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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice

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Du voile encore - Lettre à Anka | 16 octobre 2007

Chère Anka,

Plutôt qu'écrire sur des aspects largement débattus suite au jugement intervenu mardi dernier et à la condamnation de Fanny Truchelut, et suite au brouhaha qui s'en est suivi où il est apparu extrêmement difficile de se déterminer tout à la fois comme :
- ne condamnant pas cette dame à titre personnel au sens où il me semble qu'elle a agi de manière très viscérale et non dans l'intention de discriminer ;
- ne désirant pas revenir sur un jugement que je trouve très sévère, étant donné que je pense simplement que ce différend aurait dû se régler entre les parties ou, à défaut, devant un tiers conciliateur, ainsi en va-t-il normalement des problèmes de commerce ;
- ne se décidant pas à lui offrir un soutien au nom du droit des femmes, parce qu'on ne peut décemment affirmer les défendre en les violentant - oui il existe une violence double, celle de la demande du retrait en est une au sens où Horia Demiati et sa mère, surtout sa mère, dirais-je, et je pense là à ces femmes relativement âgées qui n'ont pas eu accès aux études et s'estiment en devoir de représenter une tradition qu'elles portent comme part de leur identité intime, et non politique, ont nécessairement mal vécu cette exigence, celle de l'attaque en justice en est une autre, mais Fanny Truchelut, en tant précisément qu'elle entend porter haut les couleurs de la laïcité et du féminisme aurait eu comme devoir moral absolu de surmonter celle qui lui fut faite ;
- considérant que la laïcité n'est pas véritablement mise à mal dans cette affaire en son principe, tout en déplorant que ce voile dont j'haborre la signification se répande au nom même d'une égalité de traitement qu'il bafoue dans son essence ;
- refusant d'adhérer à une nouvelle théorie du complot selon laquelle une provocation aurait été montée de toutes pièces à l'encontre d'une innocente, car je pense qu'elle l'est sincèrement, propriétaire de gîte rural ;
- refusant de considérer que Fanny Truchelut, autre complotite, serait une taupe de Croisés ;
- refusant de la nommer par son prénom exclusivement et tirer par là le débat par où il pêche, c'est-à-dire dans un bain de stridence émotionnelle qu'il est aisé de comprendre ;
- estimant dommageable qu'elle ait été désignée comme une analphabète raciste au prétexte qu'elle n'a pas exprimé convenablement sa gêne, voire sa souffrance, profonde ;
- déplorant que sa cause ait été défendue par les intégristes catholiques, et attaquée au nom d'une lutte dévoyée contre le racisme ;
- comprenant ô combien à quel point le voile islamique choque et dérange, sauf à s'aveugler en conscience (qu'il est amusant de constater que de belles âmes scandalisées par la condition des Afghanes sous leur burqa au temps honni des talibans supportent au nom de la tolérance la même tenue en Europe) ;
- sachant que de noirs imbéciles sont encore capables de jouer une équivalence string-voile tellement hors de propos qu'on n'a qu'une envie, leur rire sauvagement à la barbe, quand bien même ils n'en portent pas ;
- sachant que les partisans d'une laïcité décrite comme un intégrisme antireligieux ne rêvent que de remettre en cause ce principe politique garantissant une vie commune ;
- sachant que des voix s'affirmant féministes se font entendre dans l'intention de prouver que le voile est libérateur, et crachent sans sourciller sur des femmes aussi courageuses que Talisma Nasreen et Ayaan Irsi Ali, ou encore Tchadortt Djavann, toutes celles qui ayant vécu cette oppression s'en sont non seulement libérées mais ont, au péril de leur vie, témoigné de leur condition de femmes dans un islam rigoriste ;
- j'allais oublier ce discours selon lequel les "Occidentales" (de qui parle-t-on, à propos de "racisme") s'estimeraient "supérieures" (mon Diable, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils disent !) aux femmes voilées, traînant ainsi en longueur un complexe colonial (forcément...) et capitaliste (de préférence...) ;
- m'inquiétant comme beaucoup de ces reculs multipliés (piscines, cantines, livres scolaires, hôpitaux, accompagnement scolaire) au nom de l'accommodement raisonnable, au nom de la lutte contre le "laïcisme", au nom des "droits de l'homme" dévoyés dans leur essence même !
Plutôt qu'écrire sur ce que tu as comme moi lu partout à cette occasion, je t'écris cette lettre destinée aussi à Marie-Pierre, à Aurélia, à Laurence, à ma mère, à ma sœur K. et à quelques amis qui la liront ici.

Je ne suis ni avocate ni juge.

Je voulais te faire remarquer qu'un détail de langage révèle tout ce que je pense. Ecoute bien les discours des défenseurs du voile. Il y est question de "la femme", la femina, la femelle, ce bloc monolithique archétypal hormis dans ses attraits physiques que renifle Don Juan.
En tant donc que ce qu'est cette femina, l'uomo sera. Définitivement prisonniers du déterminisme génétique et du hasard de la naissance. Barbie et Ken pour l'éternité. Tenus de rejouer le sexe beau et le faible, le pur et l'impureté.

