• Alerte : hécatombe d'humoristes en France


    Charlie Chaplin - Les Temps modernes.

    Attaqués de toutes parts, les meilleurs humoristes français subissent depuis quelques années une ostracisation croissante. Principalement ceux qui, tels des La Fayette des Temps modernes, font de leur corps martyr un rempart contre une pensée liberticide qui ne les trouve pas toujours très drôles.

    La France, célèbre dans le monde entier pour la finesse de ses humoristes contemporains que jalousent les Kazakhs n'ayant que Borat et les Américains que Woody Allen et Aron Kader à leur opposer, la France relève enfin fièrement la tête de la grisaille putride où l'entraîne la censure des libertomanes. Vous savez, ceux qui seraient prêts à agonir d'insultes anonymes le premier soupçon de pensée déviante. Suivez mon regard. (Enfin, tout dépend de vos lectures mais certaines valent mieux que d'autres. Que dis-je. Certaines devraient être proscrites. Ainsi, il est tout à fait malsain de lire tout à la fois Finkelkraut et Soral, par exemple, surtout si vous cachez une Bible sous votre matelas. Comme d'écouter Bach et Mozart, en gros.)

    Oui, la France crée aussi. Sur ce formidable outil citoyen que sont les forums, véritable agora sur laquelle chantent toutes les libertés enfin retrouvées, elle conceptualise dès l'aurore. L'on voit ainsi fleurir une invention par jour, il suffit de se promener: de "judéomane" et "judéolâtre", le lexique n'est guère long qui conduit cette semaine jusqu'à l'amoureux "sinéphile". Non, pas l'amoureux du septième art, celui-ci s'écrit avec un "c". Ni non plus le passionné de race canine, qu'on appelle cinophile. Le défenseur du droit de la France à rire. Que dis-je, l'ordonnateur du devoir de la France à rire.

    On ne vous a rien dit ? Alors je transmets l'information.
    Dans cette France aujourd'hui l'on tente de bâillonner l'irrésistible besoin de rire qui serait le propre de l'homme. On se souvient avec émotion de la manière dont Bigard, à l'aise dans son slip, décomplexé, a été violemment conspué lors de son Vatican Tour. On n'ignore pas non plus au prix de quelles contorsions révolutionnaires Dieudonné, héroïque, emplit chaque soir la jauge de la Main d'Or, son théâtre privé. Et combien il est périlleux pour un Christian Clavier, pire encore pour un Guy Bedos, de s'exprimer en public.
    C'est qu'on ne nous la fait pas à nous, citoyens vigilants.
    La bataille qui se livre aujourd'hui, c'est la lutte finale de l'humour. Sinéphiles contre Charliphiles. David contre Goliath. Néo contre Smith. L'infiniment petit contre l'infiniment grand. Un combat homérique dont le Citoyen sort grandi, armé chacun de sa juste Cause.

    Dans le brouhaha de cette farce sinistre et désastreuse, où Claude Askolovitch et BHL auraient pu s'abstenir de commenter aussi gravement, et Philippe Val, en tant que rédacteur en chef, lire une chronique de son journal avant qu'elle ne soit publiée, deux voix heureuses se font entendre. Celle d'Elisabeth Lévy en son salon du Causeur et celle de Philippe Cohen sur Marianne2 .
    Remarquez, les forumeurs perspicaces ont déjà promptement noté qu'ils ont des noms à peine Français. Mais ce n'est sûrement pas Pierre Desproges qui les sortira de la salle.

