• Mon avocat ne se prive pas

    Les arcanes de la justice étant ce qu'elles sont, c'est dix minutes avant l'audience que mon avocat nous avait conviés - Maître Mimi, son jeune associé et moi-même, pénible plaignante - à une surprise party dans les salons d'un hôtel chic. Conciliant, il se proposait de m'offrir un café.

    Mais à chaque geste son revers. Me tendant une lettre dactylographiée, pâle comme une icône de cador des prétoires et visiblement amaigri (je m'en inquiète en silence, on ne retient pas la bonté), il s'explique :
    - Chère Madame, certes, vous m'avez déjà versé la somme de deux mille euros correspondant à notre accord initial, lequel prévoyait en outre que me reviendraient vingt pour cents des gains.
    - Tout à fait, Maître. J'imagine que cette petite lettre fraîchement imprimée et que vos doigts malingres me présentent n'est pas là pour me le rappeler.
    - Vous êtes très perspicace.
    - Je suis assez rôdée.
    - Nous avons énormément travaillé sur votre dossier.
    - Certes. J'y ai passé quelques heures innombrables ces dernières années.
    - Vous n'allez tout de même pas me demander des honoraires !
    - Si je pouvais, la question se poserait.
    - Cessez de plaisanter. Vous nous avez fait réécrire les conclusions.
    - En effet, elles correspondaient à un copier-coller. Qui plus est sans tenir compte de ma demande initiale. Je les ai donc conçues, argumentées et dictées.
    - Oui, enfin, il ne faut pas rêver ! Donc je monte à 30 pour cents hors taxe des gains, et un forfait de deux mille encore.
    - Donc je constate que, étant donné ce que vous facturez, si j'ajoute la tévéha correspondante, nous partageons les gains à 50-50.
    - Plaignez-vous ! Dans certaines contrées, j'en aurais récolté 75 pour cents !
    - Ai-je d'autre choix que de signer ?
    - A vous de voir, c'est l'heure de l'audience.
    - Bien. Et ce petit alinéa concernant l'article 700 qui est censé revenir au cabinet d'avocat ?
    - C'est souvent le cas.
    - Si je peux me permettre, Maître, je suis la seule à m'être déplacée.
    - Je concède. Je raye.
    - Jolie règle. Quelle valeur juridique, ce petit trait ?
    - Vous êtes vraiment procédurière, je vais parapher.
    - Je vous en sais gré. Et pour le recouvrement des sommes ? Combien devrai-je encore payer ?
    - Nous ne sommes pas des huissiers, ma chère. Je n'augmenterai pas mes honoraires. Mais il faudra sûrement payer.


    Je sens que j'ai envie d'un petit retour de bâtonnier.


  • Commentaires

    1
    Anka
    Samedi 17 Octobre 2009 à 00:19
    ...
    Hallucinant ou tristement banal ? j'hésite... ça ose tout, décidément... Ne sachant que dire, je t'embrasse (merci pour l'envoi, d'ailleurs, au passage, merci beaucoup).
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    2
    Samedi 17 Octobre 2009 à 00:42
    Banalement hallucinant...
    Moi aussi je t'embrasse.
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