C'est exceptionnel, mais je republie le texte ici car les trolleurs invertébrés d'Agoravox ont interdit la discussion. Bienvenue à vous.
Les commentaires se lisent de bas en haut. Pour en laisser un, identifiez-vous (par le pseudo de votre choix, vous n'êtes pas obligé de laisser une adresse mail ni celle d'un site) puis tapez un sujet dans la case dédiée, et enfin votre commentaire dans celle du dessous. Ensuite, tapez le code anti-spam qui vous est proposé. Pour plus de sûreté, rafraîchissez-le avant de le taper. Si vous intervenez sur votre commentaire après avoir tapé le code, rafraîchissez de nouveau puis tapez le dernier code proposé avant d'envoyer : ça évite les signes cabbalistiques.
Propositions : je souhaite vraiment qu'à plusieurs nous réussissions à creuser les questions suivantes : la gauchisation du FN et son volet pseudo-social (arguments, contre-arguments), sa républicanisation et pseudo-laïcité (idem), Marine Le Pen nouveau flambeau ?, xénophobie et immigration dans son discours. Bref, que nous parvenions à trouver les clés pour répondre au mieux, et sereinement, à ceux qui s'apprêtent à voter pour lui, certes, mais aussi à la contamination de ses idées (voir ci-dessous). Merci. C'était mon souhait sur Agoravox.
L'envahissement des idées portées depuis sa
création en 1972
par le Front National - fondé dans le but de rassembler sous une
bannière unique les différentes factions de l'extrême-droite française,
en dehors, peut-être, de celle qui reconnaît mieux ses valeurs
chrétiennes chez Philippe De Villiers - au sein de la population doit
être l'une des préoccupations majeures des républicains d'aujourd'hui,
qu'ils soient de droite ou de gauche.
La sympathie quasi
inconsciente de nombre de nos concitoyens pour les idées de ce parti a
grandi ces dix dernières années, en proliférant sur deux terreaux
favorables. D'une part, le cynisme de François Mitterrand qui, dans les
années quatre-vingts, a su instrumentaliser le FN pour qu'il
concurrence la droite républicaine, et l'abandon par le PS d'une classe
ouvrière relayée par des armées de précaires, au profit des
revendications de confort de ceux que l'on appelle les
bourgeois-bohèmes. A noter cependant l'attrait qu'il exerce également
sur des classes moyennes dont le pouvoir d'achat a pris du plomb dans
l'aile, et sur une jeunesse qui rêve de
"casser le système". D'autre part, la déliquescence accrue, aux plans économique, social et moral, dont souffrent
sept millions de pauvres,
après qu'une dénonciation légitime des dérives de l'Etat-Providence ait
abouti au démantèlement des fondements de la solidarité nationale
(éducation, santé).
Un constat de vacuité qui permet au FN de
dénoncer tout à la fois l'impuissance de la gauche à vaincre la
pauvreté et l'arrogance de la droite néo-libérale à la favoriser. Et de
gagner ainsi de nouveaux votes protestataires, ceux des "ni-ni", soit
"non" à ce que JMLP a défini, avec sa propension aux raccourcis, comme
l'UMPS, incarnation bicéphale d'un fantasmatique "Etablissement" des
"tous pourris".
C'est pourquoi il m'a semblé essentiel
d'aborder ce thème au travers du prisme de cette figure que l'on
pourrait comparer à celle d'un ange en chute libre vers l'enfer (
Chute ! Eloge de la disgrâce.
Editions Blanche, 2006) : Alain Soral, plumitif mineur mais doué,
romantique de gauche désabusé cherchant sa cause et sa révolution
depuis trente ans et ayant développé, dans plusieurs écrits
pamphlétaires, un système de pensée dialectique redoutable qui lui a
valu de devenir le conseiller de campagne du Front National nouvelle
version. Et de lui offrir non seulement les arguments qui lui
manquaient pour asseoir sa réputation de visionnaire mal aimé, mais une
couleur d'autant plus séduisante qu'elle se pare d'un volet social
en contradiction absolue avec ses bases idéologiques en cas d'accession au pouvoir. Un volet social dont il ne faut pas négliger les retombées. Voir exemples
ici et
là.
Alain
Soral ne représente pas un danger au sens où ses livres se vendent à
peu près aussi mal que tous les essais dignes de ce nom, mais au sens
où il offre à l'appareil idéologique frontiste les moyens de conquérir
toujours plus de déçus, toutes sensibilités confondues. Son ralliement
au FN, dont il estime que la figure historique JMLP est le seul
véritable
révolutionnaire
d'aujourd'hui, tombe à point nommé dans une campagne où, à quinze jours
du premier tour, 42 % des Français se déclaraient encore indécis. Et
ceci, alors même que la faction droitiste du parti
s'encolère de sa présence.
Après,
donc, avoir mis en œuvre une refondation complète de la sémantique de
son discours (Mégret déclarait en 1996 : "Nous entendons mener et
gagner la bataille du vocabulaire") et formé les cadres de son
état-major à une respectabilité nouvelle, notamment en créant un
prétendu "conseil scientifique" (dont est issu le fumeux
Rapport Millon), il ne manquait plus au FN qu'à se gauchiser et à se républicaniser, lui qui hait tant la République. C'est chose faite.
