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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice - Stèle avec des soubresauts

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Que reste-t-il de nos amours | 31 juillet 2007

Ingmar Bergman - Le Septième Sceau.

Ingmar Bergman est mort hier soir et je ne pensais qu'à Michel Serrault. De quoi se souvient-on. Je me souviens plus que tout du chevalier jouant aux échecs avec la mort. C'était dans un petit cinéma de la rue des Ecoles, quand on lisait Henri Calet :

"Ne me secouez pas, je suis plein de larmes."

Publié par Cosmic Dancer à 23:10:34 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (10) |

Fallait-il ou ne fallait-il point ? | 31 juillet 2007

Par contre ou en revanche, laissons les larmes aux spécialistes, l'autre nuit je vous ai croisé. Vue comme ça je ressemblais à une femme assez pressée en robe seyante et sandales à talons, des vrais, qui vous balancent les hanches comme une invitation. J'ai pris conscience de la congruité de la chose parce que vous m'avez contemplée l'oeil vif et l'iris fort brillant, ce délicieux sourire complice par anticipation s'est attaché à ma mémoire le temps que, benête à mourir, je défaille légèrement, mue par cet instinct mort auquel un jour nous nous attachâmes, un peu comme sur ces vieilles photos passées qui n'auraient été que montages où les hommes ressemblaient à des hommes et les femmes à des femmes, même très intelligentes, elles avaient le droit. Le nerf optique déchu de ses fonctions a hélas réagi trop tard et j'ai poursuivi ce chemin revêche, raide comme un militaire, attachée à ne pas glauquir dans le dédale des étrons canins. La honte. Si vous êtes dans le quartier, la prochaine fois, je vous arrête.

Publié par Cosmic Dancer à 22:12:21 dans Sublimations forcées | Commentaires (4) |

C'était parti d'un manteau vert | 31 juillet 2007

Ce crâne malléable dont l'ossature te coule entre les doigts, poisseux et sanglant, c'est le tien. Le manteau de velours vert tréfonds qui couvrait tes chevilles et que tu décidas de revêtir jusqu'à ce qu'il ombre ton aine, c'est le même. Souviens-toi du regard des mourants et observe : tu y vas, de ton pas chantant, portée par le goût du silence, dédaignant cette enfance en toi dont tu accouches de jour en jour, terrorisée. Ce crâne en voie de calcification se dérobe au regard chaque jour que tu te tais, ce faisant avouant avec obstination ta grande froideur et cette lâcheté particulière qui consiste à tourner le dos à l'épuisante question morale - l'ombre même de ton âme gémit dès lors qu'en la nommant tu participes au crime, parfois maligne, parfois bêlant. Plains-toi ! Observe. Ce miracle de déchirure hoquète : manège infernal, l'Enfer de Bosch en boucle haletante, plastinations, lissage, péroraisons en vagues tuantes, vomis ce siècle et considère que les précédents exécraient et que ces précédents aimaient - on n'aime jamais que ce qui agace les veines, ces écarts électriques, dit-on. Que dire encore, ces simulacres adoptés dans le rejet même, tu leur ris nerveusement au nez, indifféremment morte, bavardant indifféremment. "Je suis sortie pas repassée, ce matin, pas eu le temps de défroisser mon âme" Aucun problème, l'invisible ne se voit pas, c'est sa force tautologique.

L'autre jour à la cantine, par exemple, le carré de dinde était invisible. Quand il a rebondi sur la cuisse du voisin de table parce que le pic à brochette le coinçait, l'homme a tout juste frémi sans oser tourner le regard. Faut dire, les probabilités étaient minables qu'il raconte le soir au dîner avoir été victime d'un attentat culinaire, encore que, à sa place, j'en aurais fait le fait divers de la journée, après tout, la terreur étant ce qu'elle est, autant la tenir à bout de langue.

Publié par Cosmic Dancer à 21:44:14 dans Laser Jets | Commentaires (0) |

Sans transcendance impasse | 31 juillet 2007

Les avares ne croient pas à une vie à venir, le présent est tout pour eux. Cette réflexion jette une horrible clarté sur l'époque actuelle, où, plus qu'en aucun autre temps, l'argent domine les lois, la politique et les mœurs. Institutions, livres, hommes et doctrines, tout conspire à miner la croyance d'une vie future sur laquelle l'édifice social est appuyé depuis dix-huit cents ans. Maintenant le cercueil est une transition peu redoutée. L'avenir, qui nous attendait par-delà le requiem, a été transposé dans le présent. Arriver per fas et nefas [par tous les moyens, légitimes ou non] au paradis terrestre du luxe et des jouissances vaniteuses, pétrifier son cœur et se macérer le corps en vue de possessions passagères, comme on souffrait jadis le martyre de la vie en vue de biens éternels, est la pensée générale ! pensée d'ailleurs écrite partout, jusque dans les lois, qui demandent au législateur : Que payes-tu ? au lieu de lui dire : Que penses-tu ?

Honoré de Balzac - Eugénie Grandet.

Publié par Cosmic Dancer à 10:21:13 dans Ce goût des autres | Commentaires (2) |

Tes princes sodomites | 27 juillet 2007

La douceur érotique des palmiers s'inclinant, le glissement silencieux de nos pas sur la poussière, cette poussière tangible dont les rues sans confort s'embellissent étrangement - ocres goûteux à l'orée de toutes les tempêtes -, beauté rude un instant volée au réel où la magnificence de l'arbre bâillonne le dur dans les chaumières. Poussière aimée comme furent aimés les grains de sable en bord de mer crissant sur les carrelages dans l'indifférence domestique. Même regard et même corps, trimballés, éphémères, d'hôtel de luxe en bouge tremblant. Ces rues vraies enfin, avec de vraies maisons pas conventionnées par le Patrimoine, portes ouvertes sur le passage, avec de vraies échoppes où se fournir en eau et en cordonnerie, où manger une chorba et fumer le coude sur une vieille toile. Marcher la plante du pied sur un sol scabreux comme les chemins de l'enfance, anéantis, où l'on allait se perdre en recueillement, les narines exaltées par l'épicement des herbes, abandonnés au sort. Ces envahissements de nature qui violentent les lois post-urbaines. Et toi Atitiets, splendide fille au prénom improbable, le soleil sur ta peau tel une furie de cuivre. Cette cascade arrogante de cheveux libérés à l'heure de la promenade, à l'heure des confidences, bouche humide dont la coquetterie se faisait un honneur d'épiler le duvet brun, ombre sous tes narines telle celle de tes cils noirs sur tes joues adorables, bombance adolescente appelant tous les reflets. Tes princes sodomites t'avaient fait des promesses, et au souvenir tendre des instants de langueurs dans les chambres climatisées, certaine encore que l'un d'entre eux t'emporterait pour te couvrir d'or et d'amour, du moins essayais-tu de l'être, tu souriais, les lèvres taiseuses. J'imaginais ton corps sublime, paré d'une élégance nature, accoudé au bar chic où des ersatz de plantes agrémentaient le décor. Puis désignant ton trou du cul, ce rire atroce. Quelques instants plus tard, tu m'offrais ces sandales.

Publié par Cosmic Dancer à 19:16:40 dans Au musée des horreurs | Commentaires (2) |

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