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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice - Stèle avec des soubresauts

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Brise-pompes | 20 juillet 2006

Des envies tenaces de tarmacs lointains...

J'avais récupéré mon sac et je marchais à grands pas vers la bouche de métro la plus proche. Là-bas, le mec qui voulait me lécher les pieds pleurait toujours. J'avançais ivre de colère et mollie de chagrin, priant la pluie et le vent de laver l'épisode encore palpitant sur mes nerfs. Jamais on ne m'avait autant malmenée avec mes pieds. Moi, je les avais toujours aimés, mes pieds. Réglos, m'avaient jamais causé d'ennuis particuliers. Toujours prêts à me conduire n'importe où. Fidèles au poste, hyperactifs, avec une propension à s'envoler ou danser dans les rues, la nuit, la musique à fond sur les oreilles, à l'abri des voisins nerveux qui préfèrent Michèle Thor aux White Stripes et jouent à défoncer ma porte pour m'en informer. Toujours prêts à arpenter le monde, ivres de rencontrer les gens, les lieux. Même après deux fractures qu'ils avaient encaissées courageusement, reformant patiemment leurs cartilages explosés en poussière calcaire. Le seul éclat dont ils avaient été l'attrait central, c'était quelques années plus tôt dans le Sud. Un photographe allumé avait insisté pour les immortaliser, en échange de quoi j'avais eu droit à un restaurant en tout bien tout honneur, et vivent les sandalettes à brides. Donc j'avais encore pris le train, un plaisir, une manie. A l'arrivée, j'avais besoin de marcher, besoin de l'air libre, pas m'engouffrer direct dans les sous-sols grondants.

- Mademoiselle ! qu'il avait crié. - Oui ? - Je veux lécher vos pieds. - Alors là, mon garçon tu me cloues le bec. - Je vous en prie, écoutez-moi ! - Bon. Ecouter, ça, je peux. - Qu'est-ce qui passe, avec mes pieds, là, j'ai du mal à comprendre. - Il se passe, et il s'était rassis, ses cheveux longs en dégringolade sur son front, comme fatigués du reste, ça devait faire un moment qu'il en cherchait, des pieds, il se passe que je suis fou de vos pieds, ne me demandez pas pourquoi, je veux les lécher. Il avait l'air d'un chien trempé, en me disant ça. Ses yeux brillaient d'une lueur dinguotte, presque attirante, mais moi, les abîmes déjantés, c'est pas mon truc. Et rien à faire, son histoire de mes pieds, ça me faisait pas vibrer du tout. Je me sens coupable, je jette un œil autour de nous, le quotidien a l'air normal, toutes choses égales, rien ne paraît le désorienter. Je regarde mes pieds. Putain, qu'est-ce qu'ils ont, mes pieds, peux pas être tranquille ? Autour, les voyageurs peinards s'évaporent chacun dans leur direction, chacun son lot de bagages, sa destination, son histoire. J'aime bien regarder les voyageurs. Je me perds dans la sensation de ces silhouettes, de ces visages, le sac bloqué au-dessus de l'épaule, pesant. Je l'entends dans mon malaise, priant, suppliant - J'en peux plus, il faut que je lèche une paire de pieds ! S'il-vous-plaît !

Il commence à pleuvoir, je me sens de plus en plus mal. Il est plutôt beau gosse, le type, presque touchant, mais cette lueur en bord de prunelle m'indispose. Et ce n'est pas tout. Je suis venue le voir, en prenant le train, celui que je dois voir, et l'idée de sa présence prochaine à mes côtés, la chaleur de ses bras longs, la splendeur de son sourire, la beauté de son énergie, l'émotion de ses doutes, ses vibrations sensibles, tout ce qui me plaît au plus haut point en lui, m'émeut, m'attire, me révolutionne et me rend gaie, tout m'accapare en intégral. Je m'impatiente, mais je ne sais jamais brusquer quand je dois faire face à une demande désopilante. Sur mon front, c'est pas possible, doit être inscrit « Vas-y, déballe ». Même aux arrêts de bus, quelqu'un vient me raconter sa vie, partout dans le monde, tout le temps, même aux terrasses et même dans les trains. Depuis toujours. J'ai la vocation de l'oreille creuse. Ma bienveillance a des limites, pourtant.

