n'a pas prononcé ici de jugement moral sur la valeur accordée par un couple précis à une virginité prémaritale. Elle n'a pas non plus soumis le droit à une quelconque pression religieuse. Elle n'a pas, prononçant ce jugement, ouvert la voie à une légitimation des crimes d'honneur, de la lapidation, de l'excision, de l'infibulation et des mariages forcés. Elle n'a pas dit que toute femme musulmane, voire toute croyante, voire toute femme pourrait dorénavant être reconnue coupable de ne pas se présenter chaste à l'autel. Ni même que mentir sur la présence ou non de l'hymen est condamnable.

Oui, je trouve franchement aberrant de lire ici et là (Libé, Agoravox) que la justice française trahirait la laïcité dans ce jugement, épaulerait l'obscurantisme le plus crasse et sombrerait bientôt dans le communautarisme, voire l'islamisation de ses valeurs.

Et je souffre que mon ami WIL à qui je ne peux pas répondre pour raisons techniques, mais dont j'ai pu lire la réaction, puisse imaginer une seule seconde que je considère les femmes comme du bétail parce que je n'adhère pas à ce qui semble, pour une fois, rassembler tout le panel politique de l'extrême-gauche (le PC) à l'extrême-droite (le FN). Tous aussi impatients de dénoncer une prétendue main-mise de l'Etat en la personne de son représentant de l'exécutif sur l'intimité des femmes et leur dignité. Quand le motif peut tout aussi bien être le fait d'avoir caché un divorce antérieur, ou des condamnations, ou une incapacité à exécuter le devoir conjugal. Et Ségolène qui aurait mieux vu un divorce...

Au fond cette question de l'hypocrisie sociale me révulse absolument.

Le point de vue d'un avocat ici.
Celui de Caroline Fourest .
Et celui de l'Eglise catholique.

Publié par Cosmic Dancer à 23:30:19 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (29) |

Non, Karajan n'est pas d'origine arménienne | 12 mai 2008

Pour ceux qui douteraient encore de ce qu'est le Hezbollah, cette mise au point de WIL.

Essayons d'ouvrir les yeux. Nous sommes face à un conflit où les forces en présence se définissent non pas par leur programme politique (quoique...), mais par leur appartenance à un clan, leur croyance dans un rite, leur allégeance à un chef de guerre. Comment analyser, avec des repères occidentaux ou "développés", la situation libanaise ? Quand j'évoque la ressemblance entre Nasrallah et Hitler, entre le hezb et les SS, Amal et les SA, 14 mars et le KPD (non, ça c'est pas bon), je me fais critiquer au prétexte qu'on en est limite au point Godwin. Pourtant, l'histoire a l'air de se répéter, mais le présent est trop confus à nos yeux pour qu'on puisse en tirer une quelconque sagesse, d'où la nécessité d'utiliser des repères du passé. Bon, 1 point Godwin quand même. Donnez-le à qui vous voulez.

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Qui veut quoi au Liban ? Chacun veut le pouvoir, on l'a compris. Mais pour quoi faire ? Le seul à n'avoir jamais menti sur ses intentions une fois qu'il serait installé reste le hezb qui n'a jamais caché qu'il verrait d'un bon œil, à condition que tous les Libanais en soient d'accord, l'instauration d'une république islamiste chiite. Mais Aoun, Geagea, Hariri et consorts ? Quel Liban souhaitent-ils pour l'avenir ? Imaginons que nous sortions de cette crise avec un gouvernement de consensus ou de nouvelles élections qui, ô surprise, donneraient un nombre de députés tel aux forces de l'opposition qu'elles deviendraient la majorité. Que se passera-t-il ? Les Libanais vont-ils accepter de payer, horreur, des impôts ? De s'accorder sur la nécessité d'obtenir des transports en commun et des espaces verts multiconfessionnels ? Vont-ils s'apercevoir de la nécessité d'un service public fort, ossature d'une société civile diverse mais unie ? On peut en douter, et quand je vois les combats entre miliciens au Liban, ce qui m'inquiète le plus, c'est l'après, quand les canons ne tonneront plus et qu'il faudra reconstruire ensemble ce qui n'a jamais existé.

