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Cosmic Dancer

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Surboum - By WIL | 22 mai 2007

Si vous suivez l'actualité, vous n'ignorez pas que l'escalade des violences a repris au Liban. L'occasion est triste, mais je la saisis, de reproduire ci-dessous un article de l'ami WIL.

Encore un attentat à Verdun cette fois, à "Beyrouth Ouest", près d'un centre commercial, le Dunes. Les terroristes ne chôment pas, c'est d'ailleurs leur principale qualité. Je me demande si vraiment leur objectif est d'empêcher l'instauration du tribunal international : quand on voit les images, comme je les regarde en ce moment sur LBC, on se rend compte que le Liban ne peut pas se sortir tout seul d'une crise dans laquelle de nombreux pays étrangers ont contribué à le plonger. Alors que les affrontements entre Fatah el Islam et les Forces de Sécurité libanaises (et non pas les Forces Libanaises, comme on l'écrit dans certains journaux, il s'agit d'un parti politique) continuent, et que les militaires ne sont pas à la fête, un deuxième front semble s'ouvrir, plus insidieux, mais qui conserve la marque de l'avertissement. En frappant de nuit, les terroristes veulent montrer qu'ils peuvent frapper quand ils veulent, mais s'arrangent pour qu'il y ait le moins de victimes possibles, tout en provoquant le plus de terreur grâce à la nuit. Vous vous imaginez expliquer la situation à vos enfants, réveillés dans leur sommeil par les cris des adultes ? Tout vaut mieux que cette situation pourrie, à laquelle chacun a contribué. Il doit se sentir bien con, le général Aoun, en contemplant ce dont sont capables ses nouveaux copains. Et Nasrallah aura du mal à expliquer la nécessité de ces attentats qui n'ont pas fait une seule victime israélienne...

Est-ce que l'espoir existe encore ? Est-ce qu'on peut se dire qu'en serrant les dents, en attendant que ça se passe, on aboutira à une situation meilleure ? Depuis 1996 que je suis installé au Liban, la situation a empiré, après une brève embellie qui n'a eu d'autre mérite que de faire grimper le prix de l'immobilier. Aujourd'hui, le Liban est divisé entre camps irréconciliables, comme au temps de la guerre de 1975-1990, alors même qu'on avait pensé qu'elle servirait de leçon. Mais non. Les hommes comme Aoun n'apprennent pas, ils se trompent et expliquent que c'était intentionnel. Les hommes comme Nasrallah ne prennent de leçons que de leur dieu, dont ils sont le ventriloque. Et ceux qui commettent les attentats en pleine nuit, qui réveillent les enfants et blessent les vieillards, ne méritent pas d'être considérés comme des humains. Ni des animaux non plus, je n'ai jamais assisté à un attentat entre deux factions de blaireaux ou de caniches. Le Liban me rend fasciste, me fait perdre ma foi en l'homme, me fait comprendre la violence. Dois-je partir ? Combien d'entre nous se posent la question ici ? Seulement ceux qui ont le choix, ce luxe ultime au Liban de pouvoir partir si le navire coule.

Des hommes courent partout, tentant de contenir la nouvelle catastrophe qui a frappé le Liban. Il n'en faudra pas beaucoup plus pour faire revenir les vieux démons, invoqués dans les nuages de fumée et les explosions sulfuriques. Et c'est toujours la même histoire, la même litanie.
N'oubliez pas le Liban. Encore et toujours.

WIL - 21 mai 2007.

Publié par Cosmic Dancer à 16:59:12 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (6) |

Intouchable | 06 mai 2007


Je me suis demandé à qui appartenaient les pieds, les millions de pieds qui ont creusé la pierre des marches dans les blocks. Millions de pèlerins silencieux accrochés à la rampe pour ne pas défaillir, le corps pris de douleurs de la nuque aux orteils, cherchant l'air quand l'air est lourd entre les bâtiments de brique. Les arbres ont beau étendre leurs bourgeons et les corneilles batifoler, la pelouse crier de vert, ils sont là ceux par qui le grand mal fut révélé, négation mécanique industrielle de l'humanité.

