• Entre le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) et le PAS (Parti antisioniste), les rebelles balancent. L'antisionisme, au goût du jour, en appelle aux institutions qu'il entend mettre à bas au nom de la liberté de penser et d'être humaniste.

    Et tandis que Claude Guéant réfléchit à la possibilité d'interdire le PAS, en appelant à l'Etat, le facteur du NPA - quand il ne s'engage pour Gaza - caresse celle de faire annuler la visite de Lieberman, ministre israélien des Affaires étrangères, en France. "Dieudonné est antisémite tout le temps", argue Guéant, pendant que Besancenot en appelle à la lutte contre le sionisto-fasciste ultra-nationaliste israélien. Car au NPA comme au PAS ne s'opposent que les ultras. Le nationalisme, le libéralisme, le sionisme ne se suffisent plus. Ils se préfixent.

    Hélas, la vidéo qui circule sur le Net désignant Richard Prasquier, président du Crif, comme maître de cérémonie de l'esclandre européenne à Genève jette sur le feu des intérêts de l'OCI (Organisation de la Conférence Islamique) une huile de coude dont tout le monde se serait bien passé. De même Claude Guéant quand, au nom de la République, il choisit de diffuser son annonce sur Radio J. Rien de tel pour que s'enflamment les "je vous l'avais bien dit, la France est dirigée en sous-main". Soral aura beau jeu, ensuite, de se déclarer représentant légal de la lutte contre le communautarisme. Et que le communautarisme en question soit étrangement sélectif, nul ne le remarque. Dieudonné et Soral ont la cote. C'est qu'ils les ont conquis, leurs galons d'antiracistes anticommunautaristes. On peut bien tout leur pardonner, à ces défenseurs de la République et de la liberté qui, au fil des ans, représentent à eux seuls l'information bafouée, censurée, et une figure presque christique de la victime des forces de l'ombre. Essayez de critiquer Soral, on vous brandit la réaction minable de Sciences-Po Paris l'invitant puis le désinvitant dans la disgrâce ; on vous giffle avec l'agression qu'il a subie ainsi que la librairie qui le recevait, bastonné par la LDJ ou du Bêtar ; on vous achève avec la défection de Besancenot invité sur le même plateau que lui ; et on vous le rend intelligent parce que Naulleau lui a donné la sainte parole lors d'un débat bas de gamme sur l'art contemporain. Dites que "Dieudo" ne vous amuse guère, on vous rappelle ses shows interdits, ses procès gagnés, ses provocations-qui-font-mouche.

    Soral, Dieudonné et Yahia Gouasmi - président du Centre Zahra France et du PAS - avaient-ils besoin que le secrétaire général de l'Elysée joue avec eux le jeu que François Mitterrand a joué, vingt ans plus tôt, avec leur ami Jean-Marie Le Pen, l'Ostracisé Infiniment, la Voix du Silence du peuple, celui qui "dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas", dans le seul but de diviser l'ennemi idéologique ? En l'occurrence, la gauche. Si la gauche existe encore.

    Seulement voilà. Il était somme toute assez simple de crier haro sur le baudet borgne, dont le passé en Algérie et les propos oubliés depuis sur les étrangers qui dénaturent notre nation régalaient les héraults de la morale politique dont, je l'avoue, je fus dans ma jeunesse idéaliste en lutte contre les injustices - en solitaire, à ma décharge.

    Il l'est beaucoup moins de décrypter ce qui se joue aujourd'hui en France quand la haine séculaire du Juif - mais non, bien sûr, Dieudonné n'est pas antisémite, la preuve, il a des copains Neturei Karta -, le Juif comme figure mythique, ce Juif imaginaire que racontait Alain Finkielkraut dans les années quatre-vingts, à l'époque où je lisais Céline en pensant que ces temps historiques ne demeuraient comme trace monstrueuse que dans le monstre littéraire, quand cette haine qui refuse aux Juifs de vivre dans un Etat, Israël, contenue par la loi s'appliquant aux appels à la haine raciste et, donc, antisémite, se pare des atours de la liberté démocratique, de la vigueur républicaine et de la "réconciliation nationale".


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  • On les savait artistes talentueux injustement méconnus d'un grand public international qu'ils étaient allés courtiser, avec succès d'ailleurs, dans le Liban du Hezbollah ; on les connaissait martyrs du Système, ostracisés par les "merdias" - ils le répétaient en boucle sur la Toile où se libère l'information par ailleurs totalement inexistante, si si, voire sur quelques plateaux où probablement ils risquaient, à s'y présenter, vaillamment leur vie. On les découvre Résistants de la grande époque au salon du Bourget qui s'est tenu le week-end dernier.

