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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice

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A nos fantasmes | 15 octobre 2007


On devrait toujours être légèrement improbables.



Oscar Wilde, Aphorismes.

Publié par Cosmic Dancer à 16:38:21 dans Ce goût des autres | Commentaires (13) |

Disconnexions | 11 octobre 2007


Deux ans en janvier que j'aurai découvert les blogs, je n'utilisais que les boîtes aux lettres et les sites de recherche d'emploi. Deux ans presque que je suis rivée à la Toile, explorant au rythme des influx électriques qui transforment un cerveau humain en dédale d'alertes, fonction "on" en rut jusque dans les cauchemars nocturnes, ces lieux étranges où fleurit l'expression porno chic de la moindre velléité à dire, déchetterie de mots à l'échelle de l'humanité, extension du domaine du soi la gueule ouverte dans ce grand fleuve contaminé où les panses bouffies des poissons se confrontent enfin à la péroraison factice d'un ciel serein. Prières de damnés. Floraison d'images niaises, de dégueulis verbeux, de rondes fières d'être analphabètes, ballets de revendications, thérapies pédagogisées de l'injure, vomissures, petits pets puants d'actualité, j'ai cru au média citoyen, à la création collective, résistance de noyé étouffé par ses glaires, je m'agitais fatalement dans le vide.
Depuis quelque temps ce chaos m'affecte.
Depuis peu, il me répugne. Le "cas Truchelut", dernière requête sur Google, m'accable. Pendant que tournent les béatitudes comme des joints, les infamies aiguisent leurs armes. Ce bruit, merci Aounit et bravo, infect incendiaire, on vous en sera à jamais reconnaissants, ce bruit me terrorise.

Publié par Cosmic Dancer à 14:19:03 dans Déversoir à gros mots | Commentaires (10) |

Sagesse populaire | 08 octobre 2007



- Tu sais, c'est con de souffrir pour rien.

- T'as raison. Quitte à en chier, autant que ce soit pour tout.




Petit précepte du jour en réponse aux âmes bienveillantes.

Publié par Cosmic Dancer à 20:54:36 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (7) |

Nouvelle fracture autour du voile | 08 octobre 2007

Comme le remarque avec pertinence Caroline Fourest dans son dernier billet, "la clarification est un combat" : l'affaire Fanny Truchelut cristallise les opinions, divise les laïcs et peut nuire à la cause du féminisme. Sur pas mal de forums, certains s'en sont déjà emparés pour continuer à disqualifier cette lutte.

Un petit rappel pour ceux qui n'ont pas suivi cette histoire. Fanny Truchelut, propriétaire d'un gîte rural, a reçu des arrhes de la part de clients qui souhaitaient y séjourner. A leur arrivée, constatant que deux femmes étaient voilées, elle leur a demandé de retirer leur voile dans les parties communes du gîte pendant leur séjour, ce que celles-ci ont refusé de faire, décidant de ne pas y loger, récupérant leur chèque d'arrhes et promettant un procès. Poursuivie pour refus de fourniture d'un bien ou service pour motif ethnique, racial et religieux, Fanny Truchelut, jugée le 2 octobre, encourt six mois de prison avec sursis et 1 500 euros d'amende. Le jugement ayant été mis en délibéré, il sera rendu demain.
Soutenant l'accusation : le MRAP, la Licra locale et la LDH.
Du côté de la défense : Alexandre Varaut, membre du MPF, et Riposte laïque, fondé par des anciens de Res-Publica.

Accusées de racisme par les plaignants, Fanny Truchelut et ses soutiens (particulièrement Anne Zelenski et Annie Sugier, féministes historiques créatrices du premier refuge pour femmes battues) rappellent que leur combat pour l'égalité hommes-femmes passe par la lutte contre le voile islamique.
A l'heure où la République, selon les vœux de not'président, prenant en considération le fait religieux, s'apprête à "toiletter" la loi de 1905, il est effectivement grand temps pour les laïcs comme pour les féministes anti-voile de s'interroger sur leur engagement et sur le sens de leur combat.

C'est toute la question que me posait récemment une amie, torturée par ses doutes, et qui la formulait ainsi :

Je ne comprends plus ce que signifie la laïcité, j'ai peur de la considérer comme une manifestation de l'athéisme parce que je suis athée, et parce que je réagis de plus en plus mal quand je croise de plus en plus de femmes portant le voile, ça m'insupporte et ça me blesse en tant que femme. Je me vis comme une laïcarde, je ne parviens pas à me positionner, donc je tolère toutes les revendications religieuses et j'essaie de garder le calme en moi.

Où allons-nous ?

