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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice

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Larmes de la restructuration | 04 septembre 2008


En partant tu m'embrasses, tu me souhaites de dormir quand même. Tes joues encore colorées des vacances, ces congés payés qui ont chronométré tes jours depuis environ dix ans, tu as quoi, tout juste la trentaine. Ton regard hébété, jamais tu n'aurais pu imaginer que ce serait un jour à toi que cette chose-là arriverait. Tu trembles un peu. C'est encore un écran de cinéma, un mauvais rêve. Demain tout va changer, tout sera au poste, en place.

Et moi je te réponds tout sourire eh bien, j'en ai vu d'autres. Peur de rien. Des bagages, des changements, des pertes, du manque d'argent. Pas pour autant que je te tiendrai le discours des déhairhaches sur la mobilité. Ce n'est pas de ça que j'ai peur.

Toi non, toi non et toi non plus vous ne savez pas. Cette vie, vous la viviez ainsi, ici. Cette vie que je n'ai jamais désirée, la tienne, la vôtre, me contemple, désarmée. Corps nu, innocent, fragile. De l'innocence à la bêtise, en moi la révolte et l'ennui, le chagrin le dispute au sarcasme. Comment, vous ne saviez pas. Comment, vous ne savez pas ! Les souvenirs m'encombrent. Ne demeure que ton visage, celui d'un condamné abasourdi par la sentence, précurseur qui s'ignore.

La violence qui t'étreint n'est pas de son fait à lui. Cette violence m'est soudainement pire, comme celle des rescapés. Je pars fumer comme si la cigarette allait faire œuvre. Sa fumée t'apaiser en silence.

Et l'inconnu à cet instant, avec son enthousiasme et ses questions.

Je ne peux pas écrire ce soir.

Tout fuit.

Publié par Cosmic Dancer à 21:03:58 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (14) |

Ma fille, puisque tu m'interroges | 03 août 2008

"Ma fille, puisque tu m'interroges je vais tenter de te répondre et je ne le peux pas. Je ne peux pas supporter le souvenir de la guerre d'Algérie [où mon père, troufion de base, a été appelé comme toute sa génération], où j'ai vu des amis les couilles coupées sanguinolentes au fond de leur gorge [cette image monstrueuse dont tant partagent le souvenir impossible et qui s'éteint comme un feu de cheminée après une longue veille où l'on aurait conté n'importe quoi aux enfants, les flammèches odorantes crépitant, venant lécher les orteils, pourvu que ce soit dicible], où je sais les crimes de l'OAS torturant les contrevenants [mon père honnit les brutes de l'oas], où je comprends le désir du FLN de se débarrasser de l'occupant [mon père se souvient de son père pendant la seconde guerre mondiale, grand-père, communiste avant que de savoir les crimes du stalinisme, très tôt, après jamais plus, cégétiste encore à l'époque, de la confrérie des métallurgistes, après jamais plus, trahi en sa conviction, entaulé à la Gestapo, évadé en tuant un gardien, et la suite, et la suite, longue histoire d'un espion à gueule de star hollywoodienne vouant à jamais une détestation incompréhensible pour moi aux Anglais, pendant que grand-oncle d'adoption qui avait refusé d'effectuer le STO tentait de survivre dans le camp de concentration d'Orianenburg, bouffant du rat, se carrant dans les latrines et détournant son regard tendre des morts qui gisaient dessus et dessous lui, lui, mort jeune encore il y a moins de vingt ans, le cœur abimé, le cœur souffrant, jamais guéri], où je sais les crimes du FLN assassinant les contrevenants [mon père ne peut supporter les crimes, d'où qu'ils proviennent, bien qu'il eut dû endosser un uniforme et faire la guerre, à peine sorti de l'adolescence], tu connais le nom du survivant à ces massacres qu'il a organisés lui-même, ma fille, n'est-ce pas [Bouteflika, papa], où je vois les crimes des islamistes égorgeant les contrevenants [père, cette langue, cette culture, ces hommes, ces paysages que tu respectes et estimes tant, arpentant le désert avec eux comme un gosse émerveillé amoureux de la terre entière]. Je n'ai pas de réponse, ma fille. L'être humain prouve ses capacités barbares au long de l'histoire [merci, je ne peux pas m'arrêter à ça]. Tu devrais profiter des plaisirs de la vie et nous pardonner pour le reste. [Je sais que tu n'as tué personne, que tu as porté l'arme et vomi, non comme un lâche mais comme un homme se portant au secours des siens, écœuré, hanté dans tes nuits, dans tes jours, par des visions insurmontables si n'était l'amour de maman, qu'il te fut difficile de survivre à ce dont, muet encore, muet toujours, tu fus témoin et ce dont personne aujourd'hui encore ne parvient à parler, ou peut-être as-tu tué, je ne le saurais pas, quand bien même.]"

