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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice - Stèle avec des soubresauts

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Du voile encore - Lettre à Anka | 16 octobre 2007

Chère Anka,

Plutôt qu'écrire sur des aspects largement débattus suite au jugement intervenu mardi dernier et à la condamnation de Fanny Truchelut, et suite au brouhaha qui s'en est suivi où il est apparu extrêmement difficile de se déterminer tout à la fois comme :
- ne condamnant pas cette dame à titre personnel au sens où il me semble qu'elle a agi de manière très viscérale et non dans l'intention de discriminer ;
- ne désirant pas revenir sur un jugement que je trouve très sévère, étant donné que je pense simplement que ce différend aurait dû se régler entre les parties ou, à défaut, devant un tiers conciliateur, ainsi en va-t-il normalement des problèmes de commerce ;
- ne se décidant pas à lui offrir un soutien au nom du droit des femmes, parce qu'on ne peut décemment affirmer les défendre en les violentant - oui il existe une violence double, celle de la demande du retrait en est une au sens où Horia Demiati et sa mère, surtout sa mère, dirais-je, et je pense là à ces femmes relativement âgées qui n'ont pas eu accès aux études et s'estiment en devoir de représenter une tradition qu'elles portent comme part de leur identité intime, et non politique, ont nécessairement mal vécu cette exigence, celle de l'attaque en justice en est une autre, mais Fanny Truchelut, en tant précisément qu'elle entend porter haut les couleurs de la laïcité et du féminisme aurait eu comme devoir moral absolu de surmonter celle qui lui fut faite ;
- considérant que la laïcité n'est pas véritablement mise à mal dans cette affaire en son principe, tout en déplorant que ce voile dont j'haborre la signification se répande au nom même d'une égalité de traitement qu'il bafoue dans son essence ;
- refusant d'adhérer à une nouvelle théorie du complot selon laquelle une provocation aurait été montée de toutes pièces à l'encontre d'une innocente, car je pense qu'elle l'est sincèrement, propriétaire de gîte rural ;
- refusant de considérer que Fanny Truchelut, autre complotite, serait une taupe de Croisés ;
- refusant de la nommer par son prénom exclusivement et tirer par là le débat par où il pêche, c'est-à-dire dans un bain de stridence émotionnelle qu'il est aisé de comprendre ;
- estimant dommageable qu'elle ait été désignée comme une analphabète raciste au prétexte qu'elle n'a pas exprimé convenablement sa gêne, voire sa souffrance, profonde ;
- déplorant que sa cause ait été défendue par les intégristes catholiques, et attaquée au nom d'une lutte dévoyée contre le racisme ;
- comprenant ô combien à quel point le voile islamique choque et dérange, sauf à s'aveugler en conscience (qu'il est amusant de constater que de belles âmes scandalisées par la condition des Afghanes sous leur burqa au temps honni des talibans supportent au nom de la tolérance la même tenue en Europe) ;
- sachant que de noirs imbéciles sont encore capables de jouer une équivalence string-voile tellement hors de propos qu'on n'a qu'une envie, leur rire sauvagement à la barbe, quand bien même ils n'en portent pas ;
- sachant que les partisans d'une laïcité décrite comme un intégrisme antireligieux ne rêvent que de remettre en cause ce principe politique garantissant une vie commune ;
- sachant que des voix s'affirmant féministes se font entendre dans l'intention de prouver que le voile est libérateur, et crachent sans sourciller sur des femmes aussi courageuses que Talisma Nasreen et Ayaan Irsi Ali, ou encore Tchadortt Djavann, toutes celles qui ayant vécu cette oppression s'en sont non seulement libérées mais ont, au péril de leur vie, témoigné de leur condition de femmes dans un islam rigoriste ;
- j'allais oublier ce discours selon lequel les "Occidentales" (de qui parle-t-on, à propos de "racisme") s'estimeraient "supérieures" (mon Diable, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils disent !) aux femmes voilées, traînant ainsi en longueur un complexe colonial (forcément...) et capitaliste (de préférence...) ;
- m'inquiétant comme beaucoup de ces reculs multipliés (piscines, cantines, livres scolaires, hôpitaux, accompagnement scolaire) au nom de l'accommodement raisonnable, au nom de la lutte contre le "laïcisme", au nom des "droits de l'homme" dévoyés dans leur essence même !
Plutôt qu'écrire sur ce que tu as comme moi lu partout à cette occasion, je t'écris cette lettre destinée aussi à Marie-Pierre, à Aurélia, à Laurence, à ma mère, à ma sœur K. et à quelques amis qui la liront ici.

