Je n'avais pas pris mon appareil photo et je n'ai aucune envie de chercher une illustration sur Google. Je me promets souvent que, la prochaine fois, j'y penserai, et que j'éterniserai dans ce temps relatif qui est le nôtre cette image aliénante des dizaines de valises à roulettes sur les quais de gare.
Je n'aime pas les valises à roulettes. Adepte des trajets en train, fidèle à la seuneuceufeu, amoureuse du mouvement qui déplace les lignes visibles ou invisibles, je me retrouve assez fréquemment dans cette situation exaspérante de désespérément jouer de jeux de jambes comme de chorégraphies de claquettes ou de savants entrechats entre les valises à roulettes.
Au-delà de l'inconvénient qu'elles représentent pour ma progression spirituelle, elles m'intriguent en ce sens que, me déplaçant pour une semaine ou un mois, j'emporte un sac de sport, au pire un sac à dos, de bonne taille, et si je ne dois me charger que pour une semaine, le format du sac est réduit à sa simple expression, soit celle d'un déplacement de trois jours. N'allez pas vous imaginer que je ne change pas de vêtements, je suis très à cheval sur le confort de mes tenues, voire sur leur agrément. Ni ne trimballe une trousse de toilette, qui en plus de la vitale brosse à dent et du dentifrice qui l'accompagne contient un peigne de corne et quelques menues babioles de coquette raisonnable. Quelques livres c'est incontournable, quelques disques parfois, des magazines souvent, voire un message à transmettre constituent ma charge et je ne saurais me contraindre à plus.
Aussi suis-je très curieuse à l'égard du contenu de ces contenants qu'aucune épaule ne paraît plus supporter et que l'on doit tracter derrière soi à l'instar de cette famille de paysans non loin de chez mes parents qui n'ont jamais accepté l'électricité et jouent encore du soc et de la houe - je jure sur ma bible que c'est vrai.
Que signifie-ce ? Déperdition musculaire généralisée ou goût immodéré et addiction aux "choses" ? Ces choses que décrivait si bien Georges Perec. Ces choses, quelles qu'elles soient en dehors des livres, que je ne peux considérer personnellement autrement que comme un handicap nécessaire.