- Ecoutez, je suis désolée, j'ai pas envie qu'on me lèche les pieds, je suis pressée. - Si, assure-t-il en braquant sa pupille jusqu'aux tréfonds de la mienne, tu en as envie parce que je te plais. Il dégage sa mèche blonde, me toise avec ses iris bleus, mouvants. Je plonge encore du côté de mes pompes. Les yeux bleus, ça me perturbe à coup sûr, un atavisme. - Non, je t'assure, j'ai vraiment pas envie. Je tourne rapidement les talons, le privant de ses fétiches. Il dégringole de son muret, se vautre en vrac sur les pavés, m'enserre les chevilles. Je pivote, manque tomber. Je contemple, héberluée, son dos puissant penché, écroulé, son tee-shirt se ponctuant de gouttelettes, sa chevelure qui roule, somptueuse, découvrant une nuque parfaite, et je n'entends plus rien de l'activité du monde. La pluie me cogne les tympans au rythme des battements de mon cœur, avec violence. Mon ventre se met à brûler, mon désir s'exacerbe, hypertendu vers mon rendez-vous tendre dont je voudrais qu'il soit déjà là. Mon sac par terre, maintenant, moi qui me plie en deux sur ce corps en position folle dont je perçois les râles d'adoration. Le type est barré dans sa transe. J'attrape sa tête, j'essaie de relever son visage, l'empêcher de couler sa salive sur mes sandales. Il devient dingue. Me tire vers lui, je tombe sur les fesses, mal au coccyx, la pluie, le vent.

- Lâche-moi ! Je hurle. Je la vois sa langue, longue, large, démente, on dirait un caméléon retour de séjour à Tchernobyl, je sais, c'est affreux. Il va m'avaler d'un seul coup, ce type ! - Lâche-moi ou je te fracasse la tête. J'ai dit ça d'une voix bizarrement assurée qui ne lasse de me surprendre. Il me regarde enfin et me sourit, d'un sourire de miel rance qui défigure sa jolie gueule. Toi, Coco, tu vas mal vieillir. - Tu aimes, hein ? Dis-le que tu aimes ! J'empoigne ses cheveux, les tords, tire violemment ses adorables maxillaires en direction de mon menton, plante un regard noir de haine dans le sien. Rien de simple, vraiment. Il pousse un gémissement de jouissance et ferme les yeux à demi. - Tu me vois là, dis, tu me vois bien, clairement, nettement ? Tu m'entends quand je m'exprime ? Maintenant si tu me lâches pas dans la seconde qui suit, je réduis ta face d'ange en bouillie premier âge. Ah, merci Freud ! Il y a là comme une résurgence traumatique. Il se recroqueville subitement, me repousse comme un môme déçu, sanglote à grandes goulées reniflantes. Un instant, j'envisage de lui donner un Kleenex, comme l'autre jour au guichet quand la fille derrière moi a éructé un gloubiboulga vert sur le sol public et propret. Me ravisant, je ne fais preuve d'aucune grandeur d'âme. Je m'éloigne en chancelant, un goût de sel sur les joues.

Publié par Cosmic Dancer à 14:20:17 dans Inaimables humeurs | Commentaires (81) |

Heures séculaires | 19 juillet 2006

- L'une des raisons pour lesquelles j'aime être heureux, c'est que le bonheur est un signe de force.

- Je puis tout découvrir, tout vivre, grâce au coeur, grâce à l'imagination, grâce à l'oeuvre. Pour qui est fort, courageux, inspiré, chaque heure est séculaire.



Comme une rencontre inéluctable, ce Journal de Jean-René Huguenin posé sur une table à la campagne. Certainement, il faudra lire La Côte sauvage. Un livre bienvenu, souvent comme une main qui se tend, brûlante et fragile, dans un trop-plein de délicatesse ou une ivresse furieuse de bonheur intégral. Comme une surprise inconcevable dont l'onde de choc n'en finit pas de danser sur un océan à géométries multiples : de l'interloquation à l'évidence, de la sérénité au doute, de la honte à l'éclat de rire.