Je ne suis ni avocate ni juge.

Je voulais te faire remarquer qu'un détail de langage révèle tout ce que je pense. Ecoute bien les discours des défenseurs du voile. Il y est question de "la femme", la femina, la femelle, ce bloc monolithique archétypal hormis dans ses attraits physiques que renifle Don Juan.
En tant donc que ce qu'est cette femina, l'uomo sera. Définitivement prisonniers du déterminisme génétique et du hasard de la naissance. Barbie et Ken pour l'éternité. Tenus de rejouer le sexe beau et le faible, le pur et l'impureté.

Publié par Cosmic Dancer à 22:29:02 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (46) |

Nouvelle fracture autour du voile | 08 octobre 2007

Comme le remarque avec pertinence Caroline Fourest dans son dernier billet, "la clarification est un combat" : l'affaire Fanny Truchelut cristallise les opinions, divise les laïcs et peut nuire à la cause du féminisme. Sur pas mal de forums, certains s'en sont déjà emparés pour continuer à disqualifier cette lutte.

Un petit rappel pour ceux qui n'ont pas suivi cette histoire. Fanny Truchelut, propriétaire d'un gîte rural, a reçu des arrhes de la part de clients qui souhaitaient y séjourner. A leur arrivée, constatant que deux femmes étaient voilées, elle leur a demandé de retirer leur voile dans les parties communes du gîte pendant leur séjour, ce que celles-ci ont refusé de faire, décidant de ne pas y loger, récupérant leur chèque d'arrhes et promettant un procès. Poursuivie pour refus de fourniture d'un bien ou service pour motif ethnique, racial et religieux, Fanny Truchelut, jugée le 2 octobre, encourt six mois de prison avec sursis et 1 500 euros d'amende. Le jugement ayant été mis en délibéré, il sera rendu demain.
Soutenant l'accusation : le MRAP, la Licra locale et la LDH.
Du côté de la défense : Alexandre Varaut, membre du MPF, et Riposte laïque, fondé par des anciens de Res-Publica.

Accusées de racisme par les plaignants, Fanny Truchelut et ses soutiens (particulièrement Anne Zelenski et Annie Sugier, féministes historiques créatrices du premier refuge pour femmes battues) rappellent que leur combat pour l'égalité hommes-femmes passe par la lutte contre le voile islamique.
A l'heure où la République, selon les vœux de not'président, prenant en considération le fait religieux, s'apprête à "toiletter" la loi de 1905, il est effectivement grand temps pour les laïcs comme pour les féministes anti-voile de s'interroger sur leur engagement et sur le sens de leur combat.

C'est toute la question que me posait récemment une amie, torturée par ses doutes, et qui la formulait ainsi :

Je ne comprends plus ce que signifie la laïcité, j'ai peur de la considérer comme une manifestation de l'athéisme parce que je suis athée, et parce que je réagis de plus en plus mal quand je croise de plus en plus de femmes portant le voile, ça m'insupporte et ça me blesse en tant que femme. Je me vis comme une laïcarde, je ne parviens pas à me positionner, donc je tolère toutes les revendications religieuses et j'essaie de garder le calme en moi.

Où allons-nous ?

Publié par Cosmic Dancer à 12:45:41 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (83) |

Mlle Bouteldja : lire est définitivement considéré comme un acte d'amélioration de soi | 08 juillet 2007

C'est dingue. Les furies d'AgoraVox (dont l'une m'a obligée à fermer mon blog aux commentaires en le spammant outrageusement) ayant entraîné la fermeture du fil de mon texte sur les "souchiens" et les "collabeurs", je ne peux y insérer la réponse suivante que j'y aurais sinon déposée :

La réponse de Houria Bouteldja à la bronca dont elle serait victime de la part, selon ses termes, "de certains philosophes médiatiques, journaux nationaux-républicains comme Marianne ou autres officines laïco-intégristes comme Respublica, à la trompe d'Eustache décidément bien emboutie" pour avoir utilisé le terme "souchien" a ceci de passionnant, en dehors du fait que bien peu de médias interrogent le sens de sa diatribe et de la "rééducation" qu'elle préconise, qu'elle confirme l'aspect revanchard du néologisme relativement à cette "notion de « Français de souche »" qui, "en 27 ans d'existence, n'a toujours pas heurté leurs oreilles délicates [ndlr : aux souchiens ? aux laïco-intégristes ?]", "parce qu'elle traduit bien une certaine acception ethnique qu'ils se font de l'identité française".

