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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice - Stèle avec des soubresauts

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Il y a | 30 juillet 2006

 

Publié par Cosmic Dancer à 17:55:40 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (12) |

Silhouettes et putain | 30 juillet 2006



La jetée. Clair. Au bout de l'horizon, une ligne verte et le silence plein de mots. De l'autre côté, l'éveil. L'enfant surgit en riant et court déjà sur le sable. Il y a peut-être des coques à trouver. C'est bon, les coques, et ça sent bon la mer.

On verrait une silhouette tendue, étrangement verticale. Au centre, invisible, une lame précise qui brille dans le soleil matinal.



Oh mon amour, dit-elle dans un souffle au creux de son cou tandis que la paume de sa main parcourt le corps aimé. Et puis, quand elle dit Oh, mon amour tout entière dans la mort qui les prend dans l'amour, la lame invisible scintille plus fort. Elle ne voit plus rien de l'espace qui les entoure, la chambre avec la petite fenêtre, le lit, les draps.

La personne qui est debout au bout de la jetée a mis une main dans sa poche. Au fond, dans ce silence, la main rassemble peut-être une poignée de cendres parce qu'elle ressort poing fermé et se rouvre. De loin on ne peut pas voir cette poussière chaude.

Quand son silence à lui s'anime de sa lame à lui elle se colle contre la douceur de son corps. C'est un vertige apaisant. Quand il enveloppe son corps à elle avec ses mains, ce qui se passe c'est que sa peau respire tout de suite mieux. Elle dit encore Oh mon amour, ces mots d'aimer sentis en elle.

Baise-moi car je suis une putain et je ne pense qu'à ça. Sandales rouges à talon haut, et le regard qui regarde la silhouette de la jetée et l'enfant qui s'est assis sur un rocher pour gratter des moules. Les pas claquent sur le bitume du remblai et les couleurs du ciel sont douces.

Je compte vous écrire une lettre, docteur, car je suis incurable et j'aime autant que vous le sachiez. Si je ne fais pas l'amour frénétiquement toute la journée mon angoisse existentielle tend à me rendre un peu trop sensible à ma petite personne et alors je prends la mesure de nos ancêtres hominidés - s'ils revenaient, ils n'en reviendraient pas. J'ai bien sûr tout à fait conscience d'avoir les pieds sur la planète Terre et de tourner autour du Soleil en même temps. Le vent frais et même s'il n'y avait pas de vent, tout ça me donne envie. Je vois des phallus partout.

L'air frais entre dans les poumons. La cage thoracique se soulève. La silhouette resserre son manteau contre son corps. Tremble un peu, de loin, on dirait.

Elle le contemple tout entier nu, délassé. Elle l'a toujours contemplé avec une grande émotion. Elle a toujours tendu ses doigts vers la fragilité de ce visage confiant dans le repos.

Infâme, docteur, voilà ce que je suis, à quatre pattes, chienne qui renifle et chouine quand elle a retrouvé l'odeur, le chemin de l'odeur du corps chéri. Ouaf ! Ouaf ! Je n'ai que ça à dire, monsieur, car dans mes rêves c'est une ronde de bites, des salves de bites, un bombardement.

Dans son souffle à lui, Oh mon amour, dit-elle encore comme si elle ne savait dire que ça.

Dans la mémoire de la silhouette il y a une chambre et tous ses détails, un lit, des draps, des murs, une petite fenêtre. Le vent se lève. C'est achevé. Il est temps de dormir.

Que je dorme, docteur, et je fermerai les yeux sur l'inconnu que je croise renfrogné dans son pardessus et dont je suppose qu'il a les mains froides car je suis parfois d'une redoutable intolérance qui a pour corollaire le fait que je ne l'embrasserai pas. Je fermerai les yeux sur la lame de ma déchirure et sur celle des gens qui s'installent sur une serviette, sur la plage. Et sur la Terre qui n'a pas besoin de moi. Les talons de mes sandales claqueront sur le bitume du remblai.

White Stripes - Black Math - Elephant.

Publié par Cosmic Dancer à 14:19:56 dans Petites histoires | Commentaires (23) |