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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice

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Vivement la retraite | 21 mai 2008


- Comment se fait-il que l'humanité courre ainsi à sa perte sans réagir que localement, individuellement, au mieux.
- On est foutus.
- Manifestement.
- Personne, même dans les pays les plus riches, ne vivra jamais comme avant.
- Sans doute quelques privilégiés, un temps. Une réalité qui ne semble pas encore affecter vraiment nos territoires. La politique hexagonale cela dit va dans le sens du désastre.
- En privilégiant le modèle économique à l'origine des déséquilibres globaux, c'est certain. Mais c'est pas une raison pour ne pas aller manifester demain.
- Economique, politique et moral. Mea culpa, je déteste crier, j'aime pas les slogans et je suis agoraphobe, mais il se peut que je fasse un effort pour le comptage.
- Ça te prend souvent ?
- Quoi ?
- De penser au chaos mondial qui s'annonce.
- Il ne s'annonce pas, il s'étend, accélère. Oui, sans doute j'y pense constamment.
- Autant se tirer une balle.
- Non, plutôt relire certains romans.
- Tu n'es pas très aimable.
- Ai-je prétendu le contraire.

Il m'est devenu impossible de croiser le regard d'un enfant ou d'un adolescent sans éprouver un chagrin coupable. Impossible de me réjouir d'une naissance ou de la simple idée de donner vie qui rend baudruches les jeunes amants. Je ne veux qu'embrasser les fronts diaphanes de ceux que j'aime où dorment autant de ruses, de rêves et d'appétits que de tourmentes, protégés de la faim, des maladies et des bombes.

Oui oui, j'ai bien conscience de l'extrême platitude d'un tel constat qui aurait pu s'apparenter à un "cultivons notre jardin" avant que n'ait été adoptée la loi sur les cultures gm dont on m'a appris aujourd'hui que des paysans russes (?) auraient abandonné les leurs après les avoir testées pour nous. (On pourra toujours objecter que la patrie du tsar, de Staline et de Poutine n'a aucune leçon à donner.) Qui pourrait aussi s'apparenter à un "chacun chez soi à s'occuper des siens, c'est déjà bien", voire à un "je travaille à m'aimer pour mieux aimer autrui ensuite, ça occupe déjà mes journées".

La question qui se pose donc est la suivante : cette dichotomie extrême entre la réalité du monde tel qu'il s'éteint (car rassurons-nous, notre espèce en entraîne tant d'autres dans sa perte qu'on ne s'accusera pas d'égoïsme) et la légèreté charmante des saisons jolies, des marches du Festival, conjuguée à ces petits bonheurs quotidiens tels qu'un vol d'hirondelles - une vieille chanson ? -, un voisin serviable, une bonne bouteille et autres plaisirs terrestres ("on n'a qu'une vie et il nous a été donné d'en choyer la qualité") conduit-elle nécessairement à 1) Perdre tout sens de l'humour ? 2) Devenir gauchiste ? 3) Se vautrer dans la débâcle sexuelle ? 4) Réciter des mantras ? 5) Parler ? 6) Se taire ?

Publié par Cosmic Dancer à 20:25:09 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (6) |

Parfois je ferme les volets | 18 mai 2008


Parfois je ferme les volets et ne les rouvre que pour les plantes et leur exigence de lumière, ne souhaitant plus rien connaître ni même le vide chéri du ciel.

Comment les revoir, Carolyn et Caroline, si je ne me décide pas à leur téléphoner. Comment faire et pourquoi. Comme si à la magie de la rencontre devait succéder l'implant de la durée. Je n'ai plus rien à dire, emmitouflée dans le déni, caressant la paresse. Rencontre, effort insurmontable.

Pour se prémunir d'une suave indifférence aux éclairs de bonté que la vie distille parfois, se rendre sur le port armée d'un panier, y choisir un melon, s'y offrir des crevettes, y acheter un journal, se poser en terrasse au café qui fait l'angle, siroter un express allongé, s'enivrer des silhouettes dont les ombres lointaines ne semblent pas avoir changé. Choyer ces habitudes de vieille dame, faire semblant de ne manquer de rien, balancer des sourires, se montrer cordiale.

