• Madame, Monsieur, bonjour

    Un article du Figaro vient de m'alerter, signifiant que le CSA, par la voix de son président, juge "honteux pour la France" la représentation insuffisante de la Diversité.

    Je me permets donc de postuler relativement à mes diversitudes ignoblement sous-représentées.

    Etant une personne de petite taille, je souffre de discrimation à chaque défilé de mode. Il est temps, j'en suis persuadée, de remonter les bretelles aux stylistes qui, par ailleurs, devraient faire la part belle aux représentants de l'Obésité, lesquels seraient, selon les chiffres, de plus en plus nombreux au sein de la population française.

    Originaire du Sud-Ouest de la France, je dispose d'un accent fort peu représenté, que ce soit dans les séries policières ou les informations nationales. Il est assez humiliant de ne devoir la reconnaissance de ma spécificité régionale qu'à la cuisine de Maïté (qui n'est pas de petite taille).

    Ma religion est discriminée. En effet, je suis cathare et les massacres qui frappèrent mes ancêtres devraient, sinon être commémorés, du moins respectés par une embauche exemplaire qui serait des plus rassurantes pour notre communauté.

    Le rapport souligne que la parité n'est pas établie entre hommes et femmes non plus. Je tiens à vous signaler que ma sensibilité hermaphrodite (et bisexuelle) s'en trouve terriblement blessée.

    De surcroît, je suis un peu blanche, un peu marron, un peu jaune et un peu noire, mes ancêtres ayant probablement fauté. Mon taux de mélanine ne correspond à aucune représentation actuelle dans le PAF.

    Forte de ces particularismes, je n'ai pas terminé mes études mais je ne doute pas que mon patronyme soit accueilli comme il se doit par vos services. Je me nomme en effet France, de prénom et de nom. France France.

    Il me semble que cela suffit.

    Espérant, Madame, Monsieur, que ma candidature aura retenu votre égalitariste attention, je vous prie d'agréer la présente.


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  • Non. Légalité n'est pas légitimité, ainsi que le rappelle Gil Milhaely dans son excellent article sur le sujet sur Causeur.

    Plus encore, ce victimisme indigne du "dauphin" ironisant tristement sur les "requins" qui le dénigrent. Certes, Jean Le Fils fut indûment montré du doigt, en tant que Fils du Père par la majorité votante élue. Certes, il eut à subir le lot d'opprobre et d'injustices dont les hommes politiques font leur pain quotidien, et lui peut-être plus qu'un autre eu égard à son patronyme.

    Il n'en demeure pas moins que légalité n'est pas légitimité. Même si les quatre représentants de l'Etat s'abstiennent au nom du "Peuple". Quelle ironie, ce "peuple" dont le mandat vaut patte blanche. C'est d''ailleurs probablement ce qui, dans ce scandale républicain somme toute transparent - parce que les dynasties ont succédé au mérite vanté par not'président deux ans et demie plus tôt - est le plus désopilant. Arguer de la légitimité des élus, tandis que des milliers de Jeunes de l'âge de l'Elu, plus diplômés à défaut d'être plus aguerrris sur la scène politique, voire plus photogéniques, suent d'angoisse pour leur vie courte et celle que n'auront sans doute pas les enfants qu'ils ne mettront pas au monde.

    Comment peut-on oser en appeler au principe démocratique en de telles circonstances, alors que sont minés les fondements de la République, au vu et au su des votants. Ne nous voilons pas la face, le népotisme n'a rien de nouveau, les enfants d'ouvriers vous le diront, qu'ils s'appellent Duchmoll ou Ben Younès. La nouveauté, c'est la transparence éclatante. C'est l'affirmation décomplexée. Nicolas Sarkozy n'invente pas le népotisme, il le légalise, le légitimise.

    Au nom du suffrage universel, il l'institutionnalise.

    Et ce refrain victimaire Père et Fils, "à travers lui c'est moi qu'on vise", qu'est-il donc advenu du Saint-Esprit ?

    Les arguments sont tout aussi moroses que la gueule triste de Marianne. Jean, élu au Conseil régional, n'a pas le temps d'obtenir son diplôme de droit. Ma copine femme de ménage, si elle était élue, n'aurait pas le temps non plus.

    J'abhorre le populisme. Et je l'abhorre qu'il surgisse de bas-fonds ouvriéristes ou des Hauts-de-Seine.

    Le cinquième homme, selon Le Monde, serait favorable à la candidature de Jean. Saint Jean, priez pour nous du haut de votre patronyme. Décidément, Sarkozy est juste sarkozyste. Ma France, ma République, mon moral et mes espoirs ont pris l'eau.


