- Bonjour, Madame la Comptabilité.
- Bonjour, Madame l'employée.
- Je ne voudrais pas me montrer désobligeante quoique j'ai un peu les nerfs à cran, mais eu égard à ma fichelette de paie, il semble que nous devrions envisager d'avoir une conversation précise.
- Les chiffres ça ne se discute pas.
- Sauf vot' respect, Madame la Comptabilité, ils représentent une possibilité certes improbable mais éventuelle de remplir mon frigo ce mois-ci. En outre, sachant que ce n'est pas ceux que j'attendais, j'ai commandé des livres. Autrement dit, les probabilités de remplir mon frigo se sont évanouies chez divers éditeurs dont je suis solidaire, voyez à quel point, c'est un vrai sacerdoce.
- Ah mais ! Quand on travaille, on ne lit pas !
- Pas de jugement de valeur, je vous prie.
- Alors de quoi vous plaignez-vous ? On vous a retiré le trop-perçu qu'on vous avait fait l'an dernier.
- J'entends. Je me suis montrée conciliante, reconnaissez-le. L'erreur n'était pas de mon fait !
- Vous nous emmerdez parce que vous refusez les petits contrats.
- Disons que j'accepte mal d'avoir le ventre vide et autres désagréments qui s'ensuivent, j'ai l'estomac assez bruyant.
- Où est le problème ?
- Le problème est que, certes, vous vous êtes remboursé de ce trop-perçu, mais vous vous êtes embrouillée et avez oublié les deux-tiers du paiement à recevoir.
- Ah ça !
- Eh oui.
- On ne fait pas d'avances sur salaire.
- Et moi, je fais comment ? Je n'ai du coup pas les moyens de travailler pour vous ce mois-ci.
- L'avance sur frais !
- Je l'ai dépensée le mois dernier, faut attendre le remboursement.
- Vous nous gonflez.
- Quelle chance. Moi, je me vide.
- Et les Assedics, c'est fait pour qui ?
- Pas pour les gens comme moi, Madame. Pas de complément.
- Nous n'en sommes pas responsables. Et vous n'êtes pas la seule à avoir des petits problèmes alimentaires.
- Je m'en vais faire contrition pour avoir élevé le ton. Un bon petit jeûne et on n'en parle plus.
- Vous menacez d'une grève de la faim ?
- Allons, allons, je suis une employée modèle, vous le savez bien. Je me la ferme, je ne demande rien, comme tout le monde je tiens à mes fichelettes. Sale mauviette.
Oui ?