Eveillées en leurs veines par la grâce du printemps, les âmes tendres et vaillantes me couvriront de fleurs et se feront un devoir de me prodiguer des leçons de relativité, m'invitant à contempler le monde, m'enjoignant à aimer. Sage, bonne élève, j'opinerai d'un air convaincu, cachant sous un sourire de cire une authentique reconnaissance pour l'hypocrisie positive.
Le temps des redditions s'est tapi dans mes hanches. Nul ne soupçonnera plus sous la nuque révulsée le vide abyssal d'un œil mort. Je progresserai dans une indifférence ouatée, le masque souriant à l'étage, saluant le charcutier, le concierge et mes frères et soeurs en disgrâce.
Je raserai les murs puis j'irai m'allonger sur l'herbe, docilement couchant les paupières. Je répondrai Oui, bien sûr, tout ceci est sans grande importance.
Sur mes joues un vent d'Ouest posera un grand frisson. Il appellera, languide, quelques extraits choisis au coeur de la mémoire : la silhouette harassée d'un banc de pierre, quelques chaleureuses amitiés, les branches lourdes vert sombre d'un cèdre, une fiction à la barre des appelés, des sandales rongées par les courses de l'enfance, quelques livres, un parfum, un mêlement musical, un baiser sur un front diaphane, la saveur d'une aube en hiver.
Je reprendrai la route en oubliant ce rêve où porteuse d'ossements ancestraux je reposais la tête lourde sur un crâne. Nu pied dans la poussière, consentante, j'irai.
Le ciel brûlera ensuite, l'océan tendra ses roulis. La face vieillie de mille ans en un jour je bénirai en silence le ballet de toute vie. Je mangerai la poussière blanche, elle me scellera les lèvres.
Oui ?