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  • Ali Abdane ne s'était pas remis de la séance d'humiliation que lui avait infligée son fils à la suite de la découverte des revues pornographiques. Il passait son temps à bafouiller des excuses, et, s'il n'osait avaler ouvertement le moindre verre d'alcool devant Lakdar, il se rattrapait par ailleurs. Lakdar n'avait pas encore découvert la planque où il dissimulait ses réserves, mais ça n'allait pas tarder. La cave, sans doute. Tous les soirs, Ali descendait soi-disant faire un tour en bas de l'immeuble, ce qui n'était pas dans ses habitudes antérieures. Il rentrait une heure plus tard, d'une démarche légèrement titubante. A quoi bon s'acharner ?
    Dès que le téléphone sonnait, même si c'était rare, Ali se mettait à trembler, le front imprégné de sueur, dans la crainte que Lakdar ne raconte tout à la cousine Zora. La cousine, elle avait la langue bien pendue. Et bien fourchue. D'ici à ce que ça se sache, au bled, qu'Ali se tripotait en regardant des photos de putains alors que sa femme Cherifa croupissait recluse dans une petite chambre, la tête agitée de cauchemars incessants, et ce serait la catastrophe.

    Thierry Jonquet - Ils sont votre épouvante, et vous êtes leur crainte, Le Seuil, octobre 2006.


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  • Les arcanes de la justice étant ce qu'elles sont, c'est dix minutes avant l'audience que mon avocat nous avait conviés - Maître Mimi, son jeune associé et moi-même, pénible plaignante - à une surprise party dans les salons d'un hôtel chic. Conciliant, il se proposait de m'offrir un café.

    Mais à chaque geste son revers. Me tendant une lettre dactylographiée, pâle comme une icône de cador des prétoires et visiblement amaigri (je m'en inquiète en silence, on ne retient pas la bonté), il s'explique :
    - Chère Madame, certes, vous m'avez déjà versé la somme de deux mille euros correspondant à notre accord initial, lequel prévoyait en outre que me reviendraient vingt pour cents des gains.
    - Tout à fait, Maître. J'imagine que cette petite lettre fraîchement imprimée et que vos doigts malingres me présentent n'est pas là pour me le rappeler.
    - Vous êtes très perspicace.
    - Je suis assez rôdée.
    - Nous avons énormément travaillé sur votre dossier.
    - Certes. J'y ai passé quelques heures innombrables ces dernières années.
    - Vous n'allez tout de même pas me demander des honoraires !
    - Si je pouvais, la question se poserait.
    - Cessez de plaisanter. Vous nous avez fait réécrire les conclusions.
    - En effet, elles correspondaient à un copier-coller. Qui plus est sans tenir compte de ma demande initiale. Je les ai donc conçues, argumentées et dictées.
    - Oui, enfin, il ne faut pas rêver ! Donc je monte à 30 pour cents hors taxe des gains, et un forfait de deux mille encore.
    - Donc je constate que, étant donné ce que vous facturez, si j'ajoute la tévéha correspondante, nous partageons les gains à 50-50.
    - Plaignez-vous ! Dans certaines contrées, j'en aurais récolté 75 pour cents !
    - Ai-je d'autre choix que de signer ?
    - A vous de voir, c'est l'heure de l'audience.
    - Bien. Et ce petit alinéa concernant l'article 700 qui est censé revenir au cabinet d'avocat ?
    - C'est souvent le cas.
    - Si je peux me permettre, Maître, je suis la seule à m'être déplacée.
    - Je concède. Je raye.
    - Jolie règle. Quelle valeur juridique, ce petit trait ?
    - Vous êtes vraiment procédurière, je vais parapher.
    - Je vous en sais gré. Et pour le recouvrement des sommes ? Combien devrai-je encore payer ?
    - Nous ne sommes pas des huissiers, ma chère. Je n'augmenterai pas mes honoraires. Mais il faudra sûrement payer.


    Je sens que j'ai envie d'un petit retour de bâtonnier.


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  • Nul besoin d'avoir un penchant pour « les affaires » ni non plus pour « les complots » quand s'installe un silence consterné autour du procès de la Scientologie qui se tient au tribunal correctionnel de Paris et dont le jugement est en délibéré jusqu'au 27 octobre après que le Ministère public ait requis la dissolution judiciaire de la secte pour escroquerie en bande organisée. Dissolution dorénavant impossible.