    Certes, le clown pathétique - est-il permis de préférer Desproges et Guitry à Dieudonné ou est-ce faire preuve d'un ignoble racisme envers les esprits éclairés de la France rebelle ? - avait déjà déclaré à l'un de ses admirateurs d'Egalité & Réconciliation que sa fine plaisanterie sur le juif traditionnaliste à papillottes est sa "façon à [lui] d'incarner l'esprit de résistance" et qu'il "compte bien continuer le combat contre l'Empire". Pas moins.

    Certes, l'écrivain-critique d'art-cinéaste-boxeur-pamphlétaire - de génie, forcément - avait déjà, de pages en pages et d'œuvres en œuvres, exprimé la puissance de sa rhétorique en proie à la malveillance des forces obscures, et déjà adopté le romantisme de la posture de l'intellectuel (ce n'est pas moi qui le dis, je ne le pense pas) esseulé, hérault d'un nouvel Evangile, avant de rejoindre les rangs du Front National, par esprit de résistance, parce que selon lui, c'est là que survit la vraie France, celle dont il se targue d'être le porte-parole lumineux et marxien.

    Ce désir d'héroïsme serait presque touchant si c'était un remake adolescent des Hobbits contre Mordor, et non l'avènement d'un mouvement dessiné depuis quelques années. Ce mouvement dont l'obsession est le "Sionisme". Entendre par là non pas l'histoire  de l'idée et de la réalisation d'un foyer national juif, mais "Esclavagisme" et "Génocide". Utiliser les capitales initiales qui, mieux que n'importe quel discours, convaincront par leur majesté de la Réalité Globale qui s'exprime, cela va de soi, sans fard, c'est-à-dire sans contextualiser, sans penser, sans préciser, sans nuancer, sans définir à quelles pages de l'histoire et quels concepts précis réfèrent ces termes.

    Le rapport avec l'Europe ? Je ne vois pas bien non plus. Eux, si. Car selon eux, Jean-Marie Le Pen, Thierry Meyssan, [lanbanlieuesxprime], les Indigènes de la République, le Centre Zahra et autres "Damnés de l'impérialisme" de Kémi Séba représenteraient ce que l'Hexagone compte de malheureux bafoués, appauvris, délogés, chassés, licenciés, bâillonnés, humiliés, écrasés par le Sionisme, pardon, le Système, pardon, le Sionisme. Le Protocole des Sages de Sion, en bref. Les mêmes se désolaient pourtant récemment et en apparence de l'importation du conflit israélo-palestinien en France. C'est d'ailleurs en toute logique qu'Alain Soral déclare sereinement, en tant qu'ami de Dieudonné, dans un reportage diffusé sur France 2 que "ça fait 2 500 ans que partout où ils vont, ils se font casser la gueule" pour expliquer ce qu'il nomme, avec le sens de la formule qui est bien la seule qualité littéraire que je lui reconnaisse, cette "psychopathologie du judaïsme" qu'est, selon Lui, le Sionisme-selon-lui.

    Cette "majorité silencieuse", ces outsiders opprimés, ces combattants de l'ombre en lutte contre le complot mondial dont ils sont les victimes descillées et les porte-parole courageux, vibrants de Liberté sous le joug implacable de la Pensée Unique, deviendraient leur public fidèle, pardon, leur électorat.

    "Les politiques se définissent souvent sur un clivage droite gauche un peu simpliste aujourd'hui qui aujourd'hui est dépassé, on le voit bien avec Sarkozy. Sioniste, antisioniste, ça va être amusant de leur poser la question", s'enthousiasme Dieudonné sous l'œil de velours de Tariq Ramadan. Quant à Soral, mieux au chaud dans les bras de l'UOIF que dans ceux de Dalil Boubakeur, il n'hésite pas à se réclamer du Conseil national de la Résistance, et par une pirouette dialectique qui lui est tout aussi coutumière qu'une certaine folie des grandeurs, à ajouter que Egalité & Réconcilitation - l'association qu'il a fondée - et le Parti Antisioniste - leur marotte en vue des Européennes - équivalent à rien moins que cette "union sacrée entre des gaullistes, des maurrassiens et des communistes, parce qu'il y avait urgence de libérer notre pays pour qu'il redevienne libre", "exactement comme en 40".

    Ni droite, ni gauche, l'idéologie fasciste en France. Relire Zeev Sternhell. Vite.


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