Inscriptions de disparus sur les murs des cellules. Comme un cauchemard connu, impossible de s'y résoudre. Fours et rampes de portage. Impossible de s'y résoudre. Mur réservé aux fusillés, leur horizon entre trois murs. Impossible de s'y résoudre. Blocks de bois reconstruits après destruction des nazis pour faire disparaître les preuves, encore, toujours, puis de prisonniers survivants pour se réchauffer, air froid glacé, rats et vermines, faim, soif, folie, latrines infectes. Impossible de s'y résoudre. Rails, sélection, amas de souliers sans lacets, tonnes de chevelure - les cheveux des morts avec le temps se teintent tous du même jaune sale. Impossible de s'y résoudre. Galeries de photos, fierté de zélés fonctionnaires, milliers et centaines de milliers, milliers de milliers.

Ils sont là ceux par qui le mal fut révélé. Ceux par qui le monde a pris conscience et jugé et interdit que ça recommence.

Pourtant. Où sont-ils, ces millions de pieds qui ont creusé la pierre des marches dans les blocks tandis que se succèdent les massacres. Où sont-ils, ceux qui sont venus jusqu'ici, pour dire aux salopards révisionnistes et négationnistes d'aller se faire foutre avec leurs saloperies de comptables minutieux et pervers, jouissant de leur paranoïaques dérives, pour dire aux salopards qui accusent les juifs de profiter du Crime de rejoindre dans l'enfer des consciences les bourreaux et leurs calculettes.

Je me questionnais. Je refuse qu'on retire aux juifs qui se rendent ici pour prier en mémoire des leurs éradiqués jusque dans les fiches si bien tenues de l'horreur le droit de venir ici prier en mémoire des leurs. Je refuse qu'on reproche aux juifs de porter cette mémoire au prétexte infâme et non avenu que d'autres compagnons d'enfer - tziganes et Polonais, et Russes, tous résistants aussi - disparurent avec eux, dans l'administration de la haine. Tous ceux qui furent exécutés, ici à Auschwitz-Birkenau, et ailleurs à Treblinka, Dachau et ailleurs hurlent dans nos mémoires.

Oui, cet endroit est intouchable. Oui, cette mémoire est particulière. Et oui, elle est le lot de tous, sans exception aucune.

Publié par Cosmic Dancer à 19:23:48 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (4) |

Le ravalement de façade du FN | 18 avril 2007

C'est exceptionnel, mais je republie le texte ici car les trolleurs invertébrés d'Agoravox ont interdit la discussion. Bienvenue à vous.

Les commentaires se lisent de bas en haut. Pour en laisser un, identifiez-vous (par le pseudo de votre choix, vous n'êtes pas obligé de laisser une adresse mail ni celle d'un site) puis tapez un sujet dans la case dédiée, et enfin votre commentaire dans celle du dessous. Ensuite, tapez le code anti-spam qui vous est proposé. Pour plus de sûreté, rafraîchissez-le avant de le taper. Si vous intervenez sur votre commentaire après avoir tapé le code, rafraîchissez de nouveau puis tapez le dernier code proposé avant d'envoyer : ça évite les signes cabbalistiques.

Propositions : je souhaite vraiment qu'à plusieurs nous réussissions à creuser les questions suivantes : la gauchisation du FN et son volet pseudo-social (arguments, contre-arguments), sa républicanisation et pseudo-laïcité (idem), Marine Le Pen nouveau flambeau ?, xénophobie et immigration dans son discours. Bref, que nous parvenions à trouver les clés pour répondre au mieux, et sereinement, à ceux qui s'apprêtent à voter pour lui, certes, mais aussi à la contamination de ses idées (voir ci-dessous). Merci. C'était mon souhait sur Agoravox.



L'envahissement des idées portées depuis sa création en 1972 par le Front National - fondé dans le but de rassembler sous une bannière unique les différentes factions de l'extrême-droite française, en dehors, peut-être, de celle qui reconnaît mieux ses valeurs chrétiennes chez Philippe De Villiers - au sein de la population doit être l'une des préoccupations majeures des républicains d'aujourd'hui, qu'ils soient de droite ou de gauche.