Extraordinaire rhétorique qui distille en une phrase l'intégralité de la formule du poison communautariste. Suivez le raisonnement :

1. Ceux que le terme "souchien" a interloqués, en tant que tel et/ou en tant, phonétiquement, que "sous-chiens" sont membres d'"officines laïco-intégristes". Deux remarques : toute parole s'élevant contre la sienne émane donc d'interlocuteurs infréquentables issus d'officines obscures ; et il existe en outre des "laïco-intégristes".
Rappelons que le néologisme oxymorien d'"intégrisme laïc" est l'apanage des ennemis de la laïcité, principe républicain de séparation de l'Eglise et de l'Etat - où chaque religion et leur culte peuvent être exercés dans la sphère privée, et où aucune n'a de prééminence sur d'autres, pas plus qu'elles n'en ont sur la société civile. Il consiste à faire dériver cette valeur républicaine vers le choix philosophique de l'athéisme ou la posture supposée de négation du fait religieux, travestissant ainsi non seulement le concept même de laïcité mais aussi la pensée de tous ceux qui s'y réfèrent - croyants de toutes obédiences, athées et agnostiques confondus. Respect !

2. "La trompe d'Eustache bien emboutie" (sic) de ses contradicteurs ne se serait tendue que sur l'emploi de "souchien". Mlle Bouteldja évite ainsi de rappeler à son lectorat l'équivalence, audible avec ou sans sonotone, qu'elle a formulée sur le plateau de l'émission de Frédéric Taddéi le 21 juin 2007 entre "souchiens" et "Blancs" (ces "Blancs" qu'il faut "rééduquer"). Le droit de réponse focalise ainsi habilement sur la part la plus saillante de sa prestation télévisuelle, non sur l'idéologie qu'elle véhicule. En concentrant sa démonstration sur ce point d'orgue, et en le décontextualisant ("le reste de la société occidentale, ce qu'on appelle, nous, les souchiens, parce qu'il faut bien leur donner un nom, les Blancs"), espère-t-elle voiler la racialisation qu'elle opère ?

3. En qualifiant elle-même de "sinistre jeu de mot" le terme "sous-chiens", elle se défend d'avoir pu l'induire et en attribue dans le même temps la paternité à ceux qui l'interrogent - ces intégristes laïcs durs d'oreille. Théorie du boomerang chère à sa cause.

4. Car ces intégristes laïcs qui devraient se précipiter chez l'ORL usent de "méthodes malveillantes" révélées par cette question cruciale et tronquée. Ils "prétendent" en effet "l'avoir entendu". Fieffés hâbleurs ! Ce "néologisme formé par des descendants d'immigrés post-coloniaux" et inconnu au bataillon lexical de ses contradicteurs gisait sans aucun doute dans les méandres de leur inconscient et ils ont refusé de l'entendre tel qu'il était orthographié oralement. De quelle mauvaise foi sont-ils capables...
Pire encore, cet assourdissement volontaire recelait en réalité une volonté d'agression et de stigmatisation "puisque qu'ils tentent ensuite d'en attribuer la paternité au MIR".

5. Mlle Bouteldja reconnaît à Jean-Marie Le Pen la paternité de l'expression "Français de souche". Soit. Approfondir l'évocation d'idiomes racistes depuis longtemps remisés par une grande majorité de nos concitoyens et désamalgamer les références au colonialisme et à l'immigration qu'elle mêle à ses accusations nécessiterait pratiquement l'écriture d'un ouvrage complet. Sa cuisine idéologique nécessite en effet un nombre d'ingrédients infinis et non épluchés jetés pêle-mêle dans la gamelle. Indigeste.

Je serais les officines laïques ainsi soupçonnées d'hypoacousie et de sous-intelligence, je conseillerais à Mlle Bouteldja la lecture d'Histoire de la laïcité d'Henri Pena-Ruiz, de Contre le communautarisme de Julien Landfried et du Puzzle de l'intégration de Malika Sorel.

