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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice - Stèle avec des soubresauts

Requiem de l'archange | 14 mars 2007

(Genre : épouvante.)

J'ai marché, savez-vous ?

Pour échapper à la vie comme à des images plantées en rang d'oignons. J'ai épluché la corne de surface et je l'ai longuement observée, et j'ai dit non à tout. Non aux hommes car je hais Dieu qui est parfait. Car je hais qui a fait de moi l'archange dressé sur le lisse socle des vainqueurs.

Je hais la nature imperturbable pour son indifférence à mes tourments. J'ai arraché l'écorce des chênes avec mes doigts pour qu'ils saignent en silence, et j'ai empoisonné leur sève avec du détergent. J'ai écrasé les fleurs en riant à la vue des tiges humides et des pétales souillés, persécuté les nids où des passereaux tendaient leur cou décharné en piaillant, quand leur mère se vidait sous ma poigne. J'ai trahi ceux que j'ai rencontrés. Je les ai menés à moi, les tendres, avec mon visage d'ange, guettant le moment où ils se livreraient. Quand ils ont pleuré dans mes bras, je me suis relevé. Ils gisaient comme innocentés dans leur suspecte délivrance, et moi, planté comme un archange, je les ai méprisés. Je me suis retenu bien souvent de leur couper le cou d'un seul geste. Surtout celui des femmes, rond, doux comme un nid.

Sur terre, il n'y avait que Dieu et moi.
Les femmes à ma disposition me torturaient et je me purifiais à grande eau chaque fois que la violence de mes glandes me précipitait dans leurs bras. Je ne sondais dans la profondeur de ces échanges dégoulinants que ma répugnance infinie pour la libération du vide, jouissant presque douloureusement de ce commerce intime. Pour échapper à leurs œillades qui n'avaient plus de raison d'être sitôt la transaction conclue, je les retournais, les agenouillais, leur indiquais qui est le maître.

Mais Alice.
Alice ne leur ressemblait pas. Elle n'était pas venue vers moi telles les goulues avisées par leur subnature de la qualité de la mienne. Elle passait dans la rue en voile noir, soulevant, balançant le feston et l'ourlet. Grâce et indifférence, ô beauté de statue en marche, elle ignorait magnifiquement les contingences du sol. Alors je lui fis la cour pendant des semaines, à cette angesse, la gratifiant de mots sublimes où s'exaltait l'esprit de l'archange. Mais elle excitait mes passions, elle, la lointaine, au réel femelle entre toutes qui n'échappait pas à la règle. Et nous nous jetâmes l'un sur l'autre.

Au réveil, je fus cinglant. Je fus odieux. Elle me pardonna en pleurant, plus belle encore dans la tristesse, et s'offrit à moi de nouveau avec cette ardeur des mourants, fébrile et fiévreuse, agrippée à mon corps d'archange comme au radeau de son naufrage. Que croyait-elle ? Connaissait-elle l'archange ?
L'archange la malmena, la tordit, la creusa, la reprit, tout le jour. Il veilla sur son sommeil, se nourrissant de son image, aiguisant des désirs abjects. Il en fit enfin son esclave car elle avait la faculté de se donner dans une abnégation totale d'elle-même. Elle fut mienne avec tant de constance que je rêvais de la tuer. Elle pénétrait mes veines, s'agitait dans mon sang, cognait mon cœur et mes poumons, parcourant mes organes, se serrant le long de mes muscles, obscurcissant les pans solaires de ma mémoire. Son tel amour m'envahissait, ma chair brûlait.

Dieu riait derrière moi.

Alice s'accrochait à mes pieds, soupirante, et moi planté comme un archange, je la méprisais car elle avait sacralisé ma perdition. Elle croyait à l'amour, cette pauvre implorante. Moi je savais que c'était mensonge. Dignité réservée de l'archange, certainement pas entre ses cuisses. Alors je le lui ai dit.
C'est ainsi que je l'ai abandonnée, sans habits, détruite, exténuée, morte à sa vie. Et l'archange a quitté ce monde, la gueule ouverte sur un évier, sans un regret.

Publié par Cosmic Dancer à 06:39:27 dans Au musée des horreurs | Commentaires (30) |