Depuis le début de l'offensive israélienne à Gaza, je pleure. Mais je ne pleure pas
correctement. Pressée par des internautes de "
condamner" fermement et publiquement l'Etat d'Israël, photos d'enfants déchiquetés à l'appui et de leurs mères en larmes, j'ai refusé de maudire Tsahal et de me déclarer solidaire des victimes civiles en participant aux manifestations où des drapeaux ont été piétinés et brûlés, où des slogans dignes des années trente ont été scandés par des femmes couvertes de tchadors qui brandissaient leurs enfants comme des victimes potentielles en hurlant "
Israël assassin", "
Mort à Israël", "
Mort aux Juifs". Où des barbus proclamaient "
Allah Akhbar" au côté de mouvements marxistes pour lesquels je pensais pourtant que "
la religion est l'opium du peuple"...
Je refuse de soutenir le Hamas et sa branche armée, dont le but ultime autoproclamé dans sa charte d'anéantir l'Etat hébreu prévoyait dans un premier temps d'islamiser Gaza de peur - quelle parfaite imbécillité - que la "Palestine" ne se "
judaïse".
Il y a loin, pourtant, de
Sderot et Gaza à Paris, Lyon, Lille ou Marseille. Il y a loin mais chacun est sommé de se prononcer sur cette guerre. Se prononcer
correctement. En récitant la doxa dont il semble qu'elle date de la guerre des Six-Jours selon laquelle Israël serait un Etat fasciste et (donc) raciste, "
dominateur et belliqueux", "
créé sur l'exploitation de la Shoah", souhaiterait opérer un "
nettoyage ethnique" et serait coupable par mimétisme d'avoir créé un "
ghetto tel que celui de Varsovie" pour y commettre un "
holocauste". Inspirée par rien moins que les Naturei Karta, foncièrement antisionistes et bien pratiques - Dieudonné et Kemi Seba aiment à célébrer leurs "bons Juifs" afin de prouver qu'ils ne sont pas antisémites - et le Protocole des Sages de Sion, cette antienne espère convaincre une population toujours plus nombreuse que l'alliance révolutionnaire entre une forme de néo-marxisme, l'alter-mondialisme et l'Islam opprimé par les forces obscures "
américano-sionistes", "
impérialistes" conduira à l'avènement d'un ordre nouveau et angélique.
La novlangue va bon train, s'employant à rendre Israël et tous ceux - surtout Juifs - qui ne la haïssent pas, coupable des actes antisémites constatés depuis fin décembre. "
Ils" l'ont bien cherché. Les "
bons Juifs" ne sont pas sionistes, ils sont humains... Le choix des termes de "
ghetto" et d'"
holocauste" renvoie bien évidemment à ce prétendu mimétisme selon lequel "
les victimes d'hier sont les bourreaux d'aujourd'hui". En déniant l'unicité de la Shoah, en refusant de considérer qu'elle appartient aux Juifs et à l'humanité entière, dont elle symbolise à jamais l'infinie cruauté, nombre de belles âmes écrasent sous leur botte l'histoire du monde et celle des hommes. En cherchant à redéfinir le terme
antisémitisme (j'y reviendrai), nombre de belles âmes espèrent en nier l'existence jusqu'au sein de l'ONU.
Et avec la novlangue, le flicage intégral. Il est en effet conseillé de décliner sa nationalité, son "origine ethnique" et ses convictions religieuses avant de parler. C'est donc en tant que Française d'origine bretonne et tzigane, et agnostique, que je m'exprime.
D'aucuns brûlent leurs passeports. D'autres ce drapeau. Je brûle quant à moi mon certificat de vertu. Cette injonction à s'indigner pour que me soit reconnu le statut d'être humain, et non celui de "
monstre", de "
complice de crime contre l'humanité", voire de "
génocidaire par procuration".
Et si je pleure, c'est d'assister à ces déferlements de haine, c'est de constater avec quelle obscénité les cadavres d'enfants gazaouis sont exploités par de sombres idéologues criant à la mort et non à la paix. Et si je pleure, c'est en espérant que les accords qui semblent se dessiner aujourd'hui mettent un terme à cette guerre. Israël, ce grand pays, a pour devoir, une fois encore, de tendre la main.
Oui ?