La sympathie quasi inconsciente de nombre de nos concitoyens pour les idées de ce parti a grandi ces dix dernières années, en proliférant sur deux terreaux favorables. D'une part, le cynisme de François Mitterrand qui, dans les années quatre-vingts, a su instrumentaliser le FN pour qu'il concurrence la droite républicaine, et l'abandon par le PS d'une classe ouvrière relayée par des armées de précaires, au profit des revendications de confort de ceux que l'on appelle les bourgeois-bohèmes. A noter cependant l'attrait qu'il exerce également sur des classes moyennes dont le pouvoir d'achat a pris du plomb dans l'aile, et sur une jeunesse qui rêve de "casser le système". D'autre part, la déliquescence accrue, aux plans économique, social et moral, dont souffrent sept millions de pauvres, après qu'une dénonciation légitime des dérives de l'Etat-Providence ait abouti au démantèlement des fondements de la solidarité nationale (éducation, santé).

Un constat de vacuité qui permet au FN de dénoncer tout à la fois l'impuissance de la gauche à vaincre la pauvreté et l'arrogance de la droite néo-libérale à la favoriser. Et de gagner ainsi de nouveaux votes protestataires, ceux des "ni-ni", soit "non" à ce que JMLP a défini, avec sa propension aux raccourcis, comme l'UMPS, incarnation bicéphale d'un fantasmatique "Etablissement" des "tous pourris".

C'est pourquoi il m'a semblé essentiel d'aborder ce thème au travers du prisme de cette figure que l'on pourrait comparer à celle d'un ange en chute libre vers l'enfer (Chute ! Eloge de la disgrâce. Editions Blanche, 2006) : Alain Soral, plumitif mineur mais doué, romantique de gauche désabusé cherchant sa cause et sa révolution depuis trente ans et ayant développé, dans plusieurs écrits pamphlétaires, un système de pensée dialectique redoutable qui lui a valu de devenir le conseiller de campagne du Front National nouvelle version. Et de lui offrir non seulement les arguments qui lui manquaient pour asseoir sa réputation de visionnaire mal aimé, mais une couleur d'autant plus séduisante qu'elle se pare d'un volet social en contradiction absolue avec ses bases idéologiques en cas d'accession au pouvoir. Un volet social dont il ne faut pas négliger les retombées. Voir exemples ici et .

Alain Soral ne représente pas un danger au sens où ses livres se vendent à peu près aussi mal que tous les essais dignes de ce nom, mais au sens où il offre à l'appareil idéologique frontiste les moyens de conquérir toujours plus de déçus, toutes sensibilités confondues. Son ralliement au FN, dont il estime que la figure historique JMLP est le seul véritable révolutionnaire d'aujourd'hui, tombe à point nommé dans une campagne où, à quinze jours du premier tour, 42 % des Français se déclaraient encore indécis. Et ceci, alors même que la faction droitiste du parti s'encolère de sa présence.

Après, donc, avoir mis en œuvre une refondation complète de la sémantique de son discours (Mégret déclarait en 1996 : "Nous entendons mener et gagner la bataille du vocabulaire") et formé les cadres de son état-major à une respectabilité nouvelle, notamment en créant un prétendu "conseil scientifique" (dont est issu le fumeux Rapport Millon), il ne manquait plus au FN qu'à se gauchiser et à se républicaniser, lui qui hait tant la République. C'est chose faite.


Une histoire d'amour mode victime : la figure du martyr

Alain Soral partage avec JMLP des origines modestes, une langue râpeuse, terrienne, labile et roublarde, prisant l'insulte déguisée et les formules lapidaires. Avec lui, il a également en commun une posture crucifixionnelle (il fut en effet victime de plusieurs agressions physiques, et malmené récemment à Sciences-Po Paris où il était invité avant que d'être exclu ; enfin, Olivier Besancenot a refusé qu'il participe à un débat télévisuel qui les souhaitait tous deux sur le plateau) que Dieudonné, deuxième larron de ce relookage non raciste et social, affectionne également, qu'il soit confronté à l'ostracisme ou à la diabolisation, ces deux types d'offensives n'ayant eu pour effet que de consolider leur image de prophètes maudits.