Publié par Cosmic Dancer à 22:29:02 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (46) |

A nos fantasmes | 15 octobre 2007


On devrait toujours être légèrement improbables.



Oscar Wilde, Aphorismes.

Publié par Cosmic Dancer à 16:38:21 dans Ce goût des autres | Commentaires (13) |

Disconnexions | 11 octobre 2007


Deux ans en janvier que j'aurai découvert les blogs, je n'utilisais que les boîtes aux lettres et les sites de recherche d'emploi. Deux ans presque que je suis rivée à la Toile, explorant au rythme des influx électriques qui transforment un cerveau humain en dédale d'alertes, fonction "on" en rut jusque dans les cauchemars nocturnes, ces lieux étranges où fleurit l'expression porno chic de la moindre velléité à dire, déchetterie de mots à l'échelle de l'humanité, extension du domaine du soi la gueule ouverte dans ce grand fleuve contaminé où les panses bouffies des poissons se confrontent enfin à la péroraison factice d'un ciel serein. Prières de damnés. Floraison d'images niaises, de dégueulis verbeux, de rondes fières d'être analphabètes, ballets de revendications, thérapies pédagogisées de l'injure, vomissures, petits pets puants d'actualité, j'ai cru au média citoyen, à la création collective, résistance de noyé étouffé par ses glaires, je m'agitais fatalement dans le vide.
Depuis quelque temps ce chaos m'affecte.
Depuis peu, il me répugne. Le "cas Truchelut", dernière requête sur Google, m'accable. Pendant que tournent les béatitudes comme des joints, les infamies aiguisent leurs armes. Ce bruit, merci Aounit et bravo, infect incendiaire, on vous en sera à jamais reconnaissants, ce bruit me terrorise.

Publié par Cosmic Dancer à 14:19:03 dans Déversoir à gros mots | Commentaires (10) |

Sagesse populaire | 08 octobre 2007



- Tu sais, c'est con de souffrir pour rien.

- T'as raison. Quitte à en chier, autant que ce soit pour tout.




Petit précepte du jour en réponse aux âmes bienveillantes.

Publié par Cosmic Dancer à 20:54:36 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (7) |

Nouvelle fracture autour du voile | 08 octobre 2007

Comme le remarque avec pertinence Caroline Fourest dans son dernier billet, "la clarification est un combat" : l'affaire Fanny Truchelut cristallise les opinions, divise les laïcs et peut nuire à la cause du féminisme. Sur pas mal de forums, certains s'en sont déjà emparés pour continuer à disqualifier cette lutte.

Un petit rappel pour ceux qui n'ont pas suivi cette histoire. Fanny Truchelut, propriétaire d'un gîte rural, a reçu des arrhes de la part de clients qui souhaitaient y séjourner. A leur arrivée, constatant que deux femmes étaient voilées, elle leur a demandé de retirer leur voile dans les parties communes du gîte pendant leur séjour, ce que celles-ci ont refusé de faire, décidant de ne pas y loger, récupérant leur chèque d'arrhes et promettant un procès. Poursuivie pour refus de fourniture d'un bien ou service pour motif ethnique, racial et religieux, Fanny Truchelut, jugée le 2 octobre, encourt six mois de prison avec sursis et 1 500 euros d'amende. Le jugement ayant été mis en délibéré, il sera rendu demain.
Soutenant l'accusation : le MRAP, la Licra locale et la LDH.
Du côté de la défense : Alexandre Varaut, membre du MPF, et Riposte laïque, fondé par des anciens de Res-Publica.

Accusées de racisme par les plaignants, Fanny Truchelut et ses soutiens (particulièrement Anne Zelenski et Annie Sugier, féministes historiques créatrices du premier refuge pour femmes battues) rappellent que leur combat pour l'égalité hommes-femmes passe par la lutte contre le voile islamique.
A l'heure où la République, selon les vœux de not'président, prenant en considération le fait religieux, s'apprête à "toiletter" la loi de 1905, il est effectivement grand temps pour les laïcs comme pour les féministes anti-voile de s'interroger sur leur engagement et sur le sens de leur combat.

C'est toute la question que me posait récemment une amie, torturée par ses doutes, et qui la formulait ainsi :

Je ne comprends plus ce que signifie la laïcité, j'ai peur de la considérer comme une manifestation de l'athéisme parce que je suis athée, et parce que je réagis de plus en plus mal quand je croise de plus en plus de femmes portant le voile, ça m'insupporte et ça me blesse en tant que femme. Je me vis comme une laïcarde, je ne parviens pas à me positionner, donc je tolère toutes les revendications religieuses et j'essaie de garder le calme en moi.

Où allons-nous ?

Publié par Cosmic Dancer à 12:45:41 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (68) |

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