"Pro-vie", l'expression prêterait à sourire si
elle n'affirmait pas, et si péremptoirement, le contraire de ce qu'elle
prétend défendre : une vie. Oui, en 2007 la loi Veil, qui autorise sans
les y contraindre (clause de conscience) les praticiens à interrompre
une grossesse non désirée, est vivement critiquée par des détracteurs
de plus en plus nombreux - signe des temps - et de plus en plus jeunes.
Quelle jeunesse ignorante des douleurs d'une jeune fille ou d'une mère
que des raisons multiples conduisent à cet acte jamais anodin. Quelle
jeunesse imbécile, persuadée que "ça n'arrive qu'aux autres". Quelle
jeunesse moralisatrice, dont la grandeur d'âme se borne à accuser une
femme et préférerait qu'elle meure d'avorter à l'ancienne, comme au bon
vieux temps des tricoteuses, vidée de son sang jour après jour ou
infectée de puanteurs, plutôt que de sauver une vie qui, quoi qu'il en
soit, reste profondément traumatisée. Quelle jeunesse arrogante et
inquisitrice jugeant le sexe des femmes du haut du bout de son nez
fouineur.
Les beaux arguments que voilà. "Depuis trente ans, le nombre d'IVG n'a
pas diminué". De fait, il s'est stabilisé à 200 000 chaque année. Etant
donné la croissance démographique, on pourrait leur répondre que c'est
plutôt bon signe. On pourrait ajouter que leurs prédictions de jadis,
selon lesquelles une flambée d'avortements, conséquences de la loi,
videraient la France de ses poussettes, étaient craintes infondées.
"Les femmes confondent ça avec la contraception". Ne leur en déplaise,
deux tiers des ivg résultent d'un échec contraceptif lié à un manque
d'information.
Mais j'oubliais, la contraception aussi est antinaturelle, non biblique, diabolique. "Croissez et multipliez", qu'ils disaient.
Oui ?