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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice - Stèle avec des soubresauts

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Sarcastique | 04 janvier 2008

Vous ne trouvez pas désopilant que les détracteurs de Ségolène Royal pendant sa campagne (dont je fus et demeure, mais pas dans le même esprit), forts de leur droitisme et droiture, qui criaient au scandale ou pouffaient, méprisants, lorsqu'elle évoquait une évaluation des politiques par des "jurys citoyens" - sur les forums et sur les blogs, on les lisait hurlant au retour du satan communiste et son PolitKontrol ou s'exerçant à un très-de-bon-goût cynisme autour de la misère intellectuelle qui pouvait conduire à penser que les fonctionnaires en charge du pays eussent pu devoir lui rendre des comptes - applaudissent aujourd'hui la décision présidentielle de faire auditer les capacités des ministres par le cabinet privé Mars & Co ?

Moi si.

Publié par Cosmic Dancer à 15:48:48 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (11) |

Bureau de tabac, maison brûlée | 03 janvier 2008

Dans le chaos de la bibliothèque, meuble modeste mais beau parce qu'il sent le bois et la découpe industrielle, négocié âprement - cette découpe industrieuse qui me rappelle d'où je viens et de quels efforts sans plaisir proviennent les objets qui m'entourent, dont je me fiche et m'émeus tout autant -, les doigts tout à coup animés d'une fureur indomptable caressent les tranches, s'agacent, tâtent, cherchent, bousculent, s'attardent, tremblent, trouvent, retrouvent, plus exactement, abîmé par de simples voyages intra-muros, peut-être quelques échappées, un chiffre au crayon à papier en francs toujours visible sur le dos, l'édition datant de 1988 - si jeune ? -, ce Bureau de tabac dont la suavité de la peau de papier suspend leur mouvement anarchique. En aveugle, c'est souvent au toucher que je relis mes livres.

Une carte postale beaucoup moins ancienne mais déjà jaunissante, représentant un jardin d'Orient, s'en échappe avec toute la discrétion dont les souvenirs les plus doux sont capables.

Autour, des hurlements. Un mec a mis à fond un morceau de rap et ça cogne dans les murs. C'est D. La femme du voisin fou a battu ma voisine préférée, sa femme à lui. D. monte, je l'entends, il sonne, entre direct, me demande des feuilles à rouler, me raconte, tremblant, que l'énervée a jeté C. contre les boîtes aux lettres pour se venger d'une réplique dure mais méritée, puis repart, et je l'entends hurler sa douleur et son désir de frapper l'autre. Le voisin cinglé, je le pensais calmé celui-là. J'apprends à l'occasion qu'il est connu des services de police, qu'il a déjà fait deux ans de taule, et qu'il a également, non content d'avoir défoncé ma porte, dessiné des verges érectiles sur les vitres gelées de ma voiture, jeté de l'huile sur mon palier, menacé à peu près tout l'immeuble. Je le pensais calmé et en paix depuis nos aventures extrêmes. Je dois renier tous mes fantasmes.
- Il bat ses gosses.
- Quoi ? Toi aussi, tu entends les enfants pleurer, hurler, les cris, les coups ? Je pensais être la seule. J'ai appelé les flics plusieurs fois, ils m'ont dit que j'exagérais. [Après leur enquête de voisinage avant votre arrivée, je m'y étais résolue, considérant être victime d'hallucinations sonores.]

Je sors les feuilles à rouler. D. me lance un de ses sourires de mec élevé chez les Gitans, hé !, le regard brumeux, la pomme d'Adam consciencieusement coincée, le sourire en descente brutale, vite, lui donner vite, il ne peut pas se montrer comme ça, pourtant il reste, il parle, sa voix se tend et déraille. Seule la croix baptismale cinglant de brillance entre les marques de sa virilité blonde s'affirme fiérote sous sa chemise. - T'es vraiment adorable. - De rien. [Ne te fie pas aux apparences.] - Tiens-moi au courant pour C. - Elle est aux urgences.

Je marche sur la carte postale et trébuche comme sur l'huile, la retourne. Le verso est noirci d'une écriture équilibrée, organisée en forme de spirale et sans date.

C'est elle. Isabel. Elle qui a découvert les autres, raconte, rapide, alors des scènes surgissent, ces traductions de langue sienne à la mienne, portugais-français, frénétiquement relues certains soirs d'antiques insomnies, les rythmes originaux soumis à ceux de la voix dans le silence de la chambre pour sentir dans une scansion concentrée, un dictionnaire bilingue sur l'oreiller, ce qui approche, ce qui éloigne, ces vagues toujours étranges qui s'apparentent à un ballet crucial, sorte de célébration aussi inutile qu'essentielle sous la couette en hiver quand la pluie martelle les fenêtres, métronome maternel où glissent les bruits d'autour, enfin morts, étouffés.

Elle dont les yeux crevés de bleu rendent bleue la chevelure noire. Comme C. qui les a sombres et tout aussi candides.

- Dis-moi, Henri, je pensais à Pessoa et j'avais envie de relire certains textes, récemment, le visage d'Isabel m'est revenu en mémoire, son accent, sa tristesse. Où est-elle ? On ne la voit plus.
- Son ex a brûlé sa maison, il a voulu la tuer, elle vit cachée, elle m'a parlé des livres que tu lui avais prêtés...
- Si tu la croises, dis-lui que Le Banquier anarchiste ne pense qu'à elle. Dis-lui... [Plus tard, aujourd'hui j'ai le mot faible.]
- Oui.

