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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice

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Place de la Paix | 24 octobre 2007

En cet après-midi unique ils se savaient uniques. Uniques et respectables. Ils se savaient uniques et seuls. Le déchirement n'était pas factice, pas plus que la faim supérieure torturant leurs entrailles. Ils se mordirent. Ils ne pouvaient que se mordre et se taire. Place de la Paix, ils s'aimèrent : ils perdaient l'usage du mensonge. Place de la Paix, ils ignorèrent le monde où ils étaient blessés.

Jean-Pierre Théolier - Résidence. Z'avez qu'à chercher sur le ouèbe.

Publié par Cosmic Dancer à 13:12:48 dans Ce goût des autres | Commentaires (1) |

Peut-être qu'un jour | 23 octobre 2007

Peut-être qu'un jour nous prendrons la mesure exacte de ce pressentiment.

Lorsque nous déploierons ces "forces herculéennes que requiert la vie sentimentale". Chacun devrait pouvoir dire au monde que l'ultime courage est d'aimer et que l'amour est incompatible avec nos vues sécuritaires, empressées, candides images d'un bon élève qui a négocié ses bons points et colle sur un album des figures mièvres, douce bibliothèque bleue des temps jadis, à jamais nostalgie d'enfant sage. Voyons-nous, toujours à râler, encore tout à l'heure à la gare parce que les guichetiers œuvrent comme d'anonymes psychothérapeutes et de fugaces médecins des âmes, dévoués rassurant la vieille femme, traînant dans la conversation autant que sa jambe inutile s'affale à côté de sa canne remboursée au moindre prix car au moindre à la voir elle fut investie, s'agrippe à l'employé qui la sauve un instant de la tuerie quotidienne - non, vieillir n'est pas se trouver -, qui la sauve un instant parce qu'un instant il aime, pense à maman, à mamie, à tata, et que c'est là seulement qu'il pourra dire son empathie, sans vocable particulier, sans rien d'autre que ce temps absurde auquel il est précisément en train d'échapper, ne regarde plus son ordinateur, converse, agace la queue révoltée en silence de dizaines qui eux-mêmes fuient ce temps ou le cherchent et essaient en groupe de grogner, balançant partout des regards, en quête d'assentiment discret, mais un secret intime les en dissuade, conjuratif ainsi que ta faculté à te taire vibratile parlant, qui ne se dira jamais parce que de ce temps même ils ne voudront finalement rien savoir, comme toi, comme moi, nous le savons et refusons de le nommer. La sécurité, dans ce cas, a le goût âcre de l'impatience à consommer, à l'envie dure de machines rapides à tickets qui ne diront rien, qui ne fourniront jamais que la garantie du voyage sous condition seulement, sous condition. La carte à fric, la carte à dire que tout est normal aujourd'hui, température clémente pour la saison, trafic régularisé, sièges numérotés, jingle pénible authentifié, gueuleries habituelles sur les quais, brouhaha des histoires de valises, de places réservées, attention mesdames et messieurs le wagon-bar est à votre disposition voiture 5.

Publié par Cosmic Dancer à 21:00:02 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (11) |

Pschittttttt | 20 octobre 2007


Publié par Cosmic Dancer à 13:46:27 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (1) |

En vie | 18 octobre 2007


Avec ce ciel joyeux, ce vent tendre et cette lumière, avec l'appel du temps, je fonds rose et coule parme
Corps-sève, assouplie, l'épiderme en tension, les doigts chantants je danse en marchant, je danse en parlant, je danse en rêve aussi
Nuque folle, lèvres alourdies, hanches légères, seins arrondis
Et cette envie de jardin en bord de mer, sous la douceur d'un arbre, courtisée par la bise
Caressante du pied jusqu'aux cils, heureuse de la douceur des jours, de la douceur de vivre
Sandales blanches à brides fines, jeter
Robe de lin transparente, ouvrir
Corps libéré, courir
Vers l'accalmie de mon désir comme on plonge sous les vagues
Et bouche ouverte sur le silence
Noyer ma joie

Publié par Cosmic Dancer à 21:59:49 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (5) |