A la face de l'enfer du monde et ses crimes. Doigts de petit pois, sourires de souris, prunelles mirabelles, joues de chouchous rosées samoussas, amis, amis, amis, amis... Petite, toute petite caravelle.

Publié par Cosmic Dancer à 15:15:59 dans Ce goût des autres | Commentaires (5) |

Et ce sera tout pour aujourd'hui | 15 juillet 2006



Je vais mourir que d'une maladresse.




Jean-Marc en pleine forme - Assez tard dans la nuit - 2006.

Publié par Cosmic Dancer à 14:56:50 dans Ce goût des autres | Commentaires (6) |

Rééducation par le voile | 14 juillet 2006

Je pensais à J. A cette chambrette un peu délabrée dans un ancien palace où seule une bibliothèque qui était encore belle témoignait d'une histoire qui l'était beaucoup moins. Avant de partir pour l'aéroport, il avait gravé sur le mur un "Ici, j'ai aimé" qui s'y trouve peut-être encore, et peut-être des amoureux ont-ils souri depuis en le remarquant. Gravé sur le mur comme dans ma mémoire, je me réfugie parfois dans cette douceur passée.

Mais je devais faire face à cet insupportable discours sur la légitimité du voile, une fois de plus, et tout en restant polie par égard pour celui qui avait été mon ami et dont je devais constater que son séjour en Iran semblait avoir tu en lui la liberté d'esprit dont ses parents, par leur choix éducatif éloigné de la pratique religieuse, l'avaient gratifié, je parlais de plus en plus vite, une colère comprimée sur le thorax, presque étouffée. J'ai fini par abattre un à un les arguments de la partie adverse, inculte, et ce type que je ne connaissais pas, ami d'enfance de mon ami, m'a tout bonnement proposé de passer une soirée avec un théologien qui, disait-il, saurait me convaincre que je suis dans l'erreur et me remettrait sur le droit chemin.

Le voile, ça m'irait bien. D'ailleurs c'est excitant comme tout et ça vaut tous les strings du monde et les nombrils piercés. Aussi, j'ai perdu là l'occasion de me taire et de convaincre mon ami de publier, agrémentées de mes commentaires, des photos inédites où sous le voile brillent mascara et rouge à lèvres, où les jeunes mecs se font flagellants pour courir le guilledoux, lequel a alors l'occasion de choisir sur quel dos porter son désir. Maintenant, il n'en a plus envie, par crainte de déranger "les siens".

Quant à l'oncle du Hezbollah, gentil comme tout n'est-ce pas, Hitler aussi faisait sauter des petits enfants sur ses genoux de tortionnaire. Les ogres ont leurs faiblesses et tous les neveux du monde le savent.

Encore calme malgré le tremblement de mes mains, et pour arracher le droit à dire, j'ai dû me justifier du fait que j'avais étudié les religions du monde, et que je les emmerde toutes. En venir à cracher sur les mythes quand on chérit l'histoire du monde...

14 juillet. Liberté, égalité, fraternité. Moi je suis sans mots.

Publié par Cosmic Dancer à 10:50:36 dans Inaimables humeurs | Commentaires (21) |

Tenue de soirée | 08 juillet 2006

Contre la volonté de mon gré qui avait dû sortir, préférant à la civilité de JPT et d'ET (oui, oui) quelque bar où le zinc éructe des bières à la vitesse de la pompe à lumières, je ne me suis ni tenue ni retenue.

Entre mes mains qui ne m'ont pas demandé d'autorisation de courir se sont précipités couverts, verre, reflex numérique et téléphone portable, et tandis que je riais sans autre raison que le bonheur de partager un couscous divin avec ces deux grandes âmes, ma joie encore une fois a été la plus forte. La faute aux cardons ou aux pois chiches ?

Se tenir convenablement eût nécessité ne pas. Geste fou toujours comme cheval sauvage court dans la prairie... Wild Horses, je rêve d'un château en Espagne où réunir tous ceux que j'ai l'indélicatesse de présenter les uns aux autres en un coup de fil et sans prévenir.

Publié par Cosmic Dancer à 14:51:22 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (82) |

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