Du pain béni pour le FN, dans la mesure où ce victimisme jouissif et rémunérateur alimente à merveille le feu paranoïde de la fumeuse théorie du complot. Une complotite aiguë revendiquée comme une confiscation démocratique qui lui permet de considérer tout procès perdu comme une victoire des Comploteurs et tout procès gagné comme une victoire contre ceux-ci.

Outre qu'il représente un moyen de parer toute critique, le Complot a aussi l'avantage de diffuser une vision manichéenne du monde, ciment de toute idéologie extrémiste. Mais quel est ce complot ?

Il est d'ordre spiritualiste, quasiment. Ce en quoi il séduit ceux qui cherchent désespérément ce que notre république a bien pu faire de ses valeurs fondatrices humanistes et universalistes. Il est spiritualiste au sens où il propose une vision magique d'un monde où s'affronteraient le Bien et le Mal, et où les cadres du FN détiendraient une vérité dûment cachée par leurs ennemis.

En quoi consiste-t-il ? Pour le Front National, la France serait gouvernée en sous-main par une coalition politico-médiatique issue d'un lobby... juif : « Les grandes internationales, comme l'internationale juive, jouent un rôle non négligeable dans la construction de l'esprit antinational » (Le Pen, Présent, 1989).

Pour Alain Soral, de formation intellectuelle marxiste, la confrontation de classes et l'articulation exploités-exploitants s'arrange tout autant de la prétendue superpuissance de forces... juives.

Au plan de la politique internationale, une certaine part de l'ultra-droite et une certaine part de l'ultra-gauche se rejoignent en conséquence pour désigner d'une même voix l'ordonnateur supposé du Crime : l'axe imaginaire judéo-américain inflitré partout. Brièvement, ceci explique pourquoi Alain Soral et Dieudonné, ainsi qu'Ahmed Moualek (président de "La banlieue s'exprime"), se sont retrouvés au Liban en août 2006 en compagnie de Thierry Meyssan, Meyssan dont le délirant L'Effroyable Imposture est devenu un best-seller mondial au même titre que les Protocoles des Sages de Sion, bible de la paranoïa antisémite. (Sur les motivations et les méthodes de Thierry Meyssan, lire le remarquable essai de Fiammetta Venner, L'Effroyable Imposteur - Editions Grasset, 2005.)


La République nous appelle...

Au plan national, le racisme avéré de JMLP ("Oui, je crois à l'inégalité des races, c'est évident", a-t-il déclaré lors de l'Université d'été du FN, 1996) se couvre de doux euphémismes et courtise les beurs des banlieues, dont une jolie représentante a orné récemment une affiche de campagne.

Encore une fois, Alain Soral, qui préfère les femmes voilées aux femmes en string, peut s'enorgueillir de faire résonner un propos où l'ancien "envahisseur" - maghrébin, arabe, musulman - est devenu, par le miracle de la transubstanciation gauchisante, le hérault d'un nouveau Lumpenproletariat.

Pour s'en convaincre encore, il suffisait jusque récemment d'effectuer une promenade sur le site de labanlieuesexprime.org, qui a curieusement disparu. Mais dont Ahmed Moualek avait accordé une interview dont il était fier à un web-magazine d'extrême-droite, lui qui soutient sans faillir l'ex-comique Dieudonné dans ses nouvelles croisades.

Ainsi, par une alchimie de l'absurde, les anciennes victimes d'une prétendue haine xénophobe franchouillarde largement fantasmée (par les élites de droite, principalement), élevées au sein de la nurserie d'un antiracisme® contre-productif et aliénant (lire à ce sujet l'excellente analyse de JC Moreau sur Agoravox) risquent-elles aujourd'hui de se lancer à l'assaut de la social-démocratie que le FN ne cesse de combattre depuis ses origines et que Soral exècre.