Et pour tout dire, les vociféractions de la demoiselle et le comportement hargneux de ses soutiens m'indifféreraient prodigieusement s'ils n'étaient un symptôme de plus du mal causé par leur déviance à l'universalisme républicain.

Ce d'autant que l'auteur du chapô de cette "petite leçon de français" publiée sur le site des Indigènes de la République (2) se gargarise à l'idée d'enflammer un pseudo-débat (cette dernière commissure serait "une aubaine" pour "certains écorchés vifs du drapeau") dont le pseudo-intérêt consisterait à en masquer un pseudo-autre.

Quand le règne de la vacuité se double d'un orgueil vain, le néant de la pensée ne vise plus que le crachoir dans l'espoir que tout flambe.

Une dernière remarque, en passant.

Tout bon typographe (1) ne commet jamais l'erreur (2) d'oublier une majuscule initiale sur "Noir", "Arabe" (elle ne l'oublie pas, en revanche, sur "Français", "Kanaks", "Antillais" et "Réunionnais") et de ne pas en mettre sur "musulman", pour la simple raison que l'on n'assimile pas des "peuples, ethnies..." à des "adeptes d'une religion".


1. "Prennent la capitale initiale les noms de peuples, de races [notion que je trouve, pour ma part, contestable] et d'habitants employés substantivement : les Américains, les Chinois, les Russes, les Jaunes, les Noirs, les Peaux-Rouges..."
"On composera en bas de casse [ndlr : lettres minuscules] les noms des doctrines, écoles, groupements, religions, sectes, ainsi que ceux de leurs adeptes, adhérents, disciples, fidèles ou membres : les anglicans, les chrétiens, les hindous..." (Source : Code typographique de l'Imprimerie nationale.)

2. "Le plus indécent dans cette histoire, c'est que parmi les véritables "sous-chiens" (parce que traités comme tels) vivant dans ce pays, figurent précisément les noirs, les arabes, les musulmans et autres métèques." (Source : Houria Bouteldja, Petite leçon de français d'une sous-chienne aux souchiens malentendants.)

Publié par Cosmic Dancer à 23:42:08 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (5) |

Manifeste pour une pensée libre | 07 juillet 2007

Ayant récemment été désignée comme "nouveau réac.", groupie d'Alain Finkielkraut - que je connais assez mal, mais que je vais me faire un plaisir de découvrir plus avant - et autres Yvan Roufiol - dont je n'apprécie ni le style ni les éditoriaux -, j'ai fait des fouilles internautiques, ai plongé dans la sphère Google, me suis vautrée dans quelques lectures me renvoyant à d'autres, et ai découvert ce "Manifeste pour une pensée libre" cosigné notamment par mon supposé gourou et par d'autres intellectuels dont ce cher Philippe Muray.

Oh, je dois confesser que j'admire Philippe Muray, et qu'un ami m'ayant récemment conseillé la lecture de Shmuel Trigano, je me suis dotée de son "Les Frontières d'Auschwitz".

J'avoue.

Je puis enfin être jugée sur mes lectures.

Voici la preuve que David Vincent attendait : "les réacs sont parmi nous".

Ecrit après le 21 avril 2002 (je n'ai pas trouvé mention de la date), ce joyau d'intelligence reste d'actualité. Et c'est très humblement que je remercie certains détracteurs de m'associer à une telle déclaration.



Manifeste pour une pensée libre

par Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet, Pierre Manent, Philippe Muray, Pierre-André Taguieff, Shmuel Trigano et Paul Yonnet


Nous venons d'apprendre, par un livre de Daniel Lindenberg, très opportunément intitulé Le Rappel à l'ordre et publié sous les auspices de Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, que nous sommes tous de fieffés réactionnaires - y a-t-il d'ailleurs des réactionnaires qui ne soient pas fieffés? - et que, charge supplémentaire, nous avons comploté pour préparer la catastrophe du 21 avril, c'est- à-dire la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour.

Cette dénonciation ignominieuse, menée avec des moyens qui rappellent les plus beaux jours du stalinisme, s'est accompagnée d'une surprise: nous retrouver ainsi réunis par le même acte d'accusation. Nous nous pensions en effet différents, par nos approches, nos conclusions, et, entre nous, les débats, contradictions, polémiques et oppositions ne manquent pas.

