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Rendu là, ouvrir grand la fenêtre. Prendre la vie dans ses mains, sentir son coeur qui palpite et penser à arroser les plantes. Puis la caresser tendrement, lui dire des mots qui la rassurent, comme T'en fais pas, t'en as vu d'autres, c'est encore une série de surprises qui se profilent à l'horizon, et belles, bien sûr, toujours belles, hein, toujours. L'embrasser fougueusement si elle tente de dire le contraire, boudeuse. Penser à se mettre un chapeau sur la tête pour ne pas la perdre car il ne fait pas très chaud, même si le ciel est bleu. Dire à la vie De quoi tu te plains, t'as pas vu qu'il est bleu, ce ciel ? Ne pas oublier de prévoir, dès que la température sera clémente, un farniente sur le balcon. Eteindre la radio qui serine que le farniente, y'en a de plus en plus qui le font, sans l'avoir choisi. Penser à regarder les plantes, elles aiment qu'on les regarde, sinon elles meurent. Ensuite, laver la vie précautionneusement, très très délicat. Lui parler en même temps, sinon elle ne comprendrait plus. Comme elle frissonne malgré le soin qu'on a mis à ne pas lui faire prendre froid, l'inviter à danser sur un air brésilien, mais tempo doux. La rassurer : l'eau, c'est la vie, c'est toi, j'te reconnais. Lui faire le coup du manège à moi, c'est toi. Penser aussi au bonheur des plantes, qui adorent la musique. Pour la sécher, la serrer contre soi, toute la nuit si possible. Ne jamais la repasser, comme pour les plantes, c'est une ineptie.
Publié par Cosmic Dancer à 15:46:35 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (5) | Permaliens
Publié par Cosmic Dancer à 15:32:07 dans Au musée des horreurs | Commentaires (1) | Permaliens
Un jour, ou plutôt à cette période que l'on croit être un jour, comme si la chose ne se produisait pas insidieusement mais se levait avec une évidence éclatante... à cette période je ne sais pas ce qui m'a pris. Tout à coup j'ai eu peur. Enfin, j'ai connu la peur. Je l'ai touchée à bout de bras comme on tient une feuille incandescente. Elle était là, constamment là. Elle délimitait ma silhouette mieux que moi avec mes petits atomes, relativement stables vus à notre façon.
J'étais conscient que pour m'en défaire, je n'avais pas le choix. Il fallait agir vite et bien, parce que la peur appelle la peur, et que moi, avec cette peur collée à moi j'effrayais le monde, et la terreur du monde m'épouvantait... Et le monde s'en apercevait. Ça devait me faire comme un gant invisible. Les chiens ont commencé à aboyer. Leur gueule sonnait, menaçante et rauque, derrière chacun de mes pas, comme un avertissement. Je me blindais les tympans et je marchais plus vite, vite, jusque chez moi, où je m'enfermais de plus en plus longtemps, de plus en plus souvent.
Il y avait dans l'air et plus tard jusque le long de mes murs des coups de griffe, des coups de crocs, des suspicions sous chaque regard, des hurlements mauvais. Chaque jour un peu plus, il faisait noir comme jamais nuit n'était tombée sur terre, et ma peur prenait corps au même titre que moi. À côté de mon corps, ou peut-être dedans, il y avait le sien.
Ce que je sais me rappeler, c'est qu'elle prenait de l'ampleur, même quand je sortais de chez moi pour la fuir, pour ne plus voir mes murs d'où elle semblait dégoûliner, pour ne plus voir mon reflet dans le miroir. Délibérément sourd aux grondements de l'espèce canine, aveugle et sourd avec l'espèce humaine, je sortais de chez moi comme un nez. Seules mes narines me renseignaient sur le chemin à suivre jusqu'à ce que, épuisé, je regagne ma chambre. Mais ces promenades, avec le temps, et malgré toute l'ardeur que je mettais à assurer ma protection, ne changeaient rien. Je n'avais bientôt plus de quoi marcher sur le trottoir. J'étais relégué au caniveau et...