Notamment parce qu'elle a nourri en son sein le fléau du communautarisme dans lequel les combats républicains (laïcité, égalité, solidarité, justice), et même, le patriotisme républicain, ont été évincés au profit de revendications particularistes et abandonnés à l'extrême-droite.

C'est tout le sens du discours de Valmy lors duquel, sous l'inspiration d'Alain Soral, JMLP a pu tout à la fois jouer sur la fibre chrétienne chère à son idéologie et se faire enfin valoir comme possible fédérateur d'une France réunifiée.

Une France qui, blessée dans ses traditions par la construction laborieuse et non concertée de l'Europe, et par la violence de la mondialisation sauvage et de la déconstruction insécurisante de la dignité des classes moyennes et pauvres, risque bien de le célébrer comme ultime refuge.

Publié par Cosmic Dancer à 21:02:36 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (58) |

Aux amis de Tariq Ramadan - Petite leçon de lapidation | 15 avril 2007

En 2004, le corps de Ghofrane Haddaoui, 23 ans, était découvert à Marseille. La jeune femme avait été tuée à coups de pierre, en d'autres termes lapidée pour avoir refusé les avances de l'un de ses assassins. La justice vient de rendre son verdict : 23 ans de réclusion criminelle, bien mérités.

Ci-dessous et à l'intention de nos chers islamo-gauchistes qui aiment tellement Tariq Ramadan l'ineffable progressiste, un extrait d'une interview donnée en 2006 par la mère de Ghofrane, Monia, à Jocelyne Clarke, pour la Revue Laïque et Féministe.

RLF : L'instruction a-t-elle avancé sur les mobiles et sur l'hypothèse de lapidation ?

Monia H. : Cette hypothèse est systématiquement repoussée depuis la mort de Ghofrane. Depuis la découverte du corps, les « imams » de la ville ont tenu une conférence pour décréter qu'il ne s'agissait pas de lapidation. La Justice et des associations que j'ai alors contactées ont semblé redouter cette explication. Pourtant, les preuves sont là.

RLF : Vous êtes musulmane ?

Monia H. : Oui, musulmane, mais trop de jeunes sont embrigadés par des imams qui ne sont pas dignes de ce titre. Ils achètent la jeunesse sans repères, ils manipulent la religion. A Marseille, il y a une salle qui sert de mosquée dans chaque immeuble et quel est l'enseignement qui y est donné ? Je voulais que Ghofrane vive épanouie et libre. Je suis en colère contre ces obscurantistes, comme Tariq Ramadan qui a osé demander un moratoire sur la lapidation.

RLF : Vous l'avez rencontré ?

Monia H. : Oui, je l'ai rencontré à une conférence où il était invité. Quand j'ai pris la parole et que je lui ai mis sous le nez la déclaration d'un des tortionnaires de ma fille où il affirme qu'il l'a lapidée, Tariq Ramadan m'a totalement ignorée : pas un mot, il a tourné les talons !

Publié par Cosmic Dancer à 13:35:11 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (73) |

Le nouveau visage du Front National | 13 avril 2007

L'envahissement des idées portées depuis sa création en 1972 par le Front National - fondé dans le but de rassembler sous une bannière unique les différentes factions de l'extrême-droite française, en dehors, peut-être, de celle qui reconnaît mieux ses valeurs chrétiennes chez Philippe De Villiers - au sein de la population doit être l'une des préoccupations majeures des républicains d'aujourd'hui, qu'ils soient de droite ou de gauche.

La sympathie quasi inconsciente de nombre de nos concitoyens pour les idées de ce parti a grandi ces dix dernières années, en proliférant sur deux terreaux favorables. D'une part, le cynisme de François Mitterrand qui, dans les années quatre-vingts, a su instrumentaliser le FN pour qu'il concurrence la droite républicaine, et l'abandon par le PS d'une classe ouvrière relayée par des armées de précaires, au profit des revendications de confort de ceux que l'on appelle les bourgeois-bohèmes. A noter cependant l'attrait qu'il exerce également sur des classes moyennes dont le pouvoir d'achat a pris du plomb dans l'aile, et sur une jeunesse qui rêve de "casser le système". D'autre part, la déliquescence accrue, aux plans économique, social et moral, dont souffrent sept millions de pauvres, après qu'une dénonciation légitime des dérives de l'Etat-Providence ait abouti au démantèlement des fondements de la solidarité nationale (éducation, santé).

