C'est dingue. Les furies d'AgoraVox (dont l'une m'a obligée à fermer mon blog aux commentaires en le spammant outrageusement) ayant entraîné la fermeture du fil de mon texte sur les "souchiens" et les "collabeurs", je ne peux y insérer la réponse suivante que j'y aurais sinon déposée :
La
réponse de Houria Bouteldja à la bronca dont elle serait victime de la part, selon ses termes, "de certains philosophes médiatiques, journaux nationaux-républicains comme
Marianne ou autres officines laïco-intégristes comme
Respublica, à la trompe d'Eustache décidément bien emboutie" pour avoir utilisé le terme "souchien" a ceci de passionnant, en dehors du fait que bien peu de médias interrogent le sens de sa diatribe et de la "rééducation" qu'elle préconise, qu'elle confirme l'aspect revanchard du néologisme relativement à cette "notion de « Français de souche »" qui, "en 27 ans d'existence, n'a toujours pas heurté leurs oreilles délicates [ndlr : aux souchiens ? aux laïco-intégristes ?]", "parce qu'elle traduit bien une certaine acception ethnique qu'ils se font de l'identité française".
Extraordinaire rhétorique qui distille en une phrase l'intégralité de la formule du poison communautariste. Suivez le raisonnement :
1. Ceux que le terme "souchien" a interloqués, en tant que tel et/ou en tant, phonétiquement, que "sous-chiens" sont membres d'"officines laïco-intégristes". Deux remarques : toute parole s'élevant contre la sienne émane donc d'interlocuteurs infréquentables issus d'officines obscures ; et il existe en outre des "laïco-intégristes".
Rappelons que le néologisme oxymorien d'"intégrisme laïc" est l'apanage des ennemis de la laïcité, principe républicain de séparation de l'Eglise et de l'Etat - où chaque religion et leur culte peuvent être exercés dans la sphère privée, et où aucune n'a de prééminence sur d'autres, pas plus qu'elles n'en ont sur la société civile. Il consiste à faire dériver cette valeur républicaine vers le choix philosophique de l'athéisme ou la posture supposée de négation du fait religieux, travestissant ainsi non seulement le concept même de laïcité mais aussi la pensée de tous ceux qui s'y réfèrent - croyants de toutes obédiences, athées et agnostiques confondus. Respect !
2. "La trompe d'Eustache bien emboutie"
(sic) de ses contradicteurs ne se serait tendue que sur l'emploi de "souchien". Mlle Bouteldja évite ainsi de rappeler à son lectorat l'équivalence, audible avec ou sans sonotone, qu'elle a formulée sur le plateau de
l'émission de Frédéric Taddéi le 21 juin 2007 entre "souchiens" et "Blancs" (ces "Blancs" qu'il faut "rééduquer"). Le droit de réponse focalise ainsi habilement sur la part la plus saillante de sa prestation télévisuelle, non sur l'idéologie qu'elle véhicule. En concentrant sa démonstration sur ce point d'orgue, et en le décontextualisant ("le reste de la société occidentale, ce qu'on appelle, nous, les souchiens, parce qu'il faut bien leur donner un nom, les Blancs"), espère-t-elle voiler la racialisation qu'elle opère ?
3. En qualifiant elle-même de "sinistre jeu de mot" le terme "sous-chiens", elle se défend d'avoir pu l'induire et en attribue dans le même temps la paternité à ceux qui l'interrogent - ces intégristes laïcs durs d'oreille. Théorie du boomerang chère à sa cause.
4. Car ces intégristes laïcs qui devraient se précipiter chez l'ORL usent de "méthodes malveillantes" révélées par cette question cruciale et tronquée. Ils "prétendent" en effet "l'avoir entendu". Fieffés hâbleurs ! Ce "néologisme formé par des descendants d'immigrés post-coloniaux" et inconnu au bataillon lexical de ses contradicteurs gisait sans aucun doute dans les méandres de leur inconscient et ils ont refusé de l'entendre tel qu'il était orthographié
oralement. De quelle mauvaise foi sont-ils capables...
Pire encore, cet assourdissement volontaire recelait en réalité une volonté d'agression et de stigmatisation "puisque qu'ils tentent ensuite d'en attribuer la paternité au MIR".
5. Mlle Bouteldja reconnaît à Jean-Marie Le Pen la paternité de l'expression "Français de souche". Soit. Approfondir l'évocation d'idiomes racistes depuis longtemps remisés par une grande majorité de nos concitoyens et désamalgamer les références au colonialisme et à l'immigration qu'elle mêle à ses accusations nécessiterait pratiquement l'écriture d'un ouvrage complet. Sa cuisine idéologique nécessite en effet un nombre d'ingrédients infinis et non épluchés jetés pêle-mêle dans la gamelle. Indigeste.
Je serais les officines laïques ainsi soupçonnées d'hypoacousie et de sous-intelligence, je conseillerais à Mlle Bouteldja la lecture d'
Histoire de la laïcité d'Henri Pena-Ruiz, de
Contre le communautarisme de
Julien Landfried et du
Puzzle de l'intégration de
Malika Sorel.
Et pour tout dire, les vociféractions de la demoiselle et le comportement hargneux de ses soutiens m'indifféreraient prodigieusement s'ils n'étaient un symptôme de plus du mal causé par leur déviance à l'universalisme républicain.
Ce d'autant que l'auteur du chapô de cette "petite leçon de français" publiée sur le site des Indigènes de la République (2) se gargarise à l'idée d'enflammer un pseudo-débat (cette dernière commissure serait "une aubaine" pour "certains écorchés vifs du drapeau") dont le pseudo-intérêt consisterait à en masquer un pseudo-autre.
Quand le règne de la vacuité se double d'un orgueil vain, le néant de la pensée ne vise plus que le crachoir dans l'espoir que tout flambe.
Une dernière remarque, en passant.
Tout bon typographe (1) ne commet jamais l'erreur (2) d'oublier une majuscule initiale sur "Noir", "Arabe" (elle ne l'oublie pas, en revanche, sur "Français", "Kanaks", "Antillais" et "Réunionnais") et de ne pas en mettre sur "musulman", pour la simple raison que l'on n'assimile pas des "peuples, ethnies..." à des "adeptes d'une religion".
1. "Prennent la capitale initiale les noms de peuples, de races [notion que je trouve, pour ma part, contestable] et d'habitants employés substantivement : les Américains, les Chinois, les Russes, les Jaunes, les Noirs, les Peaux-Rouges..."
"On composera en bas de casse [ndlr : lettres minuscules] les noms des doctrines, écoles, groupements, religions, sectes, ainsi que ceux de leurs adeptes, adhérents, disciples, fidèles ou membres : les anglicans, les chrétiens, les hindous..." (Source : Code typographique de l'Imprimerie nationale.)
2. "Le plus indécent dans cette histoire, c'est que parmi les véritables
"sous-chiens" (parce que traités comme tels) vivant dans ce pays,
figurent précisément les noirs, les arabes, les musulmans et autres
métèques." (Source : Houria Bouteldja, Petite leçon de français d'une sous-chienne aux souchiens malentendants.)
Oui ?