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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice - Stèle avec des soubresauts

Ça ne rigole plus - Confession avant massacre | 20 janvier 2007

Une jeune femme me faisait remarquer hier que j'étais manifestement, ces temps-ci, obsédée par la question du voile islamique. Etre interpellée sur ses obsessions a toujours ceci de passionnant que cela oblige - un peu comme les professeurs sont amenés à reconsidérer leurs savoirs lorsque des élèves curieux et motivés exigent un approfondissement qui nécessite des révisions et des relectures pour désenfouir des souvenirs - à réfléchir doublement.

Retrouver, dans l'histoire personnelle - car toute passion d'ordre intellectuel trouve ses sources, parfois sinueuses, dans un passé factuel ou songeur -, l'image du chemin broussailleux qui conduit à s'intéresser de plus en plus profondément à une question. Pour ce qui me concerne, une abhorration viscérale des injustices, dont j'ignore en revanche les racines enfantines en dehors des lectures qui me forgeaient. A moins qu'elle ne se soit ancrée à savoir mon père sur des chantiers lointains, week-end compris, sous la cagna, la tempête, la neige, jour et nuit. A le voir s'épuiser pour gagner des misères en édifiant des longueurs de béton à longueur de vie. Les ouvriers maçons subissaient en ce temps-là, lorsqu'ils étaient honnêtes - et ce fut sa malédiction -, outre un mépris souverain pour n'avoir pas pris l'ascenseur des Trente Glorieuses, des salaires parmi les plus bas. A sentir sur ses mains ravagées par la chaux l'odeur de la chair cuite. Les mains de mon père, immenses et meurtries, en sont peut-être pour moi le symbole.

Du père à la mère, de la condition des hommes à celle des femmes. De ma propre extraction hors d'un futur incontournable - au mieux, devenir fonctionnaire, au pire, mariée - dans une France ouvrière qui existe toujours pareillement, où l'étude demeure un miracle et les livres, une étrangeté.

La liberté, pour moi, n'a jamais eu lieu que par la littérature, les livres et la musique. Un monde hors monde capable de déverouiller le mien. L'arme absolue qui façonnerait une vie rêvée : une vie de femme. M'offrant le poison du désir, ils désignaient une voie de résistance. Se soumettre, jamais.

Réfléchir doublement. Tâchant de discerner, au-delà des formules de bonnes intentions, au-delà des discours rassurants, au-delà de la bien-pensance qui, chez la plupart de mes professeurs gauchistes, créait en moi un malaise profond comme l'intuition d'une ombre. Le plomb dans la tête de la Toute-Tolérance. Une génuflexion comme une autre.

De la condition des femmes à l'actualité, de l'islamisme à l'extrême-droite, les préoccupations ont fini par trouver leur lien. L'oppression a de nombreux visages, et ses bras sont tentaculaires.

Publié par Cosmic Dancer à 12:33:45 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (21) |