Les plaisirs de la vie, père ?

Publié par Cosmic Dancer à 23:00:13 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (5) |

Grand frère is watching me | 27 juillet 2008



La société totalitariste d'Orwell est souvent invoquée par la société citoyenniste s'exprimant sur Internet pour décrire l'ensemble des mesures liberticides considérées comme nocives (le passeport biométrique, l'empreinte génétique), tandis que d'autres sont réclamées à grands cris, de l'ordre de ce que le regretté Philippe Murray nommait "l'envie du pénal", et alors même qu'elles procèdent d'une logique de contrôle identique (je pense ici à l'interdiction de "diffamer une religion"), mais également, selon l'analyse répandue de ce chef-d'œuvre d'anticipation, pour décrire une coercition mentale infligée par un pouvoir politique suprême aux membres qui composent son Etat. Le processus totalitaire décrit par le romancier s'inspire directement des systèmes nazi et stalinien et l'on pourrait, en ce sens, être fondé à penser d'une part que ces temps historiques sont révolus mais que d'autre part aussi la mondialisation des échanges économiques représente ce nouveau totalitarisme contre lequel s'érige principalement l'altermondialisme. Ou "autre mondialisation", sorte d'Eden des échanges entre populations que rien ne distinguerait plus les unes des autres dans leur approche de l'amour universel devant présider à son avènement. Cette autre mondialisation, Homo Forumus la met en œuvre sous l'aile de la défiance et de l'anticipation car tacitement, tout ce qui n'est pas dit est aujourd'hui nécessairement "rampant" ou "rentré". Autrement dit à débusquer avant que d'être, sous la forme d'un serpent fabuleux ou d'une arme sous le manteau.
Ainsi, avant même que soit énoncée une parole, le soupçon pèse déjà sur son énonciateur quant à l'-isme, au -phile, -phobe, -âtre, voire -mane à venir. C'est à l'occasion de l'anodine mais désastreuse "affaire Siné" que j'ai pu découvrir, par exemple, élaboré sur la thèse de Jean Robin relative à la "judéomanie" le superlatif "judéolâtrie", tandis qu'un auteur catholique se voyait qualifié sans la moindre ironie de "religiomane". Mais l'induction nécessite preuve. Homo Internetus pratique donc fiévreusement le googling, utilisation intempestive de l'archiviste mondial qu'il combat par ailleurs courageusement pour son caractère intrusif, débusquant un "post" au détour d'un forum ou d'un blog avec un zèle que l'Inquisition elle-même n'aurait certainement pas renié pour disqualifier son frère en citoyenneté certes, mais néanmoins adversaire à abattre d'un seul clic. Un peu comme un accusateur public rivé au balai d'une sorcière qu'il pourchasse en volant au motif qu'elle lui reproche de lui dérober ses poudres d'accusatrice publique. Faut suivre...

