T'attends quoi toi, qui chaque matin consciencieusement parcours les dénommés "titres de l'actualité" où tu apprends en un regard qu'en Irak plus de cinquante quidams ont encore succombé, qu'en Israël un attentat met fin aux espoirs de négociations entamés récemment, qu'ici les chiffres édulcorés du chômage variant d'un instant l'autre suggèrent une parodie de politique en ces temps où la politique est morte, ces coups tous ces coups, ces palabres où l'on te raconte que les retraités sont injustes de manifester et que la Gauche incarnée par le Parti socialiste va déferler la gueule de la Justice en bandoulière se vengeant lors des municipales de la gifle infligée à la présidentielle, alors que tu te demandes quand seront les prochaines soldes et surtout quand ce cirque prendra fin qui t'oblige à trimer en te priant d'y croire. T'attends quoi dans tes plaintes d'enfant chéri du siècle la bouche en cœur à tergiverser sur tes cotisations et tes investissements sur un rapport futur dans le futur improbable où les cartes du monde resteraient immobiles, celles-là même que tes parents te reprochent de ne pas être suffisamment dignes et que tu leur reproches d'être suffisamment solidaires compte tenu de l'aspect dérisoire de ton salaire net, génération contre génération repliées sur le grill que dénoncent les ultra-libéraux ces pieuses enflures qui baisent avec un métronome réglé mode CAC40, ton môme bientôt te suggérant de mourir vite qu'il puisse acheter un nid d'amour et perpétuer ton engagement, rengaine que dans les dédales de tes nuits tu psalmodies à l'attention discrète de ta propre ascendance dans les draps où tu jouis avec lui.
T'attends quoi, toi.
- Je n'attends rien, je ne peux.
T'attends quoi en poussant poussif ton chariot chez Carrefour ou Leclerc où signe du temps les foules s'étonnent qu'un basané ait objectivement le droit de commander avant toi selon les règles de préséance au rayon "poisson frais", tandis que rue Doudeauville tu poirotes et t'agaces parce que tu n'as pas de couilles et que tu n'es pas d'ici pendant que des femmes charnelles te poussent du bout des seins et que des hommes secs se marrent jouant de leurs coudes suprêmes pour - misère - te devancer de la bourse. T'attends quoi de la journée internationale de la femme demain où personnellement je me cacherai honteuse - quoique - de ne pas participer mais connaissant mes lois et n'ayant aucunement l'intention de te rappeler à l'ordre, de rappeler à ton bon souvenir les courbes des statistiques principalement dans le monde, éventuellement ici.
T'attends quoi, toi.
- Je rêve, je n'attends pas. Oublie et respire.
- Oxygène. Et détachez-moi ces neurones, ça sent le roussi.
T'attends quoi de tes rêves impuissants et si tu n'attends rien, meurs en silence.
- T'es fun.
- Faut bien.
Oui ?