Au Liban, on présente souvent son identité avant d'exprimer son opinion : Moi je suis chrétien MAIS je comprends le hezb, ou moi, je suis chiite, MAIS je ne soutiens pas Aoun. Tout est basé sur l'appartenance géographique et communautaire. Mais tout se fonde aussi sur la crise en ce sens que l'appartenance clanique est définie par le rejet de l'autre : le sioniste, le chrétien, le musulman, l'occidental, l'étranger, etc. Ce n'est pas propre au Liban, mais c'est un pays qui exacerbe cette micro-appartenance devant les nombreuses différences que chacun va se trouver avec l'autre. Les combats prendront fin, éventuellement. Mais sur les ruines, quel drapeau brandir ? Le plus simple serait de laisser le hezb triompher : son étendard clame, ce qui est plutôt pratique, que dieu est avec eux. Comme les nazis autrefois qui arboraient un fier "Gott mit Uns". Et voilà, un 2ème point Godwin.

Publié par Cosmic Dancer à 18:23:17 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (2) |

Il est frais, mon muguet | 30 avril 2008

N'est-il pas remarquable qu'à quelques heures du 1er Mai - on l'écrit avec une capitale, une majuscule pour les néophytes - not'président salue "la France qui travaille". 1er Mai que l'on soigne même d'un trait d'union dans le calendrier des correcteurs pour signifier qu'il s'agit d'un jour particulier, d'un jour en soi, d'une date d'exception, comme on orthographie les noms de ceux dont on estime qu'ils sont devenus des monuments publics dignes d'orner les avenues ou les ZEP : place André-Malraux, boulevard Saint-Michel, lycée Blaise-Pascal, par exemple.

Président, je vais te dire un truc à toi qui t'adresses si familièrement à moi que le tutoiement s'impose dorénavant. Là je travaille, mais avant je travaillais aussi. Et desfois je ne travaillais pas. Quand je ne travaillais pas, je ne mangeais pas toujours à tous les repas et j'écrivais plus souvent, éventuellement, je veux dire, quand je n'avais pas cette faim au ventre, relativise si tu préfères, ce "petit creux" qui enchante les magazines "générationnels" ou "sexuellement orientés", de ceux qui t'atomisent - mal du siècle - et cette angoisse insondable au cœur à se demander comment négocier le paiement du loyer, celui des charges.

Maintenant que je travaille, pour de vrai si je puis dire, avec un contrat en bonne et due forme, je mange un peu plus que lorsque je travaillais, lorsque je travaillais sous-payée et sur-plannifiée je veux dire, enfin je précise, sept jours sur sept de 9 heures à 20-24 heures, soyons clair, et que je vivais sans la sécurité sociale qui permet de s'affoler pour une toux, une dent de travers, un œil tordu ou un doigt gourd. Quand je ne travaillais pas, je cherchais du travail non par goût de l'esclavage mais par revendication de l'estomac, de l'intestin grêle, du gros intestin, du foie, de la vésicule biliaire, des reins et autres mignardises. D'un vulgaire, franchement. Pfff. Indigne d'une nana, qui plus est.

Quand je ne travaillais pas, je veux dire pas vraiment, c'est-à-dire dans les règles que je caressais en pensée, élevée à la prolo dans l'amour de la République, l'Etat c'est toi, c'est moi, il existe une communauté dont nous sommes les garants solidaires, tu vois, Président, ce genre de fadaises que tes comportements d'égotiste à la traîne - ton modèle social en déroute chez les conservateurs américains lorgnant sur le nôtre que tu réduis en poudre - jugent has-been, je travaillais quand même.

A rester debout et digne, à espérer au monde, à éduquer une gosse.