Il me semble donc pour ma part que dans l'œil nouveau de Big Brother gît la poutre dont le citoyen voit la paille dans celui de l'Etat et des puissances occultes d'un Mal inqualifiable qui ne saurait en conséquence être autrement circonscrit dans l'Enfer où il fourbit sa "haine" de la liberté et de la fraternité que par des formules aussi nébuleuses que magiques ("le pouvoir", "les médias dominants"). L'époque est à tous les soupçons, et le florilège d'expressions pour le dire révèle une confusion emprunte d'une paranoïa aussi intense que le besoin corollaire d'expliquer l'inexplicable, en l'occurrence un point de vue différent.

La confiance accordée aux médias traditionnels (plus précisément à la presse écrite non magazine) a souffert, semble-t-il, en France, du grand schisme national autour de la Constitution européenne et il semble que, depuis, le Soupçon soit devenu le mot maître, avec ses armées de gourous et d'adeptes. Si des forces politiques s'opposent, généralement déterminées par une droite et une gauche et leurs extrêmes, le lexique de ce que l'on pourrait, pourquoi se priver, appeler "la soupçonnomanie" est partagé par le citoyen "vigilant" pour qui une pensée adverse constitue au mieux "un odieux amalgame", au pire "une collaboration au Système", et entre les deux le "politiquement correct" de "la bien-pensance", formule testée, approuvée et adoptée de tous côtés à tel point qu'on ne sait plus très bien qui est le politiquement correct de l'autre et versa vice. Ce que l'on sait, c'est que la maladie, c'est l'autre qui l'a.

Ce que l'on sait, c'est que cet anathème brandi tel une gousse d'ail des temps modernes clôt toute tentative de dialogue, si tant est que ce mot désuet ait encore un sens dans le cybermonde où il s'agit bien plus souvent de traquer "le dérapage" de l'ennemi et "le mot qu'il ne fallait pas dire" que de lui opposer des arguments construits après avoir éventuellement entendu les siens. L'effort du raisonnement se traduit généralement par le copier-coller d'un article quelconque ou l'insertion d'un lien hypertextuel, comme si la Preuve de l'existence d'un Avis identique suffisait à asseoir la majesté du sien. Les liens hypertextuels en guise d'expression d'une idée me dérangent au sens où, censés, lors de la naissance du réseau mondial, enrichir un esprit curieux et ouvert par l'apport d'informations transversales ou d'approfondissements, ils s'apparentent plutôt à ce que Régis Debray (Sur le pont d'Avignon) déplore d'absence de lien, précisément, au sens d'une série de strates de lectures dont le sédiment enchante l'esprit comme aussi bien il le torture. L'immédiateté de cet Actuel de l'hyperlien érigé en argument ultime et en fin de non-recevoir s'oppose précisément à la lenteur de temps que réclame la pensée et au bonheur qu'il y a à se livrer aux livres.

C'est ici qu'intervient un autre paradoxe dont souffre Homo Forumus. On l'entend décrier le bougisme et le sens de l'insulte présidentiels, tandis que dans le même temps il rôde sur les forums, le doigt sur le clavier, prêt à lancer ses foudres sur le premier mal-pensant. Or comme il est toujours le mal-pensant d'un autre lui-même dont l'argumentation repose aussi sur les liens bleus et le googling, l'exercice se résume à dégainer le premier et finit par rendre ce Sisyphe des temps modernes quelque peu schizophrène. Il ne sait plus qui a offensé qui, ni si Dieu ce ne serait pas lui et lui l'ordonnateur de son châtiment propre.

La torture est cruelle, mais le Soupçon l'abrège.

Publié par Cosmic Dancer à 21:33:46 dans Inaimables humeurs | Commentaires (0) |

Alerte : hécatombe d'humoristes en France | 22 juillet 2008


Charlie Chaplin - Les Temps modernes.

Attaqués de toutes parts, les meilleurs humoristes français subissent depuis quelques années une ostracisation croissante. Principalement ceux qui, tels des La Fayette des Temps modernes, font de leur corps martyr un rempart contre une pensée liberticide qui ne les trouve pas toujours très drôles.