Publié par Cosmic Dancer à 12:45:41 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (68) |

Une belle rencontre | 07 octobre 2007

Un malheur n'arrivant jamais seul, un tien vaut mieux que deux tu les auras, j'étais partie muser dans la douceur de l'air, maussade mais heureuse de marcher, goûtant la bonté de la ville, furtive voyeuse près des fenêtres de rez-de-chaussée, humant les vies comme on respire l'air matinal, en vie, encore en vie, ces vies bourgeoises au fronton des immeubles rénovés, festives, colorées, sûres d'elles-mêmes, ces vies modestes dans des habitations modestes, avec des meubles modestes et des horaires modestes, ici intérieur chic et smart, là au mieux meubles hérités d'humbles grand-mères, vestiges désuets d'un temps où acquérir un "salon" et un "buffet" correspondait à l'expression d'une réussite prolétaire, une harmonie, des retrouvailles avec une tradition familiale plus ancienne, subrepticement transmise : un patrimoine. Mais pas à moi, par exemple, qui méprise les meubles, sauf mon lit, mon bureau, ma bibliothèque. Mais pas à moi non plus, ces espaces néo-riches où se bousculent d'autres signes, et notamment le vide. Le vide que j'aime est anarchique, il me dit "va", je lui réponds "bien, j'ai besoin de place pour danser". Et ce ciel, toujours ce ciel sans nom dont j'aime l'imbécile folle qu'il fait de moi, enfin chat, enfin lézard, enfin oiseau, personne.
Caressée par un vent juste chaud, dorlotée par les lumières violettes du crépuscule, j'allais tout à coup rassurée, mes morts veillant sur mon épaule. Leurs visages dépliés par la mémoire, des myriades de moments entre nous, des phrases, des éboulements fractionnés de phrases, leur absence acceptée, enfin, le détestable éblouissement de ceux qui restent et mangent avec les yeux, les oreilles, la bouche, avec le corps tendu dans son entier désir, sa frénésie bienveillante, sa dictature choyée - ô toi, viens là que je t'embrasse. Avec mes morts sur une épaule et mes vivants fragiles sur l'autre.
Les étourneaux en bande, évidemment - ceux-là ont toujours l'air d'annoncer les tempêtes, criards, innombrables, leur masse infime en se rassemblant crée de grands flots noirs asphyxiant l'air - chiant partout, j'ai changé de trottoir, mal m'en prit.
Le type m'avait vue arriver, et moi je l'ai senti venir. Il puait, celui-là aussi. Il transpirait l'alcool et le malheur sexuel.
J'ai serré le sac dans lequel la bouteille que je venais d'acheter se trouve. Accéléré le rythme. Lui aussi. Encore un peu plus vite. Lui aussi. Plus lentement. Lui encore. Change de trottoir, tant pis pour les crottes. Change de trottoir. Cent mètres, deux cents, trois cents, cinq cents, il marche exactement à mes côtés, épaule contre épaule, pas dans les pas, souffle dans le souffle. Je m'arrête et le regarde, il fixe mon regard, muet, les yeux glauques. Je vois.
Je vois ce que tu penses faire, mon connard, avec ton mètre quatre-vingt quinze et tes cent kilos dépassés. Je vois que tu n'as pas une seule seconde l'intention de parlementer. Qu'on est dimanche, que la nuit tombe, que les rues sont vides. Et qu'en bon prédateur d'un soir, t'as reniflé ma chiffonnade et décidé, impardonnable, d'interrompre ce chemin de chagrin que mes morts berçaient tendrement.
Sans parler, oh je sais, fais un pas de plus et dans ta tronche de misérable je vais exploser ma bouteille, un petit vin, pas bien cher mais mal embouché. Tu le sens et me fais savoir d'une lueur salace dans ta pupille de décrépit que t'en rigoles, l'avantage physique est pour toi. T'es prêt, tu crois tenir ta proie. Tout se presse en moi, nos discussions d'hier sur l'amour, tous ceux qui sont morts sans le connaître, la loterie générale, l'amour, ceux qui sont morts en l'ayant connu, ceux qui s'en fichent tant que la vie y est.
Et puis miracle, deux femmes viennent de sortir un chien, je n'ai jamais autant aimé les chiens et les femmes seules qui les promènent pour polluer crassement les trottoirs, oui, chie, petit chien, mais pas trop vite, laisse-moi juste le temps d'arriver : - Bonsoir, joli temps pour un mois d'octobre !
Et elles, ô perles, me dévisagent, comprennent en une fraction de seconde, le type vient de nous dépasser, se retourne, file, se retourne encore. M'attend au coin de l'immeuble, on le vérifiera après. La jeune femme m'invite à rentrer : - Je t'emmène chez toi, j'ai ma voiture. - Tu prends un verre ? - Non merci, en ce moment, j'ai le moral brisé. Ce qui compte, c'est de faire de belles rencontres.

Publié par Cosmic Dancer à 20:57:38 dans Inaimables humeurs | Commentaires (34) |

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