Je n'ai nonobstant pas pour autant l'album familial nostalgique de combats qui dans une autre vie auraient été menés par, par exemple, des parents militants communistes alors que les miens ne l'étaient pas, tu vois, pas d'enracinement expliquant sociologiquement l'état de mes lieux aujourd'hui, tu vois, dans ces célébrations du pour-ou-contre Mai-68 (relis plus haut), par exemple, ces pets dans la poussière qui te justifient à tes yeux et à ceux de tes détracteurs pathétiques. Bon article dans Marianne, à propos. Ce n'est pas systématique.

Mais vois-tu, Président, moi qui n'avais jamais de la vie connu les jours fériés et les semaines où tu penses le dimanche, le samedi, le vendredi éventuellement, à autre chose que te coller le cerveau sur tes impératifs professionnels, ce petit moi qui devrait finalement se fondre dans ton grand projet d'une France qui en bave et pas suffisamment, ce petit moi dont les frontières sont étroites par choix non névrotiques, Président, mais philosophiques, métaphysiques (pouah, on ne l'a pas vu à la télé, ça) et politiques (heing ?), ce petit moi t'offre une fleur de muguet, elles t'offrent une fleur parce que tu le vaux bien, toi dont les rêves d'enfant du siècle aussi, plus âgé que moi, ne rencontreront jamais les miens et jamais ceux de ceux que j'aime parce que tes discours spirituels, mon'président, meurent comme vagues à marée basse au regard d'une littérature que tu n'aimes que best way-best selling, une fleur disais-je, de celles qu'on assemble en usine quand on est étudiant salarié à la chaîne en intérimaire et qu'on en remercie le Bon Dieu de pas l'être à vie, de celles qu'on enrubanne quand on fait des heures supplémentaires depuis bien avant la querelle des 35, de celles qu'on vend dans la rue en ravalant ce qu'on est. Un has-been d'être humain, au fronton des droits de l'homme.

Publié par Cosmic Dancer à 21:38:33 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (1) |

Espirito Sarko | 22 février 2008

M1 ayant encore frappé, savourez. Et que les mécontents lèvent la plume.

C'est Mignon. Les sectes sont un non-problème selon Emmanuelle Mignon, la directrice de Cabinet de Sarkozy. Elle pense même que la scientologie devra exister en paix si elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Elle est mignonne. Tout ça c'est trop divin. La République française à l'heure du charlatanisme. Dieu par-ci, sectes par-là, Xavier Bertrand franc-maçon. Les Français ne savent plus à quel saint se vouer. Et même si Sarkozy dit avoir une position très ferme face aux sectes, la multiplication ces derniers jours des références religieuses et sectaires est plus qu'inquiétante pour la République. Sarko ne peut pas non plus faire oublier le fait d'avoir reçu Tom Cruise en 2004, personne de petite taille et ambassadeur par excellence de l'Eglise scientologique. Plus inquiétant encore, le gourou Sarkozy sombre dans la nimportenawakerie la plus profonde. La loose totale. Il est complètement largué de la réalité politique et semble irrémédiablement déconnecté de sa fonction. Sarkozy n'existe que pour les médias et par les médias et il perd ses moyens face aux sondages désastreux, face à son image négative et à la déconfiture annoncée de l'UMP aux municipales. Et comme un malheur n'arrive pas seul et que chez les Sarkozy on peut compter sur la traîtrise de sa propre maman, Dadou Sarkozy déclare soutenir Arnaud Teullé, le candidat UMP dissident à Neuilly. C'est devenu un bordel politique à ciel ouvert. Et avec l'arrivée de Sophie Favier dans la course électorale, on ne sait vraiment plus qui encule qui à Neuilly. Et parce que dans la famille traître je demande aussi le fils, Jeannot Lapin annonce sa candidature à la cantonale de Neuilly-Sud. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Les Français ont intérêt à s'accrocher à Dieu. Ou alors à un truc qui y ressemble.