"Aujourd'hui je suis vaincu comme si je savais la vérité." - Fernando Pessoa.

Publié par Cosmic Dancer à 22:13:45 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (9) |

Allez, en route | 02 janvier 2008


Pas la peine d'en faire un fromage, y'a pas mort d'homme.

Un quai, un train, des rails, et hop.

De l'air. Surtout ne pas se retourner.

On raconte qu'avoir aimé rend plus fort. Alors soyons heureux, le printemps est à nos trousses. Bon p'tit soldate, va, bon p'tit soldate.

(Va me falloir un wagon entier, je suis franchement très lourde. Mais je me soigne, humpf.)

Publié par Cosmic Dancer à 15:59:43 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (14) |

Rions sur l'herbe car un jour peu importe | 29 décembre 2007


Parfois, comme une lame déchirant l'espace, l'envie de silence sera la plus forte
D'un coup, il n'y aura plus rien.



Longtemps j'ai cru que le silence était létal et si je l'ai cru, tâchant de saisir dans l'alarme du cri des corneilles sur les champs laborieux et pâles un genre de charme grave et vital magnifié par les brumes sans âme que le paysan observe pour sa météorologie, le mémoriser tel une aventure à transmettre à défaut de paroles humaines pesant leur poids considérable en terme d'avenir, c'est que c'était incontournable. Comme si au-delà du périmètre de cette campagne - à quel point la géographie modèle le poids de la mémoire - comment nomme-t-on une mémoire sans image et sans mots, mémoire sensitive, jouissive et atroce absence, fracas de silence étripé sur l'autel d'un devoir, tout interlocuteur à venir exigeant le récit d'un conte, entêtement des mythologies, je souhaite l'ignorer pour toujours à l'heure qu'il est. Si je l'ai cru c'est que Dalida la veille de son suicide, peut-être, nous avait offert son ficcus qui traînait devant la bâtisse dans une de ces rues de Montmartre où l'on frimait en promenades digestives pour faire passer les spaghettis. Ou bien non. Parce que je m'étais perdue dans les dédales des caves de la cité, serrant ma poupée Pif-Gadget contre mon cou, émergeant de ces moisissures en larmes dans les bras d'une maman marocaine qui m'avait ramenée chez la mienne. Ou bien non. Parce que j'errais dans les rues de la capitale en quête de sens comme si le bitume et l'architecture parisienne allaient m'expliquer ce chaos. Ou bien non.

Ce silence qui puait la mort inconnue mais soupçonnée si fort depuis le début des temps, comme si en moi, comme si en chacun si pensable, pour peu qu'on l'écoute si possible, le cri sans verbe de nos ancêtres à la main nue implorait encore la mémoire sans savoir de qui elle parlait, en ces temps où la gravité innommée, inconçue, discernait le geste de vivre et celui de se taire. Mais étaient-ils incompatibles. J'ai chaud en hiver, je grelotte en été, qu'est-ce à dire.

Je l'ai combattu, dans la quatre-ailes, dans la Manta, dans une chambre encombrée de signes, dans une vie de signes encombrée. Rions, neveux, quand on trimballe les courses à pied parce que la Fiat nous fait la gueule, heureux 15 heures à 15 degrés.

Souvent pourtant je devenais autistique, aujourd'hui je ne sais plus. Incompétence à vivre, sans doute. Dans le cyber, ça c'est sûr. En dehors, ça le devient parfois chaque jour un peu plus, semble-t-il, de toute éternité conclu. Le temps des cris, le temps des chants à la nuit sans lampions des villes, le temps des douceurs de la vie me semble appartenir à quelqu'un d'autre, or si jamais il appartînt, c'est au désir.

Ce grand vide que nous fustigeons ne sera jamais que celui que je crée sans connaissance de cause. Il en est certains plus doués que d'autres. Nous avions été résignés, disions-nous, et nous rêvions de renaissance. Je me suis égratignée lentement, toute seule comme une grande, puis j'ai creusé c'est misérable. J'ignore où sont passés les mots qui étaient mon salut car les alphabets de la terre en galaxies furieuses ont fait acte de collision. La plupart se déchirent encore, infiniment soumis et suicidaires, sales stridences, je ne vois plus rien. Indigne, certainement. Beauté fragile, inespérée, je l'ai tuée de mes mains, semble-t-il.

Quand ton sourire, Allal, quand ton flip sur le porc, Smaïl, grosse plaisanterie enfin entre nous arqués sur la table équivalant à mon dégoût des escargots, me ramènent doucement au quotidien, cette paix que je n'ai jamais souhaitée en tant que telle, martelant le monde en acharnée au grand dam de mes chers aimés, nerveuse, tant d'autres, crevant de misères assassines, crevant de cynisme ou de larmes. Famille de ouf, je ne te hais point.

Mais si je t'aimais comme une aspiration au calme, toutes choses équivalentes entre elles, je mourrais de ne savoir vivre.

Publié par Cosmic Dancer à 03:59:50 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (3) |

Ne me demande pas pourquoi | 27 décembre 2007


Parfois, comme une lame déchirant l'espace, l'envie de silence sera la plus forte
D'un coup, il n'y aura plus rien.

Publié par Cosmic Dancer à 22:27:02 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (1) |

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