Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice - Stèle avec des soubresauts

Impolitesses


Moi :
Virgule, apostrophe.

arianesurunfil@yahoo.fr

Sauf mention contraire,
le contenu de cette page est sous
contrat Creative Commons.

Contrat Creative Commons



Septembre

DiLuMaMeJeVeSa
      1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30      

Radioblog

Loading

Compteur

Depuis le 01-06-2006 :
313845 visiteurs
Depuis le début du mois :
15125 visiteurs
Billets :
522 billets

IX - Je sens que j'ai l'impression que je tiens mon sujet | 27 septembre 2007

Ce jour-là. Journée sombre.
Elle s'assied dans le bus. Regarde la notification de l'Assedic. Se tait. Pose son front contre la vitre. De sorte que je me tais aussi. Les copines également se taisent.
Un seul n'a rien compris, rien senti. Le conducteur, bien sûr. Ces infos du matin à la radio qu'on est obligé de subir et dans le bus et dans les cafés et dans les taxis et partout - le silence et la solitude seraient aujourd'hui comme de dangereux appels à songer - annoncent que tout chômeur refusant trois propositions sera radié des listes. Peut-être que son humeur n'a rien à voir avec tout cela. Après un temps :
- Sylvie, il y a des chocolats ?
On lui tend une boîte de Mon Chou qu'elle n'arrive pas à ouvrir. On assiste à la lutte silencieuse et violente de l'ongle manucuré contre le ruban d'ouverture. Une lutte encore. Le courage toujours.
Ginette la sauve.
Elle avale un chocolat et me présente la boîte. Sans un mot.
Je moufte pas non plus. C'est pas le moment de parler magnésium, je le sens profondément. Magnésium, ça veut dire santé. Santé, ça veut dire Sécu. Sécu, c'est un mot grotesque.
A l'arrêt bus, des hordes de chacals la bousculent quand elle descend par le trépied d'entrée.

Visite errante de l'appartement pour la colocation. Dans la tour grisâtre et d'une saleté irréelle due au fait qu'elle a été construite il y a plus de quarante ans et que les revêtements vieillissent mal, sans meute d'aucune sorte elle se laisse guider en tenant la rampe, marche après marche, l'ascenseur est en panne, s'arrêtant, maussade, pour reprendre son souffle, pour méditer à l'entresol, pour regarder le réparateur accorte avec son uniforme très seyant.

Je ne supporte pas qu'un ouvrier la regarde ainsi mais je dissimule mon agacement sous un sourire de politesse dont ce gueux perçoit l'ironie.

Autour d'un petit noir avec le futur colocataire.
"... C'est formidable, la colocation... C'est comme dans les pays de l'Est soviétique et dans les pays pauvres : on n'a pas d'argent et pas d'intimité mais on garde le sourire parce qu'on est heureux... C'est formidable."
Elle prononce, délicieusement, formidable.

Dans le bus du retour, toujours aussi préoccupée. J'ose :
- Ça te tente ?
- Je n'y pense pas.
- Tu vis au jour le jour ?
- Oui. J'ai assez de raisons de me prendre la tête pour ne pas me focaliser sur tous les colocataires du monde.
Silence. Elle regarde ses pieds. Puis elle ajoute :
- Pourquoi penser ?
- C'est une vraie question. Qui vaut pour beaucoup de choses.
A ce moment, la pensée m'effleure de lui proposer un autre chocolat mais je devine que le moment est mal choisi. Je sens que je viens de toucher au cœur d'une question cruciale et universelle. Un grand philosophe avait eu cette métaphore lumineuse sur le temps de cerveau disponible.
- Oui. Formidable, souffle-t-elle.

(à suivre)

Publié par Cosmic Dancer à 08:44:31 dans Ses aurores, ses soirées, ses ennuis | Commentaires (6) |

Face à la mer | 23 septembre 2007

Ce silence bleu est un vertige
Un peu frimeur, tu désignes le port plus loin
bouffi de masses perclues de rouille

L'Océan clapote à nos pieds, gentil chien à cette heure
Obscur bientôt
tu veilles au quart sur la passerelle
aux aguêts, dans la confidence
Pleine mer, nuit noire
Place exacte entre terre et ciel

Les plages vives et leurs ritournelles
- petits embruns de mirliton
crépitent au jour, usantes maquerelles

Goëlands, mouettes et goémonds
Ton silence est un bon vertige
Tes mots de taiseux, des pontons.