Qu'as-tu délaissé en chemin.
Avec quelle conviction de fantôme dévoré par la fièvre étais-tu apte à t'abandonner, comment faisais-tu. Cette nuit-là par exemple, dans la supplication fougueuse du docker finlandais au physique contrarié par la nature, ce visage rond, ce cuir chevelu déformé par l'alopécie dont le sommet me saluait l'épaule, ce poids de la chair où la graisse danse autour des hanches, cette absence d'yeux, absence de lèvres, absence de menton, de mâchoire. Un cargo bahamais chargé de bois d'Afrique du Sud et se dirigeant vers la Chine mouillait au large de la baie de Saint-Paul dans un rayon de sécurité de trois cents mètres. Un marin roumain y était décédé, emporté par un virus inconnu. Des équipes sanitaires surveillaient un marin indien touché par les symptômes. Au loin la masse inquiétante du navire demeurait immobile depuis une semaine sur ordre d'un arrêté préfectoral. L'île tremblait.
Quand ce que l'obsession du corps nomme ingratitude laisse percer le mystère de l'aveu. L'île tremblait de peur et je m'asseyais sur la plage, contemplant l'écart de couleur abstrait entre les lignes noires du bâtiment à cette distance et celles, brumeuses, de l'horizon. Il avait fallu une semaine au docker finlandais pour que son voyeurisme à mon endroit, d'abord jugé d'une double colère - ma frustration pure démasquée, ses pupilles sexuelles irritantes, basiquement excitantes -, son insistance à s'asseoir chaque matin et chaque soir au bord de la piscine où je nageais, ne me quittant pas des yeux, avide, porcin, je peux te dire que je l'ai chargé en qualificatifs furieux dans le silence de mes airs de vestale - se mue en reconnaissance tranquille.

Alors pourquoi pas le joli minet aux dents éclatantes, à la bouche ventrue et fruitée, aux épaules d'athlète, parfumé aux soins de sa jeunesse, tout d'une peau bombée sous la langue, roulé comme un apollon de marbre, délicieux sans doute à croquer, qui flâne au bar, affectant une nonchalance étudiée, le pectoral conscient de son effet sous le t-shirt rock'n roll, la cuisse ferme, le mollet doré. Le joli minet qui te sourit, avenant, sans un signe de fatigue sous les yeux, sans une ride d'inquiétude sur le front, t'offre un verre, te chante les louanges de la beauté. Palmier, cocotier, bananier, bougainvillée, cocktail exotique, manifestement chéri de l'existence, sentant bon le linge frais étendu au soleil. Jardins édéniques, demeures seigneuriales, aimante et folle végétation, chambres d'amis à tous les étages, argenterie séculaire, fauteuils de velours, hamacs de toile, nécessaire rangé dans les dépendances pour le surfing et le shipping, le parapente et la plongée. Pourquoi le docker finlandais pataud, sans grâce apparente, au prénom indéfinissable.
Nuit de débauche, crudité parfaite, nous avions des comptes à régler corps à corps. Violence brutale des exilés. (Parce que les putains de dieu ont pour charge de s'offrir aux déshérités.)

Nous y avions quand même mis les formes, invités à un concert en plein air dont nous nous sommes enfuis pour enquiller des Dodo piquées de bouchons bien épicés et sans rien trouver à nous dire. Ce n'était pas nécessaire. I know what you need. I need it too. You don't have to make me get drunk.
La belle énergie de la tendresse tapie dans sa chair carcérale, solitude affranchie de toute amertume. La colère m'a abandonnée quand j'ai lu la détresse sur sa peau, aussi miséreuse que la mienne, prête à imploser sans retour sur cette terre incongrue que le volcan régit. Spasmes fous crachant le basalte à l'assaut de la mer, lave incandescente, langues crantées d'or et de cuivre en guerre contre le firmament.
Au lever du soleil le Clipper Lancaster a poursuivi sa traversée.

- Nous pensons la même chose de cet endroit magique : ici c'est paisible mais vivant, dis-tu si belle en ton sourire.
Rencontre, effort insurmontable.

Publié par Cosmic Dancer à 10:21:30 dans Petites histoires | Commentaires (7) |

Maldoror | 14 mai 2008



J'ai reçu la vie comme une blessure,

et j'ai défendu au suicide de guérir la cicatrice.



