- Tu n'entends pas, il y a tellement de bruit autour de toi, celui de tes valves cardiaques est peut-être le plus bruyant.
- Marche. Tais-toi. Je te l'ai déjà dit, tais-toi.
- Tu ne sais pas, tu ne sais plus, peut-être n'as-tu jamais su que le souvenir lancinant d'une arme.
- Quelle arme, quel souvenir, tais-toi, marche et tais-toi.
- Tu ne veux pas, tu refuses de franchir la porte.
- Pas de porte. Commerce. Ressaisis-toi, lucide.
- Tu ne veux pas, tu ne veux pas te supporter saignant, aimant, tu penses que c'est incompatible. Le goût de ton sang est mirage. Sa composition ne l'est pas.
- Je ne suis pas toi. Je ne suis pas.
- L'arme te fit la peau fragile à l'heure où elle t'assassina. Nous ne sommes qu'un temps.
- Femelle !
- Ces souvenirs que tu n'aurais pas, invente-les. Fouille. Et souviens-toi.
- Détache-moi ces neurones. Ça sent le roussi. Femelle !
- Femelle ? Qu'en sais-tu. Que sais-tu de ma voix.
- Elle me rappelle une voix de femme.
- Travaille. Travaille et n'oublie pas. Les odeurs dans ton âme de l'enfance, cette imbécillité en toi que tu fuis et que tu pourchasses. Je me rappelle, moi, la silhouette gracile de mon frère alors minuscule, cheveux en vrac, qui venait embrasser ses sœurs dans la chambre où elles étaient trois, en contre-jour, indécis sur ses petites jambes. D'autres se souviennent et le disent mieux que moi.
- J'aime le mur blanc.
- L'impureté est un grand courage. De vie absolue, il n'est pas. Abandonne-toi. Souffre s'il le faut. Traverse.
- Ne me dérange pas. Je ne veux pas de ces naufrages. Je ne peux pas.
A J., en souvenir des premiers temps. Rebonds.
Oui ?