    Le silence médiatique sur cette affaire depuis une dizaine de jours s'explique-t-il par l'attente d'un jugement qui, sans surprise, ne sera pas la dissolution ? Il succède toutefois à une avalanche d'informations grâce auxquelles il n'est pas toujours aisé de comprendre pourquoi la secte, dans le collimateur des associations anti-sectes depuis de nombreuses années et qui a réussi à prendre pied en Espagne et en Russie notamment, menace de poursuivre son œuvre prosélyte en France.

    Des articles de journalistes et d'hommes de loi éclairent cependant le citoyen esbaudi qui, occupé à travailler plus ou à faire montre de bonne foi dans sa recherche d'emploi, éprouve ces temps-ci bien de la peine à décrypter les faits, les causes, les conséquences, dans les concerts d'indignation servis chaque jour au menu de la vie politique française. De scandales en brouhahas, les faits divers susceptibles notamment de fabriquer de la loi et du décret se succèdent à un rythme effréné. Et précipitation n'étant pas raison, il convient de s'y arrêter.

    Nul besoin donc d'être amateur de romans noirs ou paranoïaque excessif. Nul besoin non plus de manifester une nouvelle éruption d'antisarkozysme aigu au motif que le Président, qui prône une « laïcité ouverte », a reçu en grande pompe à Bercy en 2004, tandis qu'il était ministre des Finances, la star américaine Tom Cruise suspecté d'être devenu au fil des ans l'homme numéro deux de la secte. Et bien que l'acteur attaque en diffamation le journaliste Andrew Morton auteur d'une biographie non autorisée [1], deux extraits vidéo en accès libre sur Internet montrent de quoi il retourne lorsque, recevant une médaille aussi honorifique que kitch des mains de Miscavige, le dirigeant mondial actuel de l'organisation, l'ex-futur séminariste demande à une foule en délire si elle est prête à « nettoyer le monde ». Laquelle évidemment régurgite un oui massif avant de se tourner vers un buste de Ron Hubbard (écrivain américain de seconde zone, créateur de la Dianétique ou Scientologie) pour l'acclamer [2].

    Mais outre les aménagements législatifs express décidés par nos politiques sur pression populaire ou médiatique, des travaux de fond incombent aux parlementaires dont la mission consiste en principe à donner corps à la volonté de leurs administrés. En l'occurrence, le député UMP Jean-Luc Warsmann (3e circonscription des Ardennes), par ailleurs président de la commission des lois de l'Assemblée nationale [3], exprime très clairement sur son site la nature de ses devoirs et les engagements qu'il tient. Sur la liste des propositions de loi qu'il soumet figure celle dont il est question ici : la loi dite « de simplification et de clarification du droit et d'allègement des procédures». C'est par elle que le scandale arrive : adoptée le 12 mai, elle rend caduque la requête du Ministère public, formulée un mois après sa promulgation...

    Les détails de rédaction de cet alinéa dont personne à l'Assemblée nationale comme à la Chancellerie, hormis l'honorable juriste Michel Véron en juillet, n'avait mesuré les conséquences, figurent sur le très utile blog de Maître Eolas, l'avocat qui explique aux quidams les arcanes d'un droit hexagonal de plus en plus labyrinthique et hermétique. A lire l'extrait incriminé, on comprend certes que les lignes fâcheuses aient échappé à la vigilance des lecteurs les plus avertis.

    Seulement il y a plusieurs problèmes. Cette suppression du pouvoir de dissolution d'une personne morale pour escroquerie a été adoptée sans débat et, selon le Figaro, « à l'insu des autorités judiciaires ».

    En outre, proposée le 22 juillet 2008 et mise en distribution le 5 août suivant, la loi a passé près d'un an dans un tiroir sans que quiconque ne la révise.

    Enfin, elle ne concerne bizarrement que la sanction de dissolution pour escroquerie et non, par exemple, pour abus de confiance.

    Révélé le 14 septembre par un communiqué de presse de la Miviludes [4] le bug juridique a évidemment mis en émoi tant la magistrature que le monde politique. Pour Corinne Lepage, par exemple, "un lobbying a été exercé en ce sens, même si je n'en détiens pas la preuve. La coïncidence est trop grosse. Par le passé, l'Église de scientologie a déjà profité de circonstances étonnantes qui lui ont permis d'échapper à ses procès" [5].

    Et il en effet permis de s'interroger sur ce nouveau couac au vu des fâcheux antécédents ayant déjà perturbé le déroulement d'actions à l'encontre de la puissante secte, comme le rappelle Marie-Anne Kraft sur Mediapart [6].
    Le budget pharamineux de la puissante secte autorise en outre à s'interroger.