La France, célèbre dans le monde entier pour la finesse de ses humoristes contemporains que jalousent les Kazakhs n'ayant que Borat et les Américains que Woody Allen et Aron Kader à leur opposer, la France relève enfin fièrement la tête de la grisaille putride où l'entraîne la censure des libertomanes. Vous savez, ceux qui seraient prêts à agonir d'insultes anonymes le premier soupçon de pensée déviante. Suivez mon regard. (Enfin, tout dépend de vos lectures mais certaines valent mieux que d'autres. Que dis-je. Certaines devraient être proscrites. Ainsi, il est tout à fait malsain de lire tout à la fois Finkelkraut et Soral, par exemple, surtout si vous cachez une Bible sous votre matelas. Comme d'écouter Bach et Mozart, en gros.)

Oui, la France crée aussi. Sur ce formidable outil citoyen que sont les forums, véritable agora sur laquelle chantent toutes les libertés enfin retrouvées, elle conceptualise dès l'aurore. L'on voit ainsi fleurir une invention par jour, il suffit de se promener: de "judéomane" et "judéolâtre", le lexique n'est guère long qui conduit cette semaine jusqu'à l'amoureux "sinéphile". Non, pas l'amoureux du septième art, celui-ci s'écrit avec un "c". Ni non plus le passionné de race canine, qu'on appelle cinophile. Le défenseur du droit de la France à rire. Que dis-je, l'ordonnateur du devoir de la France à rire.

On ne vous a rien dit ? Alors je transmets l'information.
Dans cette France aujourd'hui l'on tente de bâillonner l'irrésistible besoin de rire qui serait le propre de l'homme. On se souvient avec émotion de la manière dont Bigard, à l'aise dans son slip, décomplexé, a été violemment conspué lors de son Vatican Tour. On n'ignore pas non plus au prix de quelles contorsions révolutionnaires Dieudonné, héroïque, emplit chaque soir la jauge de la Main d'Or, son théâtre privé. Et combien il est périlleux pour un Christian Clavier, pire encore pour un Guy Bedos, de s'exprimer en public.
C'est qu'on ne nous la fait pas à nous, citoyens vigilants.
La bataille qui se livre aujourd'hui, c'est la lutte finale de l'humour. Sinéphiles contre Charliphiles. David contre Goliath. Néo contre Smith. L'infiniment petit contre l'infiniment grand. Un combat homérique dont le Citoyen sort grandi, armé chacun de sa juste Cause.

Dans le brouhaha de cette farce sinistre et désastreuse, où Claude Askolovitch et BHL auraient pu s'abstenir de commenter aussi gravement, et Philippe Val, en tant que rédacteur en chef, lire une chronique de son journal avant qu'elle ne soit publiée, deux voix heureuses se font entendre. Celle d'Elisabeth Lévy en son salon du Causeur et celle de Philippe Cohen sur Marianne2 .
Remarquez, les forumeurs perspicaces ont déjà promptement noté qu'ils ont des noms à peine Français. Mais ce n'est sûrement pas Pierre Desproges qui les sortira de la salle.

Publié par Cosmic Dancer à 16:34:13 dans Inaimables humeurs | Commentaires (13) |

Les mots peuvent être comme de minuscules doses d'arsenic | 21 juillet 2008

"Les mots peuvent être comme de minuscules doses d'arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu'après quelque temps l'effet toxique se fait sentir. Si quelqu'un, au lieu d'héroïque et vertueux, dit pendant assez longtemps fanatique, il finira par croire vraiment qu'un fanatique est un héros vertueux et que, sans fanatisme, on ne peut pas être un héros."

Victor Klemperer - LTI, la langue du IIIe Reich.

Publié par Cosmic Dancer à 15:09:05 dans Ce goût des autres | Commentaires (2) |

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