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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice

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La route | 07 janvier 2008

Alors ne le fais pas. Je ne peux pas t'aider. On dit que les femmes rêvent des dangers qui menacent ceux dont elles prennent soin et les hommes des dangers qui les menacent eux-mêmes. Mais moi je ne rêve plus du tout. Tu dis que tu ne peux pas ? Alors ne le fais pas. C'est tout. Parce que j'en ai fini avec mon cœur de pute et depuis longtemps. Tu parles de résister mais il n'y a pas moyen de résister. Ça m'a arraché le cœur la nuit où il est né alors ne me demande pas de la compassion maintenant. Il n'y en a pas. Peut-être que tu sauras t'y prendre. J'en doute, mais qui sait. La seule chose que je peux te dire c'est que tu ne survivras pas pour toi-même.

Cormac McCarthy - La route - Ed. de l'olivier, 2008.
(Lisez également la critique de Stalker ici.)

Publié par Cosmic Dancer à 19:52:31 dans Ce goût des autres | Commentaires (5) |

Tremblez, Girls ! | 05 janvier 2008



C'est sur ces derniers mots (least but not last) que Majelon a abandonné ses M1Om-M1Om Girls (que l'on entrevoit fringantes à l'instar de la leur, ci-dessus, avec WIL et Barns qui surveillent et Pascal qui se cache à cause de sa bouteille de rhum - quant à Sponge, il recueille les infos sous l'eau pendant que Taf taffe, donc on ne le voit pas) pour se consacrer à des activités secrètes tout en se forgeant une nouvelle identité où il tente de nous faire accroire qu'il vient d'avoir deux ans.

Ce n'est pas vrai. Il fête aujourd'hui au moins deux décennies !

Non, les filles, M1, le patron du seul bar au monde où fume qui désire s'asphyxier, n'est pas né en l'an 2006 !

Certes on pourrait le penser. Souvenons-nous : il est apparu timidement, hésitant, puis nous a gratifié(e)s d'un humour à cordes dont la finesse n'avait rien à envier à la perspicacité sur les sujets disons glamour. Et c'est quasiment religieusement qu'il nous a offert chaque matin nos éditos préférés chez l'ami WIL, avidemment commentés par des experts élyséens fébriles.

Sarak, Carlo, Ma-Jong, Suchi, tous craignent sa verve piquante dopée aux tongues qui se baignent outrageusement pratiquement toute l'année.

Longue vie au Emz !

Publié par Cosmic Dancer à 19:41:30 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (9) |

Merci patrons | 05 janvier 2008


© Leif Tande


Ils le savaient nécessairement. Un mal tel que le tien se soigne avec des traitements lourds, mais aussi avec une raison de continuer.

Ils t'ont retiré la faveur d'écrire, tu en étais encore capable, tu le leur avais expliqué.

Tu étais le meilleur d'entre eux, ça les frustrait, ces journaleux, ta plume alerte, ton petit sourire, ce côté tellement désagréable si n'avait été le rire dans tes yeux. Ça les agaçait, ta mémoire livresque et ton sens de la repartie, ta façon de fuir les assemblées aussi.

Alors quand ta silhouette immense s'est brisée dans une guerre sans merci livrée aux tréfonds de ton corps, ils t'ont jeté, te privant de ta plus belle arme.

Nous privant de tes mots à jamais.

Publié par Cosmic Dancer à 11:32:09 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (1) |

Sarcastique | 04 janvier 2008

Vous ne trouvez pas désopilant que les détracteurs de Ségolène Royal pendant sa campagne (dont je fus et demeure, mais pas dans le même esprit), forts de leur droitisme et droiture, qui criaient au scandale ou pouffaient, méprisants, lorsqu'elle évoquait une évaluation des politiques par des "jurys citoyens" - sur les forums et sur les blogs, on les lisait hurlant au retour du satan communiste et son PolitKontrol ou s'exerçant à un très-de-bon-goût cynisme autour de la misère intellectuelle qui pouvait conduire à penser que les fonctionnaires en charge du pays eussent pu devoir lui rendre des comptes - applaudissent aujourd'hui la décision présidentielle de faire auditer les capacités des ministres par le cabinet privé Mars & Co ?

Moi si.