    Pour remédier à ce cafouillage navrant, le Syndicat de la Magistrature ainsi que l'avocat de victimes Me Olivier Morice, ont demandé l'ouverture d'une enquête parlementaire [7 et 8] pour comprendre comment cette bourde venue à point au secours de la secte a pu être commise.

    Le même jour, Michèle Alliot-Marie répondait de façon très pragmatique et se voulant probablement rassurante à ces mises en cause. Evoquant une « erreur matérielle », la Garde des Sceaux, note Le Figaro du 15 septembre, a déclaré qu'elle allait «déposer à l'occasion du prochain texte pénal une mesure qui permettra effectivement de dissoudre notamment des associations, des groupes ou des sectes qui auraient procédé à des escroqueries», confirmant ainsi une annonce de la Chancellerie, la veille.

    Marianne en ligne du 1er octobre, rapportant les propos de Bernard Accoyer sur une « erreur de référencement sans interférence extérieure » semble pourtant annoncer que la messe est dite : « En clair, un fonctionnaire de l’Assemblée s’est trompé lorsqu’il a fallu relier le nouveau texte sanctionnant le délit d’escroquerie aux articles préexistant du code, en ne faisant pas référence à l’article prévoyant la dissolution. Pas de référence, pas de sanction. » Pourtant, si selon le président de l'Assemblée nationale la faute incombe aux politiques, le journal note, à raison, qu'il «  s’agit en fait d’une erreur d’un fonctionnaire de l’Assemblée ».

    La Garde des Sceaux avait par ailleurs ajouté que le droit français permet tout de même de prononcer une interdiction d'exercer sur le territoire national. Une peine jugée insuffisante entre autres par Me Morice, qui a adressé une missive au Président de la République [9], d'autant que, précise-t-il au Parisien, « d'autres affaires [relatives à l'Eglise de Scientologie] vont être frappées par cette modification ».

    Qu'attend donc M. Sarkozy pour répondre ?


    Note : à lire, cet excellent article paru le 21 septembre dans La Voix du Nord.

    [1] AFP, janvier 2008.

    [2] Ici, dans un entretien télévisuel, Tom Cruise exprime son enthousiasme et assure des miracles de la Scientologie. Par « nettoyage du monde », il faut comprendre « purification » des êtres humains considérés comme des sous-hommes sauf à grimper les échelons de la Dianétique. Ici, lors de la fameuse cérémonie.

    [3] « La Commission des Lois est l’une des 6 commissions permanentes de l’Assemblée Nationale en charge d’examiner les projets et les propositions de lois qui seront discutés en séance publique.  Composée de 73 députés issus de la majorité et de l’opposition, ses domaines de compétences sont multiples : droit civil (ex : mariage, filiation), organisation judiciaire ; droit constitutionnel et électoral, administration générale ; droit pénal et procédure pénale ; collectivités territoriales et décentralisation ; outre-mer ; sécurité et liberté publique ; droit administratif, fonction publique et réforme de l’Etat ; droit commercial et propriété intellectuelle ; législation générale. »

    [4] (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

    [5] Dans un entretien accordé au Point le 16 septembre 2009.

    [6] « - En 1998, une partie du dossier d'instruction s'était volatilisée comme par magie du palais de justice de Paris. Une chose qui n'arrive jamais, le rappelle Corinne Lepage, avocate de profession.

    - Un policier chargé d'enquêter sur la Scientologie avait été mis à l'écart lorsque Sarkozy était ministre de l'intérieur. Voir article de Libé. Comme le dit cet article de Betapolitique : "2002, Arnaud Palisson, en charge des sectes aux RG, publie sa thèse d’Etat à la Sorbonne et obtient la plus haute mention et les félicitations du jury malgré la saisine du Tribunal administratif par l’Eglise de scientologie. Favre, l’éditeur universitaire suisse le contacte et décide de publier cette thèse… et de la diffuser en ligne sur Internet. A partir de ce moment (Nicolas Sarkozy est ministre de l’intérieur), les pressions hiérarchiques sur M. Palisson commencent, et ce dernier est finalement « déchargé » du dossier des sectes, et remplacé par un inspecteur ne connaissant rien à la scientologie…" »
    (Il est rappelé dans le même article les propos tenus par Emmanuelle Mignon en 2006 et la nuance que le Président introduit dans La République et les religions entre sectes et « nouveaux mouvements spirituels ».)

    [7] http://www.syndicat-magistrature.org/spip.php?article970

    [8] http://www.humanite.fr/Une-loi-votee-par-l-UMP-evite-a-la-Scientologie-une-dissolution

    [9] http://preview.leparisien.fr/complements/2009/09/17/642074_une-lettre.jpg

     


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