Du voile encore - Lettre à Anka | 16 octobre 2007

Chère Anka,

Plutôt qu'écrire sur des aspects largement débattus suite au jugement intervenu mardi dernier et à la condamnation de Fanny Truchelut, et suite au brouhaha qui s'en est suivi où il est apparu extrêmement difficile de se déterminer tout à la fois comme :
- ne condamnant pas cette dame à titre personnel au sens où il me semble qu'elle a agi de manière très viscérale et non dans l'intention de discriminer ;
- ne désirant pas revenir sur un jugement que je trouve très sévère, étant donné que je pense simplement que ce différend aurait dû se régler entre les parties ou, à défaut, devant un tiers conciliateur, ainsi en va-t-il normalement des problèmes de commerce ;
- ne se décidant pas à lui offrir un soutien au nom du droit des femmes, parce qu'on ne peut décemment affirmer les défendre en les violentant - oui il existe une violence double, celle de la demande du retrait en est une au sens où Horia Demiati et sa mère, surtout sa mère, dirais-je, et je pense là à ces femmes relativement âgées qui n'ont pas eu accès aux études et s'estiment en devoir de représenter une tradition qu'elles portent comme part de leur identité intime, et non politique, ont nécessairement mal vécu cette exigence, celle de l'attaque en justice en est une autre, mais Fanny Truchelut, en tant précisément qu'elle entend porter haut les couleurs de la laïcité et du féminisme aurait eu comme devoir moral absolu de surmonter celle qui lui fut faite ;
- considérant que la laïcité n'est pas véritablement mise à mal dans cette affaire en son principe, tout en déplorant que ce voile dont j'haborre la signification se répande au nom même d'une égalité de traitement qu'il bafoue dans son essence ;
- refusant d'adhérer à une nouvelle théorie du complot selon laquelle une provocation aurait été montée de toutes pièces à l'encontre d'une innocente, car je pense qu'elle l'est sincèrement, propriétaire de gîte rural ;
- refusant de considérer que Fanny Truchelut, autre complotite, serait une taupe de Croisés ;
- refusant de la nommer par son prénom exclusivement et tirer par là le débat par où il pêche, c'est-à-dire dans un bain de stridence émotionnelle qu'il est aisé de comprendre ;
- estimant dommageable qu'elle ait été désignée comme une analphabète raciste au prétexte qu'elle n'a pas exprimé convenablement sa gêne, voire sa souffrance, profonde ;
- déplorant que sa cause ait été défendue par les intégristes catholiques, et attaquée au nom d'une lutte dévoyée contre le racisme ;
- comprenant ô combien à quel point le voile islamique choque et dérange, sauf à s'aveugler en conscience (qu'il est amusant de constater que de belles âmes scandalisées par la condition des Afghanes sous leur burqa au temps honni des talibans supportent au nom de la tolérance la même tenue en Europe) ;
- sachant que de noirs imbéciles sont encore capables de jouer une équivalence string-voile tellement hors de propos qu'on n'a qu'une envie, leur rire sauvagement à la barbe, quand bien même ils n'en portent pas ;
- sachant que les partisans d'une laïcité décrite comme un intégrisme antireligieux ne rêvent que de remettre en cause ce principe politique garantissant une vie commune ;
- sachant que des voix s'affirmant féministes se font entendre dans l'intention de prouver que le voile est libérateur, et crachent sans sourciller sur des femmes aussi courageuses que Talisma Nasreen et Ayaan Irsi Ali, ou encore Tchadortt Djavann, toutes celles qui ayant vécu cette oppression s'en sont non seulement libérées mais ont, au péril de leur vie, témoigné de leur condition de femmes dans un islam rigoriste ;
- j'allais oublier ce discours selon lequel les "Occidentales" (de qui parle-t-on, à propos de "racisme") s'estimeraient "supérieures" (mon Diable, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils disent !) aux femmes voilées, traînant ainsi en longueur un complexe colonial (forcément...) et capitaliste (de préférence...) ;
- m'inquiétant comme beaucoup de ces reculs multipliés (piscines, cantines, livres scolaires, hôpitaux, accompagnement scolaire) au nom de l'accommodement raisonnable, au nom de la lutte contre le "laïcisme", au nom des "droits de l'homme" dévoyés dans leur essence même !
Plutôt qu'écrire sur ce que tu as comme moi lu partout à cette occasion, je t'écris cette lettre destinée aussi à Marie-Pierre, à Aurélia, à Laurence, à ma mère, à ma sœur K. et à quelques amis qui la liront ici.

Je ne suis ni avocate ni juge.

Je voulais te faire remarquer qu'un détail de langage révèle tout ce que je pense. Ecoute bien les discours des défenseurs du voile. Il y est question de "la femme", la femina, la femelle, ce bloc monolithique archétypal hormis dans ses attraits physiques que renifle Don Juan.
En tant donc que ce qu'est cette femina, l'uomo sera. Définitivement prisonniers du déterminisme génétique et du hasard de la naissance. Barbie et Ken pour l'éternité. Tenus de rejouer le sexe beau et le faible, le pur et l'impureté.

Publié par Cosmic Dancer à 22:29:02 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (46) |

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