Maman je parle avec les morts.
Dis-moi, tu le savais quand j'étais petite, au fond de ton ventre, maman !
Les vivants savent se taire parfois. Quand il s'agit de se relire.
Si on n'avait pas épuisé son stock lacrymal on pleurerait encore. On se voit muet. On persiste.
Maman, raconte ! Quelque chose d'anormal ? M'as-tu vraiment connue ? Avais-je la foi ? Est-ce que j'aimais ?
Je parle avec les morts et les morts parlent sans un bruit.
C'est une tentation étrange, ce silence. Tiens, tiens, encore un crâne bien lourd et pas un lieu où poser un cœur. Un cœur ! Maman, tu n'as pas oublié ? Parfois j'ai peur que tu m'aies rien mis entre les côtes. Suffit de me lire. C'est si niais et si musical. On en fait du bruit, avec les mots. On en fait en un temps record au rythme d'une saine saccade.
Faudrait peindre, peut-être, ou dormir.
On nous demande d'être fières, c'est la seule cause du mal.
L'enfant s'arrache le cœur très tôt. Il le met partout où ça bouge, en se promenant. Après il veut le reprendre, c'est long. C'est peut-être vain mais il veut essayer quand même, parce que vivre sans cœur...
A peine né on est là paraît-il gonflés de potentiels. Alors on plonge dans la connaissance et c'est bon. Mais le cœur tapi dans les prés - il y avait des criquets, je crois, des brumes pâles et humides, des collines charnues et terreuses, des chemins tortueux sous les arbres, c'était une douceur secrète et l'enfant bien élevé, bien sage, bon élève, se recueillait. Il n'avait que ça à faire, dire Amen, dire Que c'est beau, que c'est merveilleux la vie. Ça lui entrait dans l'épiderme par vagues et il la reniflait comme un chat, puis il posait son cœur méthodiquement dans un champ de blé, sur des racines de marronnier, dans la boue des chemins de fermes.
On dit d'elles qu'elles avaient "des facilités pour tout, une passion véritable, mais une étrange langueur". Elles seules savent qu'elles sont bêtes. C'est égal.
Le petit cœur battait tranquillement à côté du vélo jeté dans le fossé, et allongées sur l'herbe fraîche, mortes ou vivantes rien ne comptait.
Plus tard on nomma cela de la hauteur, de la beauté, de la grandeur d'âme et autres fadaises.
Ce qui saignait éperdument, stupidement, ça n'avait pas de nom. Ça se voyait, ça flitrait, ça créait quelques étincelles, c'était gênant comme une tique, ça démangeait. Et ça se noyait très facilement dans le vin.
Puis ça revendiquait un droit à la santé. Tout un programme.
Avant tout, cette chose ne pouvait pas se taire, mais parler ou ne pas parler ça ignorait comment être. Alors ça se faisait aider par les livres. Au fond ça continuait à bien savoir avec qui ça parlait. Et ça allait se coucher en refermant la porte.
(T'as juste besoin d'un peu de répit, pas de peur, je t'ai laissé un message vocal.)
Oui ?