Publié par Cosmic Dancer à 15:46:39 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (6) |

Un "Petit Frère" bien retors | 17 février 2008

Le dernier bouquin d'Eric Zemmour, Petit Frère, a déclenché des polémiques. J'aimerais prendre le temps d'en parler parce que je l'ai lu aussi, engagée à le faire par mon amie Maquettes dont je publie ci-dessous le témoignage, les méandres de la vie l'ayant conduite à vivre en temps et lieux ce que Zemmour "narre". Nous nous posons les mêmes questions et notamment celle-ci : comment un journaliste en vient-il à accréditer une thèse visant à travestir un meurtre sauvage en acte antisémite et tentant de faire de la victime un nouvel Ilan Halimi mort, lui, d'avoir été un enfant juif ?


"MA VIE EST UN ROMAN.

Oui, enfin, quatre ans de ma vie sont dans un roman, j'exagère un peu.

J'ai habité longtemps le sage quinzième arrondissement de Paris. J'y ai rencontré ma moitié et fabriqué un bébé aussi.
Le dernier appartement devenant très petit et l'occasion s'étant présentée, nous sommes partis vivre à l'autre bout de la ville.

Je connaissais un peu le quartier, j'y avais travaillé pendant cinq ans. Il n'était pas encore à la mode, pas de cafés, pas de magasins bobos multicolores, les quais du canal plutôt déserts de jour comme de nuit. Je ne m'étais jamais aventurée plus haut que la place du Colonel Fabien, la pause repas étant courte.

Lorsque nous avons su que nous allions habiter le quartier, nous sommes venus en repérage. Des constructions datant des années 80, des passages piétons bordés d'espaces verts, des terrains de sport, une crèche en bas de l'immeuble, un centre d'animation avec de nombreuses activités pour les enfants, le parc des Buttes Chaumont à deux pas et La Villette à quelques stations de métro. Une HLM, oui, mais à visage humain.
Nous étions contents.
Les voisins étaient sympathiques, il n'était plus tabou de s'adresser la parole. Nous avons lié amitié avec de jeunes parents rencontrés dans les jardins alentour ou à la crèche. Une prof de chimie dans une zep de banlieue, une étudiante bio et très catholique, un papa gâteau (corne de gazelle, plus précisément) à la recherche d'un boulot, des personnes plus âgées qui avaient vécu la mutation du quartier, un prof de danse attiré par l'embourgeoisement du secteur...
Je commençais à ouvrir les yeux.
J'en ai eu marre de voir les jardins saccagés. De me faire frôler par des scooters fous avec mon fils à la main. De pousser les jeunes encapuchonnés qui traînaient devant la porte à toute heure. De lire des tags pleins de fautes d'orthographe appelant au jihad ou des croix gammées peintes à la va-vite durant la nuit et vite lessivées par la DPE au petit matin. De voir les matelas ou une télé balancés par la fenêtre au pied de la crèche. Les merdes de chiens ou les crachats pousser sur les pavés. Des îlotiers regarder ailleurs lorsqu'ils passaient devant l'immeuble, d'entendre les hurlements de la petite fille lorsque son père battait sa femme, de voir des habitants anciens remplacés par des cas sociaux.
Et puis j'ai atterri.
Un jour, après quelques échauffourées avec la police et une voiture brûlée dans le parking, le maire est venu parlementer avec les habitants du quartier, une caméra de FR3 le suivait.
Les jeunes, en retrait, ricanaient dans leur coin. Seules les personnes âgées se plaignaient, réclamant plus de sécurité. J'ai cru bon d'aller vers le clan des capuches. Que souhaitaient-ils ? Pourquoi ne pas saisir l'occasion pour participer au débat ?
Leurs seules demandes : les terrains de sport ouverts la nuit (une maison de vieux les surplombait) et MTV POUR TOUS. (Je précise que chacun payait quelques euros dans les charges qui offraient l'accès au câble, ce que nous n'avions pas dans notre logement privé du sud de Paris.)
Les Grands Frères des associations de quartier les "chauffaient" discrètement, à l'arrière.

Bien sûr, rien n'a changé.

Nous apprenions souvent qu'il s'était passé "des choses" au cours de la nuit. Parfois une descente de police, parfois une partie de stock-car dans le parking, parfois un jeune parti en prison pour un moment, une mare de sang dans l'escalier, le gardien qui avait échappé à un coup de feu, les caves forcées et vidées...

