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Publié par Cosmic Dancer à 19:41:30 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (12) | Permaliens
Publié par Cosmic Dancer à 11:32:09 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (1) | Permaliens
Publié par Cosmic Dancer à 15:48:48 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (11) | Permaliens
Dans le chaos de la bibliothèque, meuble modeste mais beau parce qu'il sent le bois et la découpe industrielle, négocié âprement - cette découpe industrieuse qui me rappelle d'où je viens et de quels efforts sans plaisir proviennent les objets qui m'entourent, dont je me fiche et m'émeus tout autant -, les doigts tout à coup animés d'une fureur indomptable caressent les tranches, s'agacent, tâtent, cherchent, bousculent, s'attardent, tremblent, trouvent, retrouvent, plus exactement, abîmé par de simples voyages intra-muros, peut-être quelques échappées, un chiffre au crayon à papier en francs toujours visible sur le dos, l'édition datant de 1988 - si jeune ? -, ce Bureau de tabac dont la suavité de la peau de papier suspend leur mouvement anarchique. En aveugle, c'est souvent au toucher que je relis mes livres.
Une carte postale beaucoup moins ancienne mais déjà jaunissante, représentant un jardin d'Orient, s'en échappe avec toute la discrétion dont les souvenirs les plus doux sont capables.
Autour, des hurlements. Un mec a mis à fond un morceau de rap et ça cogne dans les murs. C'est D. La femme du voisin fou a battu ma voisine préférée, sa femme à lui. D. monte, je l'entends, il sonne, entre direct, me demande des feuilles à rouler, me raconte, tremblant, que l'énervée a jeté C. contre les boîtes aux lettres pour se venger d'une réplique dure mais méritée, puis repart, et je l'entends hurler sa douleur et son désir de frapper l'autre. Le voisin cinglé, je le pensais calmé celui-là. J'apprends à l'occasion qu'il est connu des services de police, qu'il a déjà fait deux ans de taule, et qu'il a également, non content d'avoir défoncé ma porte, dessiné des verges érectiles sur les vitres gelées de ma voiture, jeté de l'huile sur mon palier, menacé à peu près tout l'immeuble. Je le pensais calmé et en paix depuis nos aventures extrêmes. Je dois renier tous mes fantasmes.
- Il bat ses gosses.
- Quoi ? Toi aussi, tu entends les enfants pleurer, hurler, les cris, les coups ? Je pensais être la seule. J'ai appelé les flics plusieurs fois, ils m'ont dit que j'exagérais. [Après leur enquête de voisinage avant votre arrivée, je m'y étais résolue, considérant être victime d'hallucinations sonores.]
Je sors les feuilles à rouler. D. me lance un de ses sourires de mec élevé chez les Gitans, hé !, le regard brumeux, la pomme d'Adam consciencieusement coincée, le sourire en descente brutale, vite, lui donner vite, il ne peut pas se montrer comme ça, pourtant il reste, il parle, sa voix se tend et déraille. Seule la croix baptismale cinglant de brillance entre les marques de sa virilité blonde s'affirme fiérote sous sa chemise. - T'es vraiment adorable. - De rien. [Ne te fie pas aux apparences.] - Tiens-moi au courant pour C. - Elle est aux urgences.
Je marche sur la carte postale et trébuche comme sur l'huile, la retourne. Le verso est noirci d'une écriture équilibrée, organisée en forme de spirale et sans date.
C'est elle. Isabel. Elle qui a découvert les autres, raconte, rapide, alors des scènes surgissent, ces traductions de langue sienne à la mienne, portugais-français, frénétiquement relues certains soirs d'antiques insomnies, les rythmes originaux soumis à ceux de la voix dans le silence de la chambre pour sentir dans une scansion concentrée, un dictionnaire bilingue sur l'oreiller, ce qui approche, ce qui éloigne, ces vagues toujours étranges qui s'apparentent à un ballet crucial, sorte de célébration aussi inutile qu'essentielle sous la couette en hiver quand la pluie martelle les fenêtres, métronome maternel où glissent les bruits d'autour, enfin morts, étouffés.
Elle dont les yeux crevés de bleu rendent bleue la chevelure noire. Comme C. qui les a sombres et tout aussi candides.
- Dis-moi, Henri, je pensais à Pessoa et j'avais envie de relire certains textes, récemment, le visage d'Isabel m'est revenu en mémoire, son accent, sa tristesse. Où est-elle ? On ne la voit plus.
- Son ex a brûlé sa maison, il a voulu la tuer, elle vit cachée, elle m'a parlé des livres que tu lui avais prêtés...
- Si tu la croises, dis-lui que Le Banquier anarchiste ne pense qu'à elle. Dis-lui... [Plus tard, aujourd'hui j'ai le mot faible.]
- Oui.
"Aujourd'hui je suis vaincu comme si je savais la vérité." - Fernando Pessoa.
Publié par Cosmic Dancer à 22:13:45 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (9) | Permaliens
Publié par Cosmic Dancer à 15:59:43 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (14) | Permaliens
Oui ?