Un constat de vacuité qui permet au FN de dénoncer tout à la fois l'impuissance de la gauche à vaincre la pauvreté et l'arrogance de la droite néo-libérale à la favoriser. Et de gagner ainsi de nouveaux votes protestataires, ceux des "ni-ni", soit "non" à ce que JMLP a défini, avec sa propension aux raccourcis, comme l'UMPS, incarnation bicéphale d'un fantasmatique "Etablissement" des "tous pourris".

C'est pourquoi il m'a semblé essentiel d'aborder ce thème au travers du prisme de cette figure que l'on pourrait comparer à celle d'un ange en chute libre vers l'enfer (Chute ! Eloge de la disgrâce. Editions Blanche, 2006) : Alain Soral, plumitif mineur mais doué, romantique de gauche désabusé cherchant sa cause et sa révolution depuis trente ans et ayant développé, dans plusieurs écrits pamphlétaires, un système de pensée dialectique redoutable qui lui a valu de devenir le conseiller de campagne du Front National nouvelle version. Et de lui offrir non seulement les arguments qui lui manquaient pour asseoir sa réputation de visionnaire mal aimé, mais une couleur d'autant plus séduisante qu'elle se pare d'un volet social en contradiction absolue avec ses bases idéologiques en cas d'accession au pouvoir. Un volet social dont il ne faut pas négliger les retombées. Voir exemples ici et .

Alain Soral ne représente pas un danger au sens où ses livres se vendent à peu près aussi mal que tous les essais dignes de ce nom, mais au sens où il offre à l'appareil idéologique frontiste les moyens de conquérir toujours plus de déçus, toutes sensibilités confondues. Son ralliement au FN, dont il estime que la figure historique JMLP est le seul véritable révolutionnaire d'aujourd'hui, tombe à point nommé dans une campagne où, à quinze jours du premier tour, 42 % des Français se déclaraient encore indécis. Et ceci, alors même que la faction droitiste du parti s'encolère de sa présence.

Après, donc, avoir mis en œuvre une refondation complète de la sémantique de son discours (Mégret déclarait en 1996 : "Nous entendons mener et gagner la bataille du vocabulaire") et formé les cadres de son état-major à une respectabilité nouvelle, notamment en créant un prétendu "conseil scientifique" (dont est issu le fumeux Rapport Millon), il ne manquait plus au FN qu'à se gauchiser et à se républicaniser, lui qui hait tant la République. C'est chose faite.


Une histoire d'amour mode victime : la figure du martyr

Alain Soral partage avec JMLP des origines modestes, une langue râpeuse, terrienne, labile et roublarde, prisant l'insulte déguisée et les formules lapidaires. Avec lui, il a également en commun une posture crucifixionnelle (il fut en effet victime de plusieurs agressions physiques, et malmené récemment à Sciences-Po Paris où il était invité avant que d'être exclu ; enfin, Olivier Besancenot a refusé qu'il participe à un débat télévisuel qui les souhaitait tous deux sur le plateau) que Dieudonné, deuxième larron de ce relookage non raciste et social, affectionne également, qu'il soit confronté à l'ostracisme ou à la diabolisation, ces deux types d'offensives n'ayant eu pour effet que de consolider leur image de prophètes maudits.

Du pain béni pour le FN, dans la mesure où ce victimisme jouissif et rémunérateur alimente à merveille le feu paranoïde de la fumeuse théorie du complot. Une complotite aiguë revendiquée comme une confiscation démocratique qui lui permet de considérer tout procès perdu comme une victoire des Comploteurs et tout procès gagné comme une victoire contre ceux-ci.

Outre qu'il représente un moyen de parer toute critique, le Complot a aussi l'avantage de diffuser une vision manichéenne du monde, ciment de toute idéologie extrémiste. Mais quel est ce complot ?