  • Commentaires

    1
    Mardi 22 Juillet 2008 à 18:08
    Val
    est incapable de lire son propre journal pour la simple et bonne raison que les soirs de bouclage, le lundi, il est encore dans son château dans la Drôme au bord de la piscine… BHL dans le Monde a bien répondu à la commande et les débats sont vains et chiants, tant cette histoire est juste un truc de mauvais coucheurs qui aurait dû se régler au petit matin à l'épée. Et pendant que "la gauche de salon" plumoie sur papier journal, les expulsions continuent! ça va t'y Cosmic?
    2
    Mardi 22 Juillet 2008 à 18:17
    c'est bien vrai
    que l'article d'Elisabeth Lévy vaut le détour. Merci du lien.
    3
    Mardi 22 Juillet 2008 à 18:19
    Bijour Didu
    Arf ourf glaps. Oui. Oui je vais bien, sinon, bien que les événements ne m'amusent guère du tout. Et toâ ?
    4
    Mardi 22 Juillet 2008 à 18:23
    ben moi
    j'suis au chôm' technique concernant les lycées… alors je pige à gauche et à gauche… un peu de maquette, un rien de graphisme, une gratouille par ci, je burlingue dans le monde des bureaux qui décident du temps qu'il fera… amusant le grand écart.
    5
    Mardi 22 Juillet 2008 à 18:25
    Et pour Val
    le lundi soir, c'est que du vrai… pas du closer-machin-couille
    6
    Mardi 22 Juillet 2008 à 18:34
    La décision du temps
    qu'il fait se prend surtout sur le Net depuis quelques mois, semble-t-il. C'est bien là que tout commence, à partir d'une info, bien souvent, et non depuis les bureaux où le journalisme a réussi à perdre l'honneur de la profession. Sinon pour Val, je t'avoue que je me fiche qu'il ait une piscine et je tendais à penser que c'était en toute confiance qu'il laissait chacun libre d'écrire ce qu'il voulait.
    7
    Mardi 22 Juillet 2008 à 18:40
    la piscine
    on s'en tape tous, d'autant plus qu'on ne s'y baignera probablement jamais… Mais le rédacteur en chef absent le temps du bouclage et qui découvre les articles dans les comms des autres, ça c'est effarant, voire effrayant. et la liberté à Charlie est une douce utopie.
    8
    Mardi 22 Juillet 2008 à 18:48
    J'ai été surprise aussi
    par sa propre surprise. Quant à la liberté au sein d'une rédaction, nul ne reproche à Libération de ne pas publier des articles de droite, ni au Figaro de ne pas publier Charb. E. Lévy l'a très justement fait remarquer. C'est une question de ligne éditoriale, même si chacun sait que les lignes varient en fonction des rédacteurs en chef, et possiblement en fonction de leurs humeurs, j'en ai fait les frais, toi aussi peut-être. Donc rien de bien remarquable de ce côté-ci. La question qui se pose pour moi, c'est 1) effectivement je considère que les propos de Siné sont encore plus cons que l'occurrence, oui, antisémites ; 2) que cette histoire aurait dû être réglée dans les bureaux où tous les jours des questions similaires se posent ; 3) que la loi Gayssot et la loi Taubira ne sont pas de bonnes lois.
    9
    Mardi 22 Juillet 2008 à 18:50
    Il manque un bout
    de phrase, "encore plus cons que d'habitude et, en l'occurrence, ou plus exactement, parce que, en l'occurrence, antisémites".
    10
    Mardi 22 Juillet 2008 à 19:37
    Mouais, mais non en fait
    Moi, je suis un soutien un peu inconditionnel de Val. Depuis Font & Val. DEpuis qu'il n'y a plus Font, depuis que j'ai lu la Grosse Bertha, que la grosse Bertha est devenu Charlie, depuis que Val a expliqué pourquoi il ne soutenait ni les indépendantistes corses, ni les indépendantistes basques, depuis que je l'ai accueilli dans un Palais de la République pour qu'il soit parmi les invités et non relogé dans les banlieues des médias. Je suis d'autant plus un inconditionnel lorsqu'il a pris parti pour le Oui au traité constitutionnel. Alors il est certainement troublant de ne pas lire les chorniques, mais un rédac chef, quoique l'on en dise, ne lis pas la totalité de son journal avant publication (et ceux qui disent le contraire mentent éhontément). Et un rédac chef, lorsqu'il est en conflit avec un chroniqueur, lui fout la paix en lui faisant confiance. En l'occurrence le post stalinisme de Siné insupporte Val. Et Askolovitch est un mauvais journaliste (c'est trrrrrès bien qu'il aille au JDD) mais il n'a pas forcément tort sur le sous entendu impliqué par Siné. Quant à la loi Gayssot, elle permet juste de ne pas laisser quelqu'un déblatérer des insanités sur un blog par exemple, c'est ce qui a permis d'en fermer quelques-uns et empêche quelques autres d'exsiter en France; C'est ce qui a permis de condamner Minute, Présent, National Hebdo lorsqu'ils se laissaient emporter par leur verve et du coup de porter un coup à leur portefeuille. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose. C'est aussi gra^ce à la loi gayssot que la cour d'appel de Chambéry a pu déclarer Le Pen comme un anti-sémite, c'est la loi Gayssot qui a permis la condamnation dans l'affaire du détail. C'est la Loi Gayssot qui empêche les négationniste de répandre leur fiel dans les universités... Il ne faut pas la confondre avec la loi Taubira qui est, malheureusement, trop parcellaire. Alors pour en finir, Siné n'a pas voulu s'excuser avec la rédaction, et bien qu'il s'en aille, il y aura bien d'autres dessinateurs pour que l'on puisse se passer d'un post-stalinien dont le rouge flirte avec le brun. Pour faire simple : plutôt Val que Siné, plutôt la Loi Gayssot que de laisser proliférer racisme, négationnisme et antisémitisme.
    11
    Mercredi 23 Juillet 2008 à 12:45
    Cool !
    Excellent texte. Félicitations !
    12
    Jeudi 24 Juillet 2008 à 19:11
    Chorles Ingolls
    Etre un soutien ardent ou non à Philippe Val est un droit des plus absolus. J'ai particulièrement aimé son édito sur les zombies et le prix du livre la semaine dernière, au passage. Le droit à aimer Val et à ne pas rire de l'humour gras de Siné devrait bientôt figurer dans la Constitution, étant donné les manifestations hystériques des soutiens de ce dernier (je l'ai entendu éructer à la radio et n'ai donc pas changé d'avis, mais c'est également mon droit le plus strict). On assiste malheureusement, avec cette histoire (vous avez raison sur la question de la confiance, c'est effectivement ce que l'on peut raisonnablement penser après lecture des divers protagonistes, surtout les principaux intéressés), à un déferlement antisémite dont même Siné peut-être, qu'en sais-je, se désolidarise. La tribune de BHL dans le monde avant-hier n'a fait qu'embraser l'internetosphère, permettant à un grand nombre de courageux anonymes d'affirmer sans honte et sans crainte que Val est un sionisto-archéo-ciaiste et j'en passe, c'est à vomir. Sur la loi Gayssot, je me suis beaucoup interrogée, ainsi que sur les lois dites mémorielles, et bien que n'étant pas juriste il m'apparaît qu'elle conduit, par le sentiment d'être victimes (Le Pen, Dieudonné, Gollnisch) qu'elle donne à ceux qui en ont subi les sanctions, à ce sentiment diffus qui fait fureur aujourd'hui du prétendu "deux poids, deux mesures", nouvelle antienne inlassablement répétée partout. Enfin, le propriétaire du Paquebot a ses problèmes d'imprimeur et de succession. Cependant ses idées ont toujours autant de succès et "Minute" continue d'exister. Cordialement.
    13
    Jeudi 24 Juillet 2008 à 19:14
    Le droit à ne pas rire
    de Siné et à apprécier Val dans la Constitution, c'était de l'humour évidemment. Je me sens en devoir de le préciser étant donné l'état des choses :o)
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