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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice - Stèle avec des soubresauts

Parfois je ferme les volets | 18 mai 2008


Parfois je ferme les volets et ne les rouvre que pour les plantes et leur exigence de lumière, ne souhaitant plus rien connaître ni même le vide chéri du ciel.

Comment les revoir, Carolyn et Caroline, si je ne me décide pas à leur téléphoner. Comment faire et pourquoi. Comme si à la magie de la rencontre devait succéder l'implant de la durée. Je n'ai plus rien à dire, emmitouflée dans le déni, caressant la paresse. Rencontre, effort insurmontable.

Pour se prémunir d'une suave indifférence aux éclairs de bonté que la vie distille parfois, se rendre sur le port armée d'un panier, y choisir un melon, s'y offrir des crevettes, y acheter un journal, se poser en terrasse au café qui fait l'angle, siroter un express allongé, s'enivrer des silhouettes dont les ombres lointaines ne semblent pas avoir changé. Choyer ces habitudes de vieille dame, faire semblant de ne manquer de rien, balancer des sourires, se montrer cordiale.

Qu'as-tu délaissé en chemin.
Avec quelle conviction de fantôme dévoré par la fièvre étais-tu apte à t'abandonner, comment faisais-tu. Cette nuit-là par exemple, dans la supplication fougueuse du docker finlandais au physique contrarié par la nature, ce visage rond, ce cuir chevelu déformé par l'alopécie dont le sommet me saluait l'épaule, ce poids de la chair où la graisse danse autour des hanches, cette absence d'yeux, absence de lèvres, absence de menton, de mâchoire. Un cargo bahamais chargé de bois d'Afrique du Sud et se dirigeant vers la Chine mouillait au large de la baie de Saint-Paul dans un rayon de sécurité de trois cents mètres. Un marin roumain y était décédé, emporté par un virus inconnu. Des équipes sanitaires surveillaient un marin indien touché par les symptômes. Au loin la masse inquiétante du navire demeurait immobile depuis une semaine sur ordre d'un arrêté préfectoral. L'île tremblait.
Quand ce que l'obsession du corps nomme ingratitude laisse percer le mystère de l'aveu. L'île tremblait de peur et je m'asseyais sur la plage, contemplant l'écart de couleur abstrait entre les lignes noires du bâtiment à cette distance et celles, brumeuses, de l'horizon. Il avait fallu une semaine au docker finlandais pour que son voyeurisme à mon endroit, d'abord jugé d'une double colère - ma frustration pure démasquée, ses pupilles sexuelles irritantes, basiquement excitantes -, son insistance à s'asseoir chaque matin et chaque soir au bord de la piscine où je nageais, ne me quittant pas des yeux, avide, porcin, je peux te dire que je l'ai chargé en qualificatifs furieux dans le silence de mes airs de vestale - se mue en reconnaissance tranquille.

Alors pourquoi pas le joli minet aux dents éclatantes, à la bouche ventrue et fruitée, aux épaules d'athlète, parfumé aux soins de sa jeunesse, tout d'une peau bombée sous la langue, roulé comme un apollon de marbre, délicieux sans doute à croquer, qui flâne au bar, affectant une nonchalance étudiée, le pectoral conscient de son effet sous le t-shirt rock'n roll, la cuisse ferme, le mollet doré. Le joli minet qui te sourit, avenant, sans un signe de fatigue sous les yeux, sans une ride d'inquiétude sur le front, t'offre un verre, te chante les louanges de la beauté. Palmier, cocotier, bananier, bougainvillée, cocktail exotique, manifestement chéri de l'existence, sentant bon le linge frais étendu au soleil. Jardins édéniques, demeures seigneuriales, aimante et folle végétation, chambres d'amis à tous les étages, argenterie séculaire, fauteuils de velours, hamacs de toile, nécessaire rangé dans les dépendances pour le surfing et le shipping, le parapente et la plongée. Pourquoi le docker finlandais pataud, sans grâce apparente, au prénom indéfinissable.
Nuit de débauche, crudité parfaite, nous avions des comptes à régler corps à corps. Violence brutale des exilés. (Parce que les putains de dieu ont pour charge de s'offrir aux déshérités.)