Publié par Cosmic Dancer à 16:07:36 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (0) |

Un mantra sur la soupe | 22 septembre 2007



Ecrire c'est résister.

XX d'après X.

Publié par Cosmic Dancer à 20:54:58 dans Ce goût des autres | Commentaires (0) |

VRP - La misère des voix vulgaires | 20 septembre 2007

Publié par Cosmic Dancer à 09:17:49 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (7) |

VIII - Oui, je suis éblouie | 19 septembre 2007

Ce que je désire au fond dans la semi-conscience de l'écrivain de talent - je méprise la modestie feinte -, c'est offrir au monde la tragédie et le sublime d'une destinée. Au sens noble.

J'appose ma signature au bas des pages d'une histoire qui me transcende et qui transcende Lætitia.

- Fais comme tu le sens, dit-elle, du moment que tu parles de moi. Y'a que le buzz qui compte aujourd'hui.

Lætitia. Si forte et si fragile. Paradoxale. Humaine, trop humaine. Ma semblable, mon frère.

- Fais gaffe quand même !, elle rit.
- Quoi ?
- Je t'observe, moi aussi !
- Nous sommes semblables. Nous avons des nichons et de jolies gambettes. Tu le pressentais, n'est-ce pas ?

Je frémis dans ma raideur. Une œuvre de Brigitte Bardot me revient en mémoire. Tu veux ou tu veux pas, si tu veux c'est oui, si tu veux pas j'en ferai pas une maladie, c'est comme çi ou comme ça, ou tu veux ou tu veux pas. J'adore les institutrices, les policiers, les agriculteurs, les chirurgiens, les mécaniciens, regarder danser les gens. Je coupe le son, égarée, un peu.

Une autre fois, nous achetons des crevettes roses sur le marché. Un malotrus la bouscule, il tente un passe-droit.
- Mais c'est quoi, ce butor ? Tu vois, le problème c'est qu'il faudrait accepter tout sans rien dire. S'il est pressé, qu'il le dise ! On n'est pas en mai 68 !
Je ne sais pas très bien ce que se disaient les gens sur les marchés en mai 68, mais ils étaient certainement impolis, certainement.

Cris alentour. L'homme pressé souffre visiblement de surpoids et probablement d'impuissance.
- Je m'en tape !, me chuchote-t-elle. Il veut que j'exhibe mon diabète ou quoi ?
- Il est Breton...
- Rien à foutre, des Bretons !
J'empoigne le sac à crevettes et entraîne Lætitia loin du grondement de la foule qui déjà s'avance vers nous comme une houle menaçante.

Au fond, elle est déjà très loin. Elle cherche une scarole. Elle la trouve.

L'air se charge soudain d'une électricité inédite. Les tréteaux tremblent de respect sur leur base. Le soleil étend ses rayons caressants sur tous les visages. Laitues, scaroles, feuilles de chêne, romaines, batavias resplendissent. Leurs nuances s'entrelacent indéfiniment dans un vert infini.

- Tout est plus beau sur le marché que dans le supermarché, dit Laetitia.

Elle semble être la seule à ne pas s'être aperçu du souffle de grâce qu'elle inspire à l'univers.
- Tu vois, ajoute-t-elle, seule la grande littérature sait cela. Car je te le dis, laitues, feuilles de chêne, scaroles, frisées et romaines sont de simples salades à la capacité d'action limitée. Or la littérature m'a toujours permis de les considérer d'un autre œil. Pourtant, une fois mangées, bref. Vive la littérature qui ravit nos esprits enchaînés et leur offre un supplément d'âme !

La vendeuse essuie une larme sur sa joue et lève sa face couperosée vers le ciel, lumineux à cet instant. Agra, Agra, Agra, Om, Om, Om. La vie est belle.

(à suivre)

Publié par Cosmic Dancer à 14:17:14 dans Ses aurores, ses soirées, ses ennuis | Commentaires (4) |

1| 2| 3| 4| 5| >>