Nous l'avouons cependant, nous avons bien un point commun, qui nous distingue radicalement des méthodes du «rappeleur à l'ordre»: nous sommes démocrates et, comme nous aimons et respectons la démocratie, nous savons qu'elle ne cesse de s'alimenter de sa critique, qui est au cœur de son fonctionnement. La démocratie vit de sa propre remise en question, c'est d'ailleurs le critère décisif qui la différencie du totalitarisme. Nous chérissons aussi assez l'individualisme pour ne pas le concevoir comme la célébration d'une collection de clones au garde-à-vous.

Mais, si nous sommes ainsi «rappelés à l'ordre», c'est parce que nous lie un autre complot, insupportable aux idéologues: contrairement à eux, nous voulons discuter à partir de la réalité. Et discuter de la réalité. Car Le Rappel à l'ordre innove: il s'en prend aux détracteurs de l'état des choses, et non à ses partisans! Son titre est un programme: il rappelle à l'ordre les geignards, les grincheux, les mécontents, les inquiets. Tous ceux à qui l'on n'a pas su faire aimer l'an 2000 et qui souffrent du monde tel qu'il va. Dénonçant un nouvel axe du mal, c'est le conformisme qui, cette fois-ci, fait le procès de l'anticonformisme pour exorciser la réflexion et les débats qui s'imposent.

Oui, nous pensons qu'il faut analyser et discuter les insatisfactions ressenties par beaucoup de Français, qui n'ont que le suffrage universel pour les exprimer. Oui, nous nous inquiétons de l'indifférence croissante des élites abandonnant le peuple à son sort - insécurité publique et sociale - pour mieux condamner les formes que prend son désarroi. Oui, nous pensons que la promotion soixante-huitarde de la jeunesse au rang de valeur suprême est un mauvais service à lui rendre. Oui, nous refusons de voir l'école de la République abandonner les plus démunis et les enfermer dans leur condition en abjurant la culture générale et les savoirs. Oui, nous déplorons la dépolitisation des hommes encouragée par un discours des droits de l'homme enchanté de lui-même, sourd à toute idée de dette, d'obligation et de responsabilité pour le monde et qui évite de penser la géopolitique et les rapports sociaux. Oui, nous pensons que l'abandon progressif du modèle français d'intégration, fait d'exigences et de générosité, est une erreur dont les populations issues de l'immigration sont les premières victimes. Oui, nous redoutons, face à certaines prétentions islamiques, la naïveté de ceux qui dénoncent par ailleurs le retour de l'ordre moral derrière toutes interrogations sur l'omniprésence de la pornographie, tout en traitant d' «islamophobe» ceux qui critiquent la misogynie de l'intégrisme religieux musulman. Oui, nous craignons l'abandon des principes de la laïcité, dépréciés parce que leurs bienfaits pacificateurs ont fini par paraître évidents. Oui, nous osons parler d'antisémitisme ou de judéophobie quand des synagogues flambent dans le silence.

Mais, pour certains, la vérité semble insupportable. C'est pourquoi ils s'efforcent d'abord de la nier, comme l'a reconnu récemment le médiateur du Monde: «Pendant des années, Le Monde a donné l'impression de cacher une partie de la réalité pour ne pas alimenter le racisme.» Et puis, quand la réalité ne peut vraiment plus être niée, on passe au plan B: on la décrète «réactionnaire» et, avec elle, ceux qui s'en préoccupent.


De nouveaux terribles simplificateurs prennent la relève et déboulent, revolver au poing

L'effet de sidération du 21 avril, loin de les inciter à ouvrir les yeux, pousse donc une fois de plus les propagandistes du «Tout va bien» désavoués par le suffrage universel à un vieux réflexe: dénoncer les messagers de l'inquiétude. Cette chasse aux sorcières substitue la vaine agitation dénonciatrice à la difficile réflexion sur les fondements et les finalités de l'action politique dans le monde d'aujourd'hui. Attitude typique du refus de penser dont on a déjà vu les effets chez les hommes politiques. Ceux qui pensent que l'état présent de la démocratie mérite un débat peuvent avoir des vues d'avenir très différentes. Certains peuvent penser que la démocratie doit être bornée par la considération de réalités anthropologiques intransgressibles. D'autres qu'elle a besoin d'un idéal positif, d'un horizon historique nouveau. Ou la croire vouée à un éternel questionnement. Mais ils trouveraient tous absurde que, tout en se réclamant d'elle, l'on préconise un sommeil dogmatique qui lui serait fatal.

