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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice

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Chemins bizarres de la mémoire | 06 novembre 2007

Monsieur R, nous nous connûmes lorsque vous étiez infirmier et viviez au village. Je vins comme baby-sitter avec des choses à lire dans un sac en plastique. Vous me fîtes tout découvrir, grinçant célinien à bout de souffle. Affamée, je dévorai tout sans distinction, subjuguée, votre bibliothèque inconcevable, vos disques explosifs, vos reproductions de tableaux, vos mots durs sous votre moustache. Vous souffriez d'insupportation majeure, je le compris bien plus tard, vous étiez devenu médecin pour, médecin parce que, médecin de quartier, le pire, dans le cabinet où irait des années après ma sœur qui elle ne vous avait jamais connu vraiment, sauf de réputation, car la réputation en nos provinces fait office de laisser-passer. Mais entendait parler de vous par votre associé, furtivement admiratif, anticipant, sachant, votre associé que je n'ai jamais voulu connaître.

Vous vous pendîtes.

Je pleurai d'une rage inextinguible et d'une douleur qui ne se tarira jamais, qui jamais ne se tarira, de ne pas avoir su vous dire que vous m'aviez initiée à tout, à trouver les livres, les trouver, et que cette initiation de vous à moi m'avait fait découvrir cet homme muet et sublime qu'est mon père, qu'il était à l'époque où je le reniai, à l'époque de sa première vie, vous saviez voir. Au-delà de tout.

Vous êtes mort depuis quelques années maintenant, votre ex veuve et moi sommes restées dans ce rapport de mère-fille improbable, distendu. Je n'ai jamais eu le courage d'aller toucher votre urne. Je ne l'aurai pas, que je sache. On vous a dessiné, je sais, votre fille me l'a dit, cher docteur. On vous a dessiné, vous êtes devenu un personnage que des gens lisent comme si vous n'aviez jamais existé. Que des gens aiment comme s'il s'agissait d'un mythe. D'une image. D'une traduction de vous.

Entends-moi qui fus si ingrate. Où que tu sois, Jean-François. Où que tu sois. Un jour, je serai plus vieille que toi.

Publié par Cosmic Dancer à 21:34:05 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (2) |

Petits arrangements alimentaires | 05 novembre 2007

- Bonjour, Madame la Comptabilité.
- Bonjour, Madame l'employée.
- Je ne voudrais pas me montrer désobligeante quoique j'ai un peu les nerfs à cran, mais eu égard à ma fichelette de paie, il semble que nous devrions envisager d'avoir une conversation précise.
- Les chiffres ça ne se discute pas.
- Sauf vot' respect, Madame la Comptabilité, ils représentent une possibilité certes improbable mais éventuelle de remplir mon frigo ce mois-ci. En outre, sachant que ce n'est pas ceux que j'attendais, j'ai commandé des livres. Autrement dit, les probabilités de remplir mon frigo se sont évanouies chez divers éditeurs dont je suis solidaire, voyez à quel point, c'est un vrai sacerdoce.
- Ah mais ! Quand on travaille, on ne lit pas !
- Pas de jugement de valeur, je vous prie.
- Alors de quoi vous plaignez-vous ? On vous a retiré le trop-perçu qu'on vous avait fait l'an dernier.
- J'entends. Je me suis montrée conciliante, reconnaissez-le. L'erreur n'était pas de mon fait !
- Vous nous emmerdez parce que vous refusez les petits contrats.
- Disons que j'accepte mal d'avoir le ventre vide et autres désagréments qui s'ensuivent, j'ai l'estomac assez bruyant.
- Où est le problème ?
- Le problème est que, certes, vous vous êtes remboursé de ce trop-perçu, mais vous vous êtes embrouillée et avez oublié les deux-tiers du paiement à recevoir.
- Ah ça !
- Eh oui.
- On ne fait pas d'avances sur salaire.
- Et moi, je fais comment ? Je n'ai du coup pas les moyens de travailler pour vous ce mois-ci.
- L'avance sur frais !
- Je l'ai dépensée le mois dernier, faut attendre le remboursement.
- Vous nous gonflez.
- Quelle chance. Moi, je me vide.
- Et les Assedics, c'est fait pour qui ?
- Pas pour les gens comme moi, Madame. Pas de complément.
- Nous n'en sommes pas responsables. Et vous n'êtes pas la seule à avoir des petits problèmes alimentaires.
- Je m'en vais faire contrition pour avoir élevé le ton. Un bon petit jeûne et on n'en parle plus.
- Vous menacez d'une grève de la faim ?
- Allons, allons, je suis une employée modèle, vous le savez bien. Je me la ferme, je ne demande rien, comme tout le monde je tiens à mes fichelettes. Sale mauviette.

Publié par Cosmic Dancer à 12:02:04 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (9) |

Sur la Toile, rien n'est, le Rien est | 03 novembre 2007


Car la parole de la Toile est une de ces créatures monstrueuses et éphémères que les anciens considéraient comme des signes de quelque désordre universel. Aujourd'hui les signes abondent de cette catastrophe silencieuse, les monstres naissent et meurent en quelques secondes à peine et chacun continue à faire comme si de rien n'était.
Effectivement, sur la Toile, rien n'est, le Rien est.

Stalker - Misérable miracle.


(Et pourtant.)
Pause.

Publié par Cosmic Dancer à 20:58:52 dans Ce goût des autres | Commentaires (1) |

Paillasson | 02 novembre 2007


Vous êtes prié de vous essuyer la jactance en entrant, surtout en cas de pluie.

Publié par Cosmic Dancer à 13:59:14 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (4) |

Ramassons des champignons (c'est la saison) | 02 novembre 2007


"Paul Tibbets, le pilote américain qui largua la bombe atomique sur Hiroshima en août 1945, provoquant la mort instantanée de dizaines de milliers de personnes mais aussi permettant de hâter la fin de la Seconde Guerre mondiale avec la reddition du Japon, est mort jeudi
[1er novembre 2007] à l'âge de 92 ans.
(...)
"Si Dante s'était trouvé avec nous dans l'avion, il aurait été terrifié", a raconté des années plus tard Paul Tibbets. "La ville que nous avions vu si clairement dans la lumière du jour était maintenant recouverte d'une horrible salissure. Tout avait disparu sous cette effrayante couverture de fumée et de feu", avait-il ajouté." (AFP)


On notera qu'en faisant le choix d'employer l'adjectif numéral "second" et non "deuxième", le journaliste affiche un optimisme réjouissant, car après une seconde il n'y a jamais de troisième.

Paix aux âmes de bonne volonté.

Publié par Cosmic Dancer à 10:16:36 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (7) |

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