Isidore Ducasse, dit Comte de Lautréamont.

Publié par Cosmic Dancer à 22:13:57 dans Ce goût des autres | Commentaires (7) |

Non, Karajan n'est pas d'origine arménienne | 12 mai 2008

Pour ceux qui douteraient encore de ce qu'est le Hezbollah, cette mise au point de WIL.

Essayons d'ouvrir les yeux. Nous sommes face à un conflit où les forces en présence se définissent non pas par leur programme politique (quoique...), mais par leur appartenance à un clan, leur croyance dans un rite, leur allégeance à un chef de guerre. Comment analyser, avec des repères occidentaux ou "développés", la situation libanaise ? Quand j'évoque la ressemblance entre Nasrallah et Hitler, entre le hezb et les SS, Amal et les SA, 14 mars et le KPD (non, ça c'est pas bon), je me fais critiquer au prétexte qu'on en est limite au point Godwin. Pourtant, l'histoire a l'air de se répéter, mais le présent est trop confus à nos yeux pour qu'on puisse en tirer une quelconque sagesse, d'où la nécessité d'utiliser des repères du passé. Bon, 1 point Godwin quand même. Donnez-le à qui vous voulez.

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Qui veut quoi au Liban ? Chacun veut le pouvoir, on l'a compris. Mais pour quoi faire ? Le seul à n'avoir jamais menti sur ses intentions une fois qu'il serait installé reste le hezb qui n'a jamais caché qu'il verrait d'un bon œil, à condition que tous les Libanais en soient d'accord, l'instauration d'une république islamiste chiite. Mais Aoun, Geagea, Hariri et consorts ? Quel Liban souhaitent-ils pour l'avenir ? Imaginons que nous sortions de cette crise avec un gouvernement de consensus ou de nouvelles élections qui, ô surprise, donneraient un nombre de députés tel aux forces de l'opposition qu'elles deviendraient la majorité. Que se passera-t-il ? Les Libanais vont-ils accepter de payer, horreur, des impôts ? De s'accorder sur la nécessité d'obtenir des transports en commun et des espaces verts multiconfessionnels ? Vont-ils s'apercevoir de la nécessité d'un service public fort, ossature d'une société civile diverse mais unie ? On peut en douter, et quand je vois les combats entre miliciens au Liban, ce qui m'inquiète le plus, c'est l'après, quand les canons ne tonneront plus et qu'il faudra reconstruire ensemble ce qui n'a jamais existé.

Au Liban, on présente souvent son identité avant d'exprimer son opinion : Moi je suis chrétien MAIS je comprends le hezb, ou moi, je suis chiite, MAIS je ne soutiens pas Aoun. Tout est basé sur l'appartenance géographique et communautaire. Mais tout se fonde aussi sur la crise en ce sens que l'appartenance clanique est définie par le rejet de l'autre : le sioniste, le chrétien, le musulman, l'occidental, l'étranger, etc. Ce n'est pas propre au Liban, mais c'est un pays qui exacerbe cette micro-appartenance devant les nombreuses différences que chacun va se trouver avec l'autre. Les combats prendront fin, éventuellement. Mais sur les ruines, quel drapeau brandir ? Le plus simple serait de laisser le hezb triompher : son étendard clame, ce qui est plutôt pratique, que dieu est avec eux. Comme les nazis autrefois qui arboraient un fier "Gott mit Uns". Et voilà, un 2ème point Godwin.

Publié par Cosmic Dancer à 18:23:17 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (2) |

J'aime la littérature | 10 mai 2008


Photo et questionnaire dx2.

Question 1 : - T'es célibataire ?
- Heu... ouais...
Question 2 : - T'as une photo ?
- Heu... ouais...
Question 3 : - T'as une photo en pied ?
- Heu... ouais...
Question 4 : - T'as une photo en pieds nus ?
- Heu... ouais...
Question 5  : - Tu fais quoi au mois d'août ?

Il paraît que lorsqu'on meurt on perd 21 grammes. Qu'est-ce qu'on perd. Qu'est-ce qu'on gagne. (Sean Penn - Alejandro Gonzales Inarritu - 21 grammes)

Publié par Cosmic Dancer à 20:06:15 dans Instantané | Commentaires (2) |

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