Un jour, un jour précis, c'était un lundi soir et il faisait très chaud. Si chaud d'ailleurs que je commençais à croire que je n'avais plus peur. Je me surprenais, tout printanier, sentir avec timidité naître en mon cœur des ravissements nouveaux... Ce lundi-là pourtant, je suis resté figé quand j'ai glissé par terre, coulant dans la rigole des eaux usées, fraîche, ça faisait quand même du bien, mais en tombant dans les égouts, c'était curieux, c'était étrange comme sensation. Il faisait chaud pourtant, et pour une fois je pressentais tant de virtualités d'amour, oui, d'amour, de cet état si tendre qui nous déploie des ailes...
Mais en m'aveuglant dans les limbes, je veux dire, les sous-sols de ma ville, la dernière vision que j'eus ce fut MON VISAGE ! Elle avait pris mon visage et elle souriait, grande et ferme sur le sol, elle souriait d'un air sûr et bon. La garce. La peur. La garce !, je me dis alors. C'est insensé, cette histoire, me dis-je, c'est inadmissible, il faut que... J'avais beau me débattre, je ruisselais de sueur, c'était tout, et je tombais doucement, comme dans un rêve.
Elle, elle faisait mine d'éteindre une cigarette avec son pied. Elle m'observait.
Mais tout à coup j'ai rouvert les yeux. J'ai vu passer un passant, enfin quelqu'un, quelqu'un passait et j'ai crié Au secours ! Au secours ! L'autre s'est arrêté et la peur l'a regardé en souriant : Pardonnez-moi, vous n'auriez pas du feu ? Et j'ai vu le regard du passant s'assombrir légèrement. La peur souriait en aspirant la fumée. L'autre est parti très vite, comme si de rien n'était, mais j'ai bien vu, moi, j'ai bien compris que c'était juste pour la tromper. Il est parti en marchant droit, le regard au loin, déterminé. La peur a eu un rictus. Un de perdu. C'était une bonne méthode. Il fallait que j'y pense, que je le fasse, tout de suite. Il fallait agir, vite et bien. Mais comment ? Elle avait mon visage ! Mes yeux ! Mon costume avec mes papiers dedans !
Trop tard !
C'est là que j'ai compris alors, juste avant, juste avant de disparaître. Tout m'est revenu... tout m'est venu de moi ; une image aveuglante : ma vie avant la peur. Elle n'était pas si mal, ma foi, ma vie avant la peur. Je ne voyais plus soudain COMMENT j'avais fini par ignorer à ce point... J'en étais là, à mes souvenirs d'enfance, ces heures radieuses où mon jeune être allait sur terre sans imbécillité, sans honte... C'est donc à force de forcer, à force de me battre pour des broutilles... Je n'étais plus en état de lutter... Ou bien, ou bien était-ce irrémédiable ? J'avais vieilli ? J'étais mort ? Je sentais depuis quelque temps que quelque chose n'allait pas bien. Je crépitais dans l'obscurité et j'avais mal partout. À ce moment-là j'aurais dû agir, vite, et bien. J'aurais dû choisir quelque chose, mais je ne savais pas quoi... C'est comme ça qu'elle est venue. À ce moment-là j'aurais dû l'ignorer, superbe, certain de ma pesanteur de vivant. J'aurais dû faire comme le passant ! C'était ça ! Ça que j'aurais dû faire, vite, et bien. Mais non. Je l'avais autorisée à prendre de la place. Elle avait grossi à vue d'œil.
Et maintenant elle est là, belle et robuste. Elle prend ma place ! Voilà qu'elle va vivre ma vie ! Et moi je m'enfonce dans ce tunnel sans halte. Et il est trop tard pour me pendre.
Publié par Cosmic Dancer à 15:27:01 dans Au musée des horreurs | Commentaires (0) | Permaliens
Publié par Cosmic Dancer à 14:55:39 dans Exercices de style | Commentaires (2) | Permaliens
Publié par Cosmic Dancer à 14:54:03 dans Exercices de style | Commentaires (0) | Permaliens
Oui ?