Une histoire d'amour mode victime : la figure du martyr Alain
Soral partage avec JMLP des origines modestes, une langue râpeuse,
terrienne, labile et roublarde, prisant l'insulte déguisée et les
formules lapidaires. Avec lui, il a également en commun une posture
crucifixionnelle (il fut en effet victime de plusieurs agressions
physiques, et malmené récemment à Sciences-Po Paris où il était invité
avant que d'être exclu ; enfin, Olivier Besancenot a refusé qu'il
participe à un débat télévisuel qui les souhaitait tous deux sur le
plateau) que Dieudonné, deuxième larron de ce relookage non raciste et
social, affectionne également, qu'il soit confronté à l'ostracisme ou à
la diabolisation, ces deux types d'offensives n'ayant eu pour effet que
de consolider leur image de prophètes maudits.
Du pain béni
pour le FN, dans la mesure où ce victimisme jouissif et rémunérateur
alimente à merveille le feu paranoïde de la fumeuse théorie du complot.
Une complotite aiguë revendiquée comme une confiscation démocratique
qui lui permet de considérer tout procès perdu comme une victoire des
Comploteurs et tout procès gagné comme une victoire contre ceux-ci.
Outre
qu'il représente un moyen de parer toute critique, le Complot a aussi
l'avantage de diffuser une vision manichéenne du monde, ciment de toute
idéologie extrémiste. Mais quel est ce complot ?
Il est d'ordre
spiritualiste, quasiment. Ce en quoi il séduit ceux qui cherchent
désespérément ce que notre république a bien pu faire de ses valeurs
fondatrices humanistes et universalistes. Il est spiritualiste au sens
où il propose une vision magique d'un monde où s'affronteraient le Bien
et le Mal, et où les cadres du FN détiendraient une vérité dûment
cachée par leurs ennemis.
En quoi consiste-t-il ? Pour le Front
National, la France serait gouvernée en sous-main par une coalition
politico-médiatique issue d'un lobby... juif : « Les grandes
internationales, comme l'internationale juive, jouent un rôle non
négligeable dans la construction de l'esprit antinational » (Le Pen,
Présent, 1989).
Pour Alain Soral, de formation intellectuelle
marxiste, la confrontation de classes et l'articulation
exploités-exploitants s'arrange tout autant de la prétendue
superpuissance de forces... juives.
Au plan de la politique
internationale, une certaine part de l'ultra-droite et une certaine
part de l'ultra-gauche se rejoignent en conséquence pour désigner d'une
même voix l'ordonnateur supposé du Crime : l'axe imaginaire
judéo-américain inflitré partout. Brièvement, ceci explique pourquoi
Alain Soral et Dieudonné, ainsi qu'Ahmed Moualek (président de "La
banlieue s'exprime"), se sont retrouvés au Liban en août 2006 en
compagnie de Thierry Meyssan, Meyssan dont le délirant
L'Effroyable Imposture est devenu un best-seller mondial au même titre que les
Protocoles des Sages de Sion,
bible de la paranoïa antisémite. (Sur les motivations et les méthodes
de Thierry Meyssan, lire le remarquable essai de Fiammetta Venner,
L'Effroyable Imposteur - Editions Grasset, 2005.)
La République nous appelle... Au
plan national, le racisme avéré de JMLP ("Oui, je crois à l'inégalité
des races, c'est évident", a-t-il déclaré lors de l'Université d'été du
FN, 1996) se couvre de doux euphémismes et courtise les beurs des
banlieues, dont une jolie représentante a orné récemment une affiche de
campagne.
Encore une fois, Alain Soral, qui préfère les femmes
voilées aux femmes en string, peut s'enorgueillir de faire résonner un
propos où l'ancien "envahisseur" - maghrébin, arabe, musulman - est
devenu, par le miracle de la transubstanciation gauchisante, le hérault
d'un nouveau Lumpenproletariat.
Pour s'en convaincre encore, il
suffisait jusque récemment d'effectuer une promenade sur le site de
labanlieuesexprime.org, qui a curieusement disparu. Mais dont Ahmed
Moualek avait accordé une interview dont il était fier à un
web-magazine d'extrême-droite, lui qui soutient sans faillir
l'ex-comique Dieudonné dans ses nouvelles croisades.
Ainsi, par
une alchimie de l'absurde, les anciennes victimes d'une prétendue haine
xénophobe franchouillarde largement fantasmée (par les élites de
droite, principalement), élevées au sein de la nurserie d'un
antiracisme® contre-productif et aliénant (lire à ce sujet
l'excellente analyse
de JC Moreau sur Agoravox) risquent-elles aujourd'hui de se lancer à
l'assaut de la social-démocratie que le FN ne cesse de combattre depuis
ses origines et que Soral exècre.
Notamment parce qu'elle a
nourri en son sein le fléau du communautarisme dans lequel les combats
républicains (laïcité, égalité, solidarité, justice), et même, le
patriotisme républicain, ont été évincés au profit de revendications
particularistes et abandonnés à l'extrême-droite.
C'est tout le sens du
discours de Valmy
lors duquel, sous l'inspiration d'Alain Soral, JMLP a pu tout à la fois
jouer sur la fibre chrétienne chère à son idéologie et se faire enfin
valoir comme possible
fédérateur d'une France réunifiée.
Une
France qui, blessée dans ses traditions par la construction laborieuse
et non concertée de l'Europe, et par la violence de la mondialisation
sauvage et de la déconstruction insécurisante de la dignité des classes
moyennes et pauvres, risque bien de le célébrer comme ultime refuge.
Oui ?