Nous y avions quand même mis les formes, invités à un concert en plein air dont nous nous sommes enfuis pour enquiller des Dodo piquées de bouchons bien épicés et sans rien trouver à nous dire. Ce n'était pas nécessaire. I know what you need. I need it too. You don't have to make me get drunk.
La belle énergie de la tendresse tapie dans sa chair carcérale, solitude affranchie de toute amertume. La colère m'a abandonnée quand j'ai lu la détresse sur sa peau, aussi miséreuse que la mienne, prête à imploser sans retour sur cette terre incongrue que le volcan régit. Spasmes fous crachant le basalte à l'assaut de la mer, lave incandescente, langues crantées d'or et de cuivre en guerre contre le firmament.
Au lever du soleil le Clipper Lancaster a poursuivi sa traversée.

- Nous pensons la même chose de cet endroit magique : ici c'est paisible mais vivant, dis-tu si belle en ton sourire.
Rencontre, effort insurmontable.

Publié par Cosmic Dancer à 10:21:30 dans Petites histoires | Commentaires (7) |

Maldoror | 14 mai 2008



J'ai reçu la vie comme une blessure,

et j'ai défendu au suicide de guérir la cicatrice.



Isidore Ducasse, dit Comte de Lautréamont.

Publié par Cosmic Dancer à 22:13:57 dans Ce goût des autres | Commentaires (8) |

Non, Karajan n'est pas d'origine arménienne | 12 mai 2008

Pour ceux qui douteraient encore de ce qu'est le Hezbollah, cette mise au point de WIL.

Essayons d'ouvrir les yeux. Nous sommes face à un conflit où les forces en présence se définissent non pas par leur programme politique (quoique...), mais par leur appartenance à un clan, leur croyance dans un rite, leur allégeance à un chef de guerre. Comment analyser, avec des repères occidentaux ou "développés", la situation libanaise ? Quand j'évoque la ressemblance entre Nasrallah et Hitler, entre le hezb et les SS, Amal et les SA, 14 mars et le KPD (non, ça c'est pas bon), je me fais critiquer au prétexte qu'on en est limite au point Godwin. Pourtant, l'histoire a l'air de se répéter, mais le présent est trop confus à nos yeux pour qu'on puisse en tirer une quelconque sagesse, d'où la nécessité d'utiliser des repères du passé. Bon, 1 point Godwin quand même. Donnez-le à qui vous voulez.

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Qui veut quoi au Liban ? Chacun veut le pouvoir, on l'a compris. Mais pour quoi faire ? Le seul à n'avoir jamais menti sur ses intentions une fois qu'il serait installé reste le hezb qui n'a jamais caché qu'il verrait d'un bon œil, à condition que tous les Libanais en soient d'accord, l'instauration d'une république islamiste chiite. Mais Aoun, Geagea, Hariri et consorts ? Quel Liban souhaitent-ils pour l'avenir ? Imaginons que nous sortions de cette crise avec un gouvernement de consensus ou de nouvelles élections qui, ô surprise, donneraient un nombre de députés tel aux forces de l'opposition qu'elles deviendraient la majorité. Que se passera-t-il ? Les Libanais vont-ils accepter de payer, horreur, des impôts ? De s'accorder sur la nécessité d'obtenir des transports en commun et des espaces verts multiconfessionnels ? Vont-ils s'apercevoir de la nécessité d'un service public fort, ossature d'une société civile diverse mais unie ? On peut en douter, et quand je vois les combats entre miliciens au Liban, ce qui m'inquiète le plus, c'est l'après, quand les canons ne tonneront plus et qu'il faudra reconstruire ensemble ce qui n'a jamais existé.

Au Liban, on présente souvent son identité avant d'exprimer son opinion : Moi je suis chrétien MAIS je comprends le hezb, ou moi, je suis chiite, MAIS je ne soutiens pas Aoun. Tout est basé sur l'appartenance géographique et communautaire. Mais tout se fonde aussi sur la crise en ce sens que l'appartenance clanique est définie par le rejet de l'autre : le sioniste, le chrétien, le musulman, l'occidental, l'étranger, etc. Ce n'est pas propre au Liban, mais c'est un pays qui exacerbe cette micro-appartenance devant les nombreuses différences que chacun va se trouver avec l'autre. Les combats prendront fin, éventuellement. Mais sur les ruines, quel drapeau brandir ? Le plus simple serait de laisser le hezb triompher : son étendard clame, ce qui est plutôt pratique, que dieu est avec eux. Comme les nazis autrefois qui arboraient un fier "Gott mit Uns". Et voilà, un 2ème point Godwin.