Il est d'ordre spiritualiste, quasiment. Ce en quoi il séduit ceux qui cherchent désespérément ce que notre république a bien pu faire de ses valeurs fondatrices humanistes et universalistes. Il est spiritualiste au sens où il propose une vision magique d'un monde où s'affronteraient le Bien et le Mal, et où les cadres du FN détiendraient une vérité dûment cachée par leurs ennemis.

En quoi consiste-t-il ? Pour le Front National, la France serait gouvernée en sous-main par une coalition politico-médiatique issue d'un lobby... juif : « Les grandes internationales, comme l'internationale juive, jouent un rôle non négligeable dans la construction de l'esprit antinational » (Le Pen, Présent, 1989).

Pour Alain Soral, de formation intellectuelle marxiste, la confrontation de classes et l'articulation exploités-exploitants s'arrange tout autant de la prétendue superpuissance de forces... juives.

Au plan de la politique internationale, une certaine part de l'ultra-droite et une certaine part de l'ultra-gauche se rejoignent en conséquence pour désigner d'une même voix l'ordonnateur supposé du Crime : l'axe imaginaire judéo-américain inflitré partout. Brièvement, ceci explique pourquoi Alain Soral et Dieudonné, ainsi qu'Ahmed Moualek (président de "La banlieue s'exprime"), se sont retrouvés au Liban en août 2006 en compagnie de Thierry Meyssan, Meyssan dont le délirant L'Effroyable Imposture est devenu un best-seller mondial au même titre que les Protocoles des Sages de Sion, bible de la paranoïa antisémite. (Sur les motivations et les méthodes de Thierry Meyssan, lire le remarquable essai de Fiammetta Venner, L'Effroyable Imposteur - Editions Grasset, 2005.)


La République nous appelle...

Au plan national, le racisme avéré de JMLP ("Oui, je crois à l'inégalité des races, c'est évident", a-t-il déclaré lors de l'Université d'été du FN, 1996) se couvre de doux euphémismes et courtise les beurs des banlieues, dont une jolie représentante a orné récemment une affiche de campagne.

Encore une fois, Alain Soral, qui préfère les femmes voilées aux femmes en string, peut s'enorgueillir de faire résonner un propos où l'ancien "envahisseur" - maghrébin, arabe, musulman - est devenu, par le miracle de la transubstanciation gauchisante, le hérault d'un nouveau Lumpenproletariat.

Pour s'en convaincre encore, il suffisait jusque récemment d'effectuer une promenade sur le site de labanlieuesexprime.org, qui a curieusement disparu. Mais dont Ahmed Moualek avait accordé une interview dont il était fier à un web-magazine d'extrême-droite, lui qui soutient sans faillir l'ex-comique Dieudonné dans ses nouvelles croisades.

Ainsi, par une alchimie de l'absurde, les anciennes victimes d'une prétendue haine xénophobe franchouillarde largement fantasmée (par les élites de droite, principalement), élevées au sein de la nurserie d'un antiracisme® contre-productif et aliénant (lire à ce sujet l'excellente analyse de JC Moreau sur Agoravox) risquent-elles aujourd'hui de se lancer à l'assaut de la social-démocratie que le FN ne cesse de combattre depuis ses origines et que Soral exècre.

Notamment parce qu'elle a nourri en son sein le fléau du communautarisme dans lequel les combats républicains (laïcité, égalité, solidarité, justice), et même, le patriotisme républicain, ont été évincés au profit de revendications particularistes et abandonnés à l'extrême-droite.

C'est tout le sens du discours de Valmy lors duquel, sous l'inspiration d'Alain Soral, JMLP a pu tout à la fois jouer sur la fibre chrétienne chère à son idéologie et se faire enfin valoir comme possible fédérateur d'une France réunifiée.

Une France qui, blessée dans ses traditions par la construction laborieuse et non concertée de l'Europe, et par la violence de la mondialisation sauvage et de la déconstruction insécurisante de la dignité des classes moyennes et pauvres, risque bien de le célébrer comme ultime refuge.

Publié par Cosmic Dancer à 13:21:01 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (44) |

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