Au lieu de prier le silence, embrasse-le. Lève-toi et pars dans la
ville où le pouls du monde a des odeurs de boulangerie, de cloaques
perclus de pisse, d'acacias rescapés, de déchets domestiques débordant les
conteneurs, de cuisines indéfinissables et de fritures douteuses, de
finissures de goémon, de fretin d'iode et hume. Pars dans la ville où
les mécaniques foncent, droit devant et chacun pour soi, tentaculaire
vertèbre où s'entôlent les visages, où les myriades d'oiseaux,
miraculeux, s'éteignent après midi jusqu'à l'aurore à venir, où chacun
œuvre, persistance. Où la rivière traîne les péniches entre tourisme et
nostalgie oublie les mots, ces tortionnaires. Pars le dos droit, le pas
tranquille, écarquille poumons, lobes, narines et pupilles, la nuque
abandonnée au vent, il sait. Il sait et tout va bien. La terre et
l'univers s'en foutent, elle tournera très bien sans nous. Elle nous
aura tellement aimés.
Oui ?