La dernière année, nous avons connu l'apogée des violences.
C'est ce qui devait bien finir par arriver, trop d'électricité dans l'air.
Un jeune fut assassiné dans le parking. Extrêmement sauvagement.

Un jeune homme, DJ au Queen, d'origine juive.
L'assassin était musulman.

Et c'est là que tout a dérapé.

D'un fait divers, certains ont voulu faire un acte antisémite caractérisé.

Un "roman" raconte cette histoire. Petit Frère d'Eric Zemmour.
Je viens de le finir et peut-être que je peux me permettre d'en parler, en voisine.

Je ne critique pas le choix de l'auteur de s'inspirer d'un fait réel, il n'est pas le premier.
Je qualifierais plutôt son roman d'enquête journalistique enrobée d'un papier doré romancé, ce qui est malin de sa part.
Il a créé une petite polémique médiatique, c'est comme cela que j'en ai entendu parler pour la première fois.

Mais plusieurs choses me posent problème.
En vrac :
Pourquoi appeler "roman" un récit où je peux reconnaître chaque personnage ?
Je peux nous reconnaître d'ailleurs, nous sommes le petit couple propre sur lui qui laisse sa place à la famille polygame que décrit l'auteur. C'est rigolo mais c'est caricatural.
Pourquoi transformer l'assassin en nouvelle recrue de la mosquée du coin alors qu'il s'agit de son frère ?
Pourquoi ne pas mettre le doigt sur la responsabilité des HLM, de la ville, de la mairie sur le peuplement des logements ?
Le meurtrier était malade, sa mère était malade, son père inexistant... Il était connu de la police, il avait déjà fait un tour en HP, personne ne le suivait ?
Nous sommes allés au cimetière comme de nombreux habitants de l'immeuble, en voisins, un geste humain il me semble, et pas un symbole communautaire.
Non, nous n'étions pas tous juifs comme le prétend l'auteur.
Quand une famille juive pratiquante reçoit à sa table un ami d'enfance qu'elle qualifiera plus tard de meurtrier antisémite, il me semble qu'il y a un petit problème. Etaient-ils aveuglés par leur amitié à ce point ? On choisit ses amis, en tout cas on peut conseiller un fils qui vit sous son toit. Mais il est vrai que l'amitié entre un dealer et un oiseau de nuit, c'est vieux comme le shit ou la coke.

Je comprends à quelle conclusion politique ou sociale Zemmour essaie de nous emmener mais je suis gênée par le procédé de travestissement de la réalité.


Voilà, nous n'avons pas signé la pétition qu'a fait circuler la famille de la victime pour faire partir la famille de l'assassin.
La Ville a proposé que la première soit relogée ailleurs, plusieurs propositions, comme il est de bon ton, à titre humanitaire.
Ils ont refusé.
Œil pour œil, dent pour dent...
Et nous sommes passés du côté des méchants.

J'ai aimé ce quartier avant les bobos, les quais ont du charme, une certaine "atmosphère", comme le dit Arletty sur le pont de la Grange aux Belles. J'ai aimé nos rencontres, la prof de chimie, la jeune catho illuminée, la dame arabe qui m'a demandé un jour si je me plaisais dans l'immeuble en s'excusant de ne pas m'avoir questionnée plus tôt à ce sujet, Ilias le pote de crèche et Juju la fiancée de Baz, j'ai aimé la grosse dame à l'accent parigot et sa copine au petit chien, la voisine seule avec ses enfants qui m'a offert un bouquet pour notre départ...

Parce qu'on est partis. On a pu.
Avec le regret qu'un petit coin de paradis soit devenu un enfer. Au mépris de la majorité de ses habitants.

Sur un panneau de la Ville, on pouvait lire qu'à l'emplacement de l'immeuble se trouvait le gibet de Montfaucon autrefois...

Publié par Cosmic Dancer à 11:16:30 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (6) |

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