Le retour tonitruant de la catégorie de «réac» signifie que la parenthèse antitotalitaire se ferme. Croyant pouvoir faire l'économie d'une analyse de l'échec de Lionel Jospin, des militants de la bien-pensance satisfaite veulent militariser la vie de l'esprit et retrouver la chaude médiocrité de l'antifascisme stalinien et de ses mensonges. Après la guerre, rappelle François Furet dans Le Passé d'une illusion, «les communistes n'ont cessé de militer sous ce drapeau, de préférence à tout autre. Ils n'ont jamais voulu d'autre territoire à leur action que cet espace à deux dimensions ou plutôt à deux pôles, dont l'un est figuré par les “fascistes”, l'autre par eux-mêmes.» Le communisme est mort. Mais à peine a-t-on eu le temps de prendre acte de cette disparition que de nouveaux terribles simplificateurs prennent la relève et déboulent, revolver au poing, dans la vie intellectuelle pour nous marquer au fer rouge du «Ni droite ni gauche» des années 1930, c'est-à-dire, pour être clair, du fascisme français. Cette tentative de fascisation de l'inquiétude et de la pensée libre est dérisoire et monstrueuse. Nous nous honorons d'en être la cible.

Publié par Cosmic Dancer à 15:54:30 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (0) |

"Souchiens" et "collabeurs" - Les islamogauchistes à l'ouvrage | 02 juillet 2007

Depuis sa nomination comme secrétaire d'Etat chargée de la politique de la Ville au sein du gouvernement Sarkozy, Fadela Amara, initiatrice du mouvement "Ni Putes Ni Soumises", si elle déçoit des personnalités de gauche en acceptant de travailler avec Christine Boutin, se retrouve également villipendée pour des raisons bien plus obscures : une racialisation des combats sociaux prônée par les Indigènes de la République, mouvement d'extrême-gauche qui cache une idéologie dangereuse et promeut, dans le même temps, ce racisme que l'on n'aime pas évoquer, et que d'aucuns ont osé qualifier d'"anti-blanc", donnant par là même du grain à moudre à l'extrême-droite.

La nomination de Fadela Amara au sein du gouvernement soulève deux types de critiques, dont l'une me semble justifiée qui reproche à l'égérie de Ni Putes Ni Soumises de trahir la gauche en lutte contre les attaques anti-laïques et anti-féministes, en ce qu'elle est dorénavant amenée à travailler en compagnie de Christine Boutin. Elle ne diffère pas, en cela, des reproches adressés à Eric Besson, Bernard Kouchner, et tous ceux qui, tout en affirmant demeurer socialistes, ont intégré la vision sarkozienne du pragmatisme républicain.

L'autre éreintement de Fadela Amara me semble bien plus douteux, qui consiste d'une part à l'accuser d'avoir "stigmatisé" (le mot est décidément en vogue) les populations masculines des "banlieues" ou "quartiers populaires" (je vais devoir réviser mon dictionnaire des termes politiquement corrects et me renseigner sur ce qui est prononçable ou non aujourd'hui pour désigner les ensembles architecturaux péri-urbains aux environs des grandes métropoles françaises). Autrement dit à l'accuser de sexisme inversé.

Interdits d'intégration par ceux qui prétendent la défendre


Mais ce n'est pas tout. Fadela Amara se retrouve également, sous les vibrations assourdissantes des cordes vocales de Houria Boutelja, fondatrice du mouvement des Indigènes de la République, non seulement coupable d'islamophobie* (quel succès également pour ce néologisme, dont on doit l'enrichissement de notre lexique à des islamistes radicaux) et de racisme*, car elle aurait insulté "les gens de (sa) communauté d'origine".

Fadela Amara serait donc une "traître à sa race" (expression commune employée en langage familier pour insulter les personnes issues de l'immigration principalement maghrébine et qui n'intentent aucun procès aux valeurs de la République). L'une de ces personnes dont, à la suite de Marc-Edouard Nabe, islamo-gauchiste notoire et écrivaillon s'autodéfinissant comme raté, ces identitaires d'un autre type que ceux d'extrême-droite dont ils sont à priori les ennemis idéologiques mais avec qui ils partagent le repli essentialiste et le discours raciste et haineux affirment au fond qu'ils sont des "collabeurs". Pour ceux qui n'oseraient comprendre l'horreur du concept, ce court mais édifiant extrait :

"J'en veux à ces «Arabes» français (c'est «Arabes» qu'il faut mettre entre guillemets, pas «français» !) qui pourraient ouvrir leur gueule et qui la ferment. Plus ces lâches, colonisés dans l'âme au point de se laisser traiter de «beurs», sont connus, plus ils se taisent. Ils écoutent sans sourciller — et quelquefois sans moustacher – leurs patrons répéter que les attentats en Irak et en Palestine sont inspirés par la haine reli­gieuse pour l'Occident, que ce sont les Musulmans d'abord qui en font les frais et en particulier les femmes, et autres conneries démagocratiques... Les Arabes intégrés sont des esclaves volontaires qui participent à l'entreprise industrielle de désislamisation généralisée. Moins de Coran et repli identi­taire sur des traditions injustifiées. Voilà pourquoi je les appelle désormais des Collabeurs. Les Arabes, les Français ne les emploient que pour dire du mal de leurs frères. C'est le seul boulot au fond qu'on daigne leur trouver. Faire de la propagande contre les Musulmans. Chacun à son niveau y va de sa petite désolidarisation. Avant, on exploitait les Arabes en leur mettant un marteau-piqueur entre les mains pour qu'ils défoncent la chaussée. Maintenant, ils doivent eux-mêmes être les marteaux-piqueurs qui défoncent l'islam véritable. C'est toujours de la main-d'oeuvre, ni plus ni moins. Quel que soit le statut social auquel on fait semblant de le laisser accéder, l'Arabe le plus lettré, le plus professoral, le plus universitaire, se retrouve au service du Laïc."

Autrement dit, toute "personne issue de l'immigration" se considérant comme Française et intégrée à la société trahit sa cause et n'est au fond que l'esclave des Hexagonaux dont l'arbre généalogique, je suppose, prouve qu'ils vivent sur le territoire depuis des temps immémoriaux.

Ils représentent donc des traîtres à la lutte qu'entend conduire Houria Boutelja lorsqu'elle estime que, instrumentalisés par Nicolas Sarkozy, ils neutralisent "les mouvements issus de l'immigration" qu'elle ose tenter de comparer à des mouvements sociaux quand il ne s'agit que de revendiquer un victimisme et des particularismes communautaristes, sous couvert d'intentions politiques "de gauche".

Que l'on se rassure, cependant, la soupe hargneuse vaut pour tous ceux qui ne ressemblent pas, d'une manière ou d'une autre, à la demoiselle. Lors de l'excellente émission de Frédéric Taddéï Ce soir ou jamais du 21 juin dernier, elle a pu prononcer sans soulever la moindre interrogation, le doux néologisme de "souchiens" : "(...) les privilèges de la société occidentale, de ce qu'on appelle, nous, les souchiens, parce qu'il faut bien leur donner un nom, les Blancs".

Trop habile pour être honnête, Houria Boutelia n'ignore sans doute pas qu'à l'oral il est impossible de faire la distinction entre "souchiens" (un terme suffisamment éloquent en soi) - ces, je suppose, "Français de souche" que seule la droite populiste ou extrême qualifie de tels - et "sous-chiens" - c'est-à-dire "moins que chiens", ce qui réfère forcément à ces "chiens de mécréants", elle qui affectionne le terme de "sous-citoyens", désignant par là les populations issues de l'immigration, etc.

Rien d'étonnant, cela dit, lorsque l'on découvre que la jeune femme en question affirme sans sourciller que, depuis la naissance du mouvement suite au fameux Appel, celui-ci a rencontré "un succès phénoménal, tout simplement parce qu'on a décidé d'avoir un discours radical en rupture avec les catégories (sic) qu'on nous impose, c'est-à-dire la République, la laïcité, l'universalisme français, etc. (re-sic)".

A propos de "catégories imposées", que doit-on penser de cette posture selon laquelle tous les "Noirs" (à partir de quel pourcentage de mélanine ?) et "Maghrébins" de France seraient d'une part forcément musulmans (puisque Fadela Amara serait "islamophobe"), et d'autre part forcément unis dans les délices d'un islam dont la cohésion uniciste (l'oumma) est de l'ordre du mythe ?

* "C'est quand même extraordinaire, il y a une promotion à l'islamophobie et au racisme. Les gens qui sont issus de l'immigration et qui crachent littéralement sur leur communauté d'origine sont promus."

Publié par Cosmic Dancer à 18:09:57 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (3) |

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