Publié par Cosmic Dancer à 15:48:48 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (7) |

Bureau de tabac, maison brûlée | 03 janvier 2008

Dans le chaos de la bibliothèque, meuble modeste mais beau parce qu'il sent le bois et la découpe industrielle, négocié âprement - cette découpe industrieuse qui me rappelle d'où je viens et de quels efforts sans plaisir proviennent les objets qui m'entourent, dont je me fiche et m'émeus tout autant -, les doigts tout à coup animés d'une fureur indomptable caressent les tranches, s'agacent, tâtent, cherchent, bousculent, s'attardent, tremblent, trouvent, retrouvent, plus exactement, abîmé par de simples voyages intra-muros, peut-être quelques échappées, un chiffre au crayon à papier en francs toujours visible sur le dos, l'édition datant de 1988 - si jeune ? -, ce Bureau de tabac dont la suavité de la peau de papier suspend leur mouvement anarchique. En aveugle, c'est souvent au toucher que je relis mes livres.

Une carte postale beaucoup moins ancienne mais déjà jaunissante, représentant un jardin d'Orient, s'en échappe avec toute la discrétion dont les souvenirs les plus doux sont capables.

Autour, des hurlements. Un mec a mis à fond un morceau de rap et ça cogne dans les murs. C'est D. La femme du voisin fou a battu ma voisine préférée, sa femme à lui. D. monte, je l'entends, il sonne, entre direct, me demande des feuilles à rouler, me raconte, tremblant, que l'énervée a jeté C. contre les boîtes aux lettres pour se venger d'une réplique dure mais méritée, puis repart, et je l'entends hurler sa douleur et son désir de frapper l'autre. Le voisin cinglé, je le pensais calmé celui-là. J'apprends à l'occasion qu'il est connu des services de police, qu'il a déjà fait deux ans de taule, et qu'il a également, non content d'avoir défoncé ma porte, dessiné des verges érectiles sur les vitres gelées de ma voiture, jeté de l'huile sur mon palier, menacé à peu près tout l'immeuble. Je le pensais calmé et en paix depuis nos aventures extrêmes. Je dois renier tous mes fantasmes.
- Il bat ses gosses.
- Quoi ? Toi aussi, tu entends les enfants pleurer, hurler, les cris, les coups ? Je pensais être la seule. J'ai appelé les flics plusieurs fois, ils m'ont dit que j'exagérais. [Après leur enquête de voisinage avant votre arrivée, je m'y étais résolue, considérant être victime d'hallucinations sonores.]

Je sors les feuilles à rouler. D. me lance un de ses sourires de mec élevé chez les Gitans, hé !, le regard brumeux, la pomme d'Adam consciencieusement coincée, le sourire en descente brutale, vite, lui donner vite, il ne peut pas se montrer comme ça, pourtant il reste, il parle, sa voix se tend et déraille. Seule la croix baptismale cinglant de brillance entre les marques de sa virilité blonde s'affirme fiérote sous sa chemise. - T'es vraiment adorable. - De rien. [Ne te fie pas aux apparences.] - Tiens-moi au courant pour C. - Elle est aux urgences.

Je marche sur la carte postale et trébuche comme sur l'huile, la retourne. Le verso est noirci d'une écriture équilibrée, organisée en forme de spirale et sans date.

C'est elle. Isabel. Elle qui a découvert les autres, raconte, rapide, alors des scènes surgissent, ces traductions de langue sienne à la mienne, portugais-français, frénétiquement relues certains soirs d'antiques insomnies, les rythmes originaux soumis à ceux de la voix dans le silence de la chambre pour sentir dans une scansion concentrée, un dictionnaire bilingue sur l'oreiller, ce qui approche, ce qui éloigne, ces vagues toujours étranges qui s'apparentent à un ballet crucial, sorte de célébration aussi inutile qu'essentielle sous la couette en hiver quand la pluie martelle les fenêtres, métronome maternel où glissent les bruits d'autour, enfin morts, étouffés.

Elle dont les yeux crevés de bleu rendent bleue la chevelure noire. Comme C. qui les a sombres et tout aussi candides.

- Dis-moi, Henri, je pensais à Pessoa et j'avais envie de relire certains textes, récemment, le visage d'Isabel m'est revenu en mémoire, son accent, sa tristesse. Où est-elle ? On ne la voit plus.
- Son ex a brûlé sa maison, il a voulu la tuer, elle vit cachée, elle m'a parlé des livres que tu lui avais prêtés...
- Si tu la croises, dis-lui que Le Banquier anarchiste ne pense qu'à elle. Dis-lui... [Plus tard, aujourd'hui j'ai le mot faible.]
- Oui.

"Aujourd'hui je suis vaincu comme si je savais la vérité." - Fernando Pessoa.

Publié par Cosmic Dancer à 22:13:45 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (8) |

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