Comme si je m'adressais au fantôme de la plus vivante des femmes. Je sonne à la porte. Inlassable.
Ses larmes qu'elle boit en ricanant, je les connais.
La beauté qu'elle frappe et piétine, je l'ai brûlée de mes mains.
Inutiles, ces mains qui tremblent entre caresse et claque.
Vains, ces mots arrachés au silence où chacun croit vomir le monde.
Il tourne et s'en bat le coquillard.
Soleil, étoiles lointaines, la nuit s'étend, je devine un rictus.
De ce cœur elle voudrait faire offrande au boucher. Et cracher sur l'étal.
Lui, encrassé par son tablier, refuse. La force, il la connaît.
Crever les ventricules, c'est lui qui sait. Poignardé, il palpite encore.
La douceur qu'elle combat et maltraite, le boucher l'abrite dans sa chambre.
Le soir venu, il la déplie, la baise, elle crie sa joie.
Je sonne à la porte, inlassable. Elle met au défi l'assassin.
Tue-moi, vas-y ! Puisque tu es silence.
Capable d'aller seule sous la pierre de la tombe. Belle fierté !
Les pas qu'elle fait dans le cimetière, je les connais.
Les hardes qu'elle lacère et déchire, je les ai jetées dans le désert.
De cette mort elle voudrait faire offrande au boucher. Ecartelée comme une vieille pute.
Lui, souillé par son appétit, refuse. Le courage, il le connaît.
Les rêves qu'elle griffe et décapite, il les abrite dans sa chambre.
Le soir venu, il les caresse, leur parle, leur roule des pelles intenses, profondes. Il les fait jouir.
Je sonne à la porte, inlassable.
Ces mots qu'elle détruit dans les livres, je les connais. Je les ai étranglés de mes mains.
Soleil, étoiles lointaines, la nuit s'étend, je devine un rictus.
« Pourquoi faire le crapaud, alors que tu es une princesse ? »
- Parce que j'ai mal au foie. Je crôa.
Oui ?