Publié par Cosmic Dancer à 18:23:17 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (2) |

J'aime la littérature | 10 mai 2008


Photo et questionnaire dx2.

Question 1 : - T'es célibataire ?
- Heu... ouais...
Question 2 : - T'as une photo ?
- Heu... ouais...
Question 3 : - T'as une photo en pied ?
- Heu... ouais...
Question 4 : - T'as une photo en pieds nus ?
- Heu... ouais...
Question 5  : - Tu fais quoi au mois d'août ?

Il paraît que lorsqu'on meurt on perd 21 grammes. Qu'est-ce qu'on perd. Qu'est-ce qu'on gagne. (Sean Penn - Alejandro Gonzales Inarritu - 21 grammes)

Publié par Cosmic Dancer à 20:06:15 dans Instantané | Commentaires (2) |

Comment devenir une vraie bonne femme | 09 mai 2008

C'est le printemps, les ponts, les congés payés, les numéros spéciaux des magazines féminins consacrés aux femmes et des magazines masculins consacrés aux hommes. Le petit carillon rassurant de la porte des maisons de la presse tressaute de plus en plus souvent, à la mesure du sang qui fouette les artères, la sève est vaillante, elle remonte des organes sexuels à la tête et ce bon vieux beau temps dont chacun a compris qu'il n'est qu'une rémission ne dissuade personne de procréer, bien au contraire, se reproduire, conjurer l'angoisse. Aussi, avec le nouveau maillot de bain, l'épilateur de poche, les lunettes de star, le sac de plage assorti aux tongs tendance, les crèmes anti-vieillissement et les romans de l'été, chacune devrait-elle prendre soin de la suite. En effet, c'est pas pour rien qu'il faut être présentable et le rester. C'est un investissement.

Comment le rentabiliser ? C'est Jennifer qui nous l'explique. Et Nadine de Rotschild doit flipper.

Américaine, Jennifer Worick vit à Philadelphie. Elle a notamment publié Sexe et rendez-vous : comment survivre au pire et Manuel d'une battante. C'est dire son expertise. On raconte sur la quatrième de couverture que c'est "un livre indispensable, à offrir avec la bague de mariage et le livret de famille" (donc c'était bien une bague de fiançailles sur la première, puisqu'il y manquait le livret - signe que tout est encore à faire tant que l'union n'est pas légalisée). On ajoute qu'"un peu de stratégie n'a jamais fait de mal dans les affaires de cœur".

À voir le nombre de listes censées réglementer la vie communautaire, il est certain que la stratégie doit entrer pour une part essentielle dans les amours licites. C'est chouette, la vie à deux, selon ce guide. On commence par s'asseoir sur un canapé et faire des listes ensemble, cochant chacun consciencieusement ses cases pour déterminer qui fera la vaisselle et à qui incombera la responsabilité de la tondeuse. Parce que ça demande de l'organisation, la vie. Autant que les choses soient claires tout de suite, surtout qu'on a pris soin, auparavant, de dresser le contrat budgétaire, après avoir listé les raisons pour lesquelles on s'installerait plutôt chez lui ou plutôt chez soi, et décidé en conséquence quelle cote-part reviendra à l'un et à l'autre. L'amour, c'est ça aussi. C'est surtout ça.

Et c'est une lutte de tous les instants. Nommons "Coco" le trophée d'une primo-chasse rondement menée à l'issue de laquelle le gibier se résigne à partager nos jours - et réciproquement. En femme d'expérience, Jennifer n'ignore pas que pour garder Coco, il faut se couper en quatre. Les pages qui suivent distillent donc généreusement les meilleures idées pour ce faire. Coco, lui, bien sûr, ne lit pas le guide du couple. C'est un savoir de femmes. Coco y comprend rien. Y regarde les matchs de foot en buvant de la 16. Et nous, les femmes, on fomente des tests pour éprouver Coco et lui apprendre les bonnes manières. Pour ça, on va par exemple "inventer nos rituels amoureux". Heureusement qu'on est là pour l'ambiance, parce que Coco, le pauvre, y passe ses journées au boulot et il manque tellement d'imagination. Qu'à cela ne tienne, on prend en main le nécessaire (et il aime ça).

On va tout lui apprendre. Et on va être des vraies mamans : "Caressez son ego dans le sens du poil, vous pouvez même lui donner une petite gâterie (NDLR : coquine) lorsqu'il réussit un bon parcours ou taille (NDLR : qu'est-ce que je disais) les buis en forme de cœurs." Mais sous notre apparente douceur et notre feinte fragilité, nous ne cesserons de fourbir la férule : Jennifer dévoile une liste des crimes potentiels que Coco, en bon représentant de cette gent masculine barbaresque et infantile, ne manquera pas de commettre, et des châtiments à lui infliger s'il dévie de la trajectoire : "Il n'a pas à entrer comme dans un moulin dans votre salon de couture [...] Il doit vous demander la permission." A nous ensuite d'imaginer - et nous sommes tellement créatives - quel type de badge, par exemple, nous pourrions inventer pour lui rappeler la règle. "Touche pas à ma couture, je ne toucherai pas à ta voiture" serait tout à fait approprié (NDLR: ce slogan ô combien saisissant vous est offert par la rédaction) pour lui rappeler que ça reste quand même donnant-donnant : les bons comptes font les bons amis.

Pour s'attacher Coco, on ne se contentera pas de consacrer un temps fou à la cuisine : on ira jusqu'à "aimer les mêmes plats que lui". C'est si beau, la fusion gustative. J'en ai les larmes aux yeux. Jenny pousse même la mansuétude jusqu'à proposer des recettes in-fa-illibles : ces lasagnes qui riveront Coco à nos tables. Sauf quand il descendra les poubelles : "Offrez-lui un Carambar chaque fois qu'il descend les ordures..." Bon, d'accord, mais il faudra avoir songé à lister les bonbecs pour s'assurer d'abord qu'il aime les Carambars, sinon bonjour la Bérézina.

Mais Coco n'est pas un vrai enfant. C'est un grand nenfant et il a ses hormones, alors "surtout faites en sorte qu'il croie que c'est lui qui porte la culotte". Ainsi, "habillez-vous de manière à le mettre en valeur, lui". Mais encore, compulsez la liste "100 % manipulation" de la page 58 (et soyez cool, photocopiez-la pour les copines en difficulté), qui propose "quelques trucs de base pour les petites malignes qui veulent obtenir ce qu'elles veulent de leur homme en lui faisant croire que c'est lui qui choisit". Hey, il est con, Coco, y croit quoi, lui ? Que c'est lui qui décide ? Connaît pas les fines mouches.

Mais quel labeur. J'en arrive essouflée à la page 62, espérant avoir enfin tout compris, mais non : l'amour est un travail sans fin auprès duquel Atlas a l'air d'un Playmobil : "Vous avez réussi à embobiner l'homme de votre vie, bravo ! Mais la tâche est loin d'être achevée." C'est qu'il en faut, du courage et de l'abnégation. Peut être reconnaissant, Coco.

Jour après jour, on harmonisera nos tenues en fonction des activités de Coco, et on prendra bien soin de "mettre les dessous dessous", mais d'en mettre, et de ne pas oublier "les bijoux de famille" (là, je soupçonne qu'elle parle au second degré mais sans certitude, comme quand elle dit, page 72, "Vous avez le sexe bien en main, bravo", quel humour, cette Jenny, j'en tombe à la renverse).

Jour après jour, on jouera savamment des relations sociales dont le nombre et la qualité flatteront le sentiment de puissance de Coco sur le monde, on évitera de parler avec des vraies paroles et on rongera son frein quand ses copains, décidemment trop bêtes, débarqueront à l'improviste. On saura "recevoir avec grâce", quoi qu'on pense en son for intérieur de cette saleté de Ginette qu'a encore mis un décolleté inadmissible. À propos des copains, rien de tel pour s'en débarrasser que de simuler un viol : "Votre moitié n'aura pas très envie d'apprendre que ses copains vous lutinent, et la prochaine fois il sera vigilant." Et au cas où Ginette commencerait vraiment à nous poser question, la liste d'espionnage de la page 120 remédiera pour sûr à nos problèmes. C'est qu'après tout le mal qu'on s'est donné, s'agit de "marquer son territoire", page 122, chapitre 7.

On terminera en faisant glisser subrepticement dans l'une de ses poches qu'on fouille régulièrement le "billet du parfait gentleman" qui fera décidément de Coco enfin dégrossi la perle qu'elles s'arrachent toutes, ces peaux de vache.

Publié par Cosmic Dancer à 10:01:18 dans